Un premier convoi militaire est arrivé à Arlit pour protéger les projets énergétiques algériens, après un vote du Parlement et un protocole de défense signé avec Niamey
Le premier convoi militaire algérien est arrivé à Arlit, dans le nord-ouest du Niger. Alger affirme que ce déploiement vise à sécuriser ses intérêts économiques et ses projets énergétiques vitaux dans la région du Sahel.
Il s’agit du premier déploiement de forces algériennes hors du pays depuis l’envoi de troupes en soutien à l’Égypte lors de la guerre de 1973 contre Israël, à laquelle plusieurs pays arabes avaient pris part. L’Algérie dit avoir pris cette décision pour protéger ses intérêts économiques et énergétiques, sans préciser ni l’effectif de la force ni le calendrier de son arrivée.
Sonatrach au cœur de la mission
L’énergie constitue un axe majeur des intérêts algériens au Niger, où la compagnie publique Sonatrach détient des investissements.
Le feu vert du Parlement
Ce déploiement a été précédé, le 25 octobre 2026, d’un vote des deux chambres du Parlement algérien approuvant la demande du président Abdelmadjid Tebboune d’envoyer un détachement de l’armée algérienne au Niger. Formulée à la demande des autorités nigériennes, cette mission doit sécuriser les projets d’investissement algériens, en particulier ceux du groupe Sonatrach, dans le cadre de l’article 91 de la Constitution, qui encadre l’envoi d’unités de l’armée nationale à l’étranger.
Le Conseil de la nation, chambre haute, s’est prononcé en premier, à l’unanimité, par 148 voix. L’Assemblée populaire nationale, chambre basse, a suivi à la majorité absolue des membres présents. L’article 91 exige l’accord des deux tiers des membres de chaque chambre pour l’envoi de troupes à l’étranger.
Un rapprochement qui s’accélère
Le vote est intervenu après la visite à Alger du ministre nigérien de la Défense, Salifou Mody, et la signature d’un protocole de coopération militaire entre les deux pays le 21 octobre. En août, l’Algérie avait déjà dépêché à Niamey quatre chasseurs Soukhoï-30 et un avion ravitailleur, à la suite d’une tentative de « mutinerie militaire » dans la capitale nigérienne.
Cette décision traduit un rapprochement sécuritaire et politique croissant entre les deux voisins, après les tensions nées du coup d’État de 2023 qui a renversé le président Mohamed Bazoum, auquel l’Algérie s’était d’abord opposée. Elle témoigne aussi de l’amélioration des relations depuis l’an dernier, lorsque le Niger avait rappelé son ambassadeur en Algérie après que le Mali eut accusé Alger d’avoir abattu l’un de ses drones près de la frontière.
Le Niger fait face à des groupes armés, tandis que l’Algérie, qui partage une frontière avec lui, considère la stabilité du Sahel et du Sahara comme une priorité sécuritaire régionale majeure.
Contexte : une mission européenne écourtée
Quelques mois avant le coup d’État, le 20 février 2023, l’Union européenne avait lancé sa Mission de partenariat militaire au Niger (EUMPM Niger) pour trois ans, avec des coûts communs de 27,3 millions d’euros et un siège à Niamey, à la demande des autorités nigériennes de l’époque. Elle devait renforcer l’armée nigérienne face aux groupes armés terroristes, en créant un Centre de formation des techniciens des armées, en formant des spécialistes des forces armées et de la gendarmerie, et en appuyant la création d’un nouveau bataillon de soutien aux communications et au commandement.
La mission n’est pas allée à son terme. Le 4 décembre 2023, les autorités militaires de Niamey ont retiré leur consentement à son déploiement, et son personnel a été redéployé en Europe le même mois. Le 27 mai 2024, le Conseil de l’UE a décidé de ne pas prolonger son mandat au-delà du 30 juin 2024, invoquant la « grave situation politique » du pays. La mission a officiellement pris fin à cette date.







