Bamako veut élargir son partenariat avec la Russie au-delà du terrain militaire, vers la cybersécurité, l’énergie et la transformation des minerais ; Poutine, lui, parle commerce et bourses d’études
Le président de la transition malienne, Assimi Goïta, s’est présenté au Kremlin avec une liste de demandes qui dépasse largement la coopération militaire en cours avec la Russie. Reçu par le président Vladimir Poutine en marge du troisième sommet Russie-Afrique, il a plaidé pour un élargissement du partenariat au renseignement, à la cybersécurité, à l’énergie et à la transformation locale des minerais.
Selon un communiqué de la présidence malienne, ses propositions s’articulent autour de trois axes.
Sécurité et renseignement
Bamako souhaite étendre le partenariat militaire au renseignement, à la cybersécurité et aux équipements de surveillance du territoire. D’après le journal béninois La Nouvelle Tribune, le Mali a demandé précisément un échange de renseignements avec Moscou.
Minerais et énergie
Goïta a placé la transformation locale des ressources minières au cœur de ses priorités et sollicité l’expertise russe dans le nucléaire civil, le solaire, les solutions hybrides et les réseaux électriques.
Renforcement des capacités
Il a insisté pour que ces projets s’accompagnent d’un « transfert progressif de compétences », avec la formation de techniciens et de spécialistes financiers.
Deux arguments pour aller plus loin
Le président malien a avancé deux justifications. La première, extérieure : les bouleversements géopolitiques actuels rendent le rapprochement entre Bamako et Moscou « urgent ». La seconde, intérieure, tient au bilan de la coopération militaire. Il a salué les forces russes « qui combattent à nos côtés pour l’intégrité de notre territoire » et estimé que ce partenariat avait permis au Mali de « recouvrer progressivement sa pleine souveraineté ».
Fort de ce constat, il a appelé la coopération à sortir de ses « domaines traditionnels » et s’est engagé à lever personnellement tous les obstacles côté malien pour relancer les projets en suspens.
Un socle : les accords de 2025
Les demandes de Bamako s’appuient sur une série d’accords et d’ententes bilatéraux conclus ces dernières années. Lors de la visite officielle de Goïta à Moscou en juin 2025, les deux pays ont signé trois accords, selon le Kremlin :
- un accord sur les fondements des relations bilatérales ;
- un accord portant création d’une commission intergouvernementale de coopération commerciale, économique, scientifique et technique ;
- un accord de coopération dans l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire.
Vladimir Poutine avait alors cité des domaines de coopération prometteurs, dont l’exploration géologique, la mise en valeur des ressources naturelles, l’énergie et la logistique.
Lors de cette dernière rencontre, il a annoncé qu’un « accord fondamental sur les principes des relations » était entré en vigueur en mai dernier, et que la commission intergouvernementale avait commencé ses travaux l’an dernier. Les propositions non sécuritaires de Goïta portent sur l’énergie et la coopération économique et technique, objets de deux des trois accords de 2025.
Goïta s’est également appuyé sur le soutien russe existant : livraisons de blé, de denrées alimentaires et de carburant, mémorandum sur la fourniture de semences et d’engrais, centrale solaire de Sanankoroba d’une capacité de 200 mégawatts, dont la construction a été lancée en mai 2024 avec une société russe filiale de Rosatom, et accord de reconnaissance mutuelle des diplômes universitaires.
Moscou parle économie
Dans ses déclarations publiques, telles que publiées par le Kremlin, Vladimir Poutine s’est concentré sur l’économie et l’éducation : « La coopération commerciale et économique prend de l’ampleur. Même si le volume des échanges reste modeste, nous sommes convaincus qu’avec l’aide de la commission intergouvernementale (…) nous pourrons progresser davantage. »
Il a annoncé le relèvement du quota d’étudiants maliens à 300 bourses pour l’année universitaire 2026-2027, et remercié Bamako pour son « soutien constant aux initiatives russes à l’ONU et dans les autres enceintes internationales ».
Le texte publié sur le site du Kremlin ne fait aucune mention des demandes portant sur le renseignement et la cybersécurité. Or, dès l’ouverture de la rencontre, Goïta avait demandé un entretien à huis clos après la séance élargie. Côté russe, selon le Kremlin, assistaient notamment le vice-ministre de la Défense et le chef de la Direction principale de l’état-major général, ainsi que le ministre de l’Énergie et le directeur de la société d’État de l’énergie atomique Rosatom.
Pas de nouvel accord à ce stade
Aucun nouvel accord n’a été annoncé jusqu’ici. Selon le site ivoirien Abidjan TV, les communiqués publiés à l’issue de la rencontre détaillent les domaines de coopération abordés et les propositions maliennes, « sans annoncer la signature d’un nouvel accord bilatéral ».
Source : Al Jazeera Net







