Après plus de cinq mois de détention, le dignitaire religieux est privé de visites et de parole publique ; ses fidèles, eux, ont passé quatre mois dans un camp d’entraînement
Les autorités militaires du Burkina Faso ont libéré l’imam Mohamed Ishaq Kindo après plus de cinq mois de détention. Une liberté sous conditions : selon des sources religieuses citées par Radio France Internationale (RFI), il est maintenu à l’isolement, sans droit aux visites, aux prises de vue ni aux déclarations publiques.
Figure de premier plan du mouvement sunnite du pays, Kindo est vice-président du mouvement salafiste et compte parmi les principaux oulémas sunnites du Burkina Faso. Longtemps favorable au pouvoir militaire dirigé par Ibrahim Traoré, il avait fini par s’en démarquer.
Une critique, puis l’arrestation
L’imam a été interpellé à Ouagadougou le 26 mai 2026, deux jours après avoir critiqué publiquement un projet de loi encadrant les pratiques et les libertés religieuses. Avec d’autres responsables religieux, il s’était opposé au texte, mettant en garde contre des restrictions à la prière dans les espaces publics et contre la nationalisation des chaires.
Des agents de sécurité et des hommes cagoulés l’ont emmené de son domicile, dans la capitale, vers une destination inconnue.
Gaz lacrymogènes et mosquée fermée
Son arrestation a provoqué des manifestations et des heurts entre ses partisans et des fidèles d’un côté, les forces de sécurité de l’autre. Celles-ci ont dispersé la foule au gaz lacrymogène et arrêté le jour même une centaine de personnes qui réclamaient sa libération. La principale mosquée sunnite de la capitale a été fermée et le reste, selon les dernières informations.
Crânes rasés et exercices en treillis
Les manifestants arrêtés ont été conduits dans un camp d’entraînement, où ils sont apparus crâne rasé et en tenue d’allure militaire, en plein exercice. Les autorités ont présenté la mesure comme une « formation à la citoyenneté et à l’éveil civique », alors que ces hommes étaient détenus pour avoir exigé la libération de leur imam.
Environ 80 d’entre eux ont été relâchés le 4 octobre, selon RFI, après plus de quatre mois. Ce qui est établi, c’est qu’ils ont été détenus et soumis à cet entraînement, sans être envoyés au front.
Une méthode déjà rodée
L’affaire s’inscrit dans une crise politique et religieuse aiguë au Burkina Faso, sous la transition militaire. La junte a eu recours à plusieurs reprises à la « formation nationale, civique et citoyenne » pour traiter le cas d’opposants, de militants et de voix critiques, en les enrôlant de force dans les forces de défense populaire ou en les envoyant en première ligne.
Cette mesure participe de la volonté de la junte de verrouiller le discours public, d’interdire les manifestations et de marginaliser toute force religieuse ou sociale populaire capable de peser dans la rue.
De son côté, la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) a publié des communiqués appelant au calme, à la solidarité et à un dialogue serein, en vue de solutions préservant la paix civile et la stabilité.







