Niamey affirme avoir réuni des éléments concernant un « vaste réseau de complicité » dirigé par la France et menace de saisir la justice internationale, tandis que Paris nie avoir eu l’intention ou les moyens de provoquer la mutinerie
Les autorités nigériennes ont accusé la France d’être impliquée dans la mutinerie militaire qui a visé, le 29 août, la base aérienne 101, l’aéroport international Diori-Hamani et les environs du siège de la présidence à Niamey. Paris a rejeté ces accusations, les qualifiant de « pures affabulations ».
Dans une déclaration lue à la télévision nationale à l’issue d’un Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, Soumana Boubacar, a affirmé que cette opération, qui aurait eu des ramifications internationales, avait été préparée et soutenue par « un vaste réseau de complicité dirigé par le régime français ».
Il a accusé des éléments qualifiés par le gouvernement de traîtres et de renégats d’avoir reçu des promesses en échange de l’exécution de projets visant à déstabiliser le Niger.
Soumana Boubacar a déclaré que les autorités avaient réuni « un faisceau important de preuves » concernant l’attaque et que le Niger se réservait le droit de saisir les juridictions internationales.
Le gouvernement nigérien n’a toutefois pas rendu publics les éléments qu’il affirme avoir recueillis et n’a pas précisé la juridiction ou l’institution internationale qu’il pourrait saisir.
La France : ni intention ni moyens
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a catégoriquement rejeté les accusations. Interrogé par Radio France Internationale, il a qualifié la version nigérienne de « pures affabulations ».
Barrot a affirmé que la France n’avait eu ni l’intention ni les moyens de provoquer une telle mutinerie. Il a présenté les accusations comme une nouvelle tentative d’attribuer à Paris la responsabilité d’événements auxquels elle n’aurait aucun lien.
Cette confrontation intervient alors que les relations entre les deux pays se sont effondrées depuis la prise du pouvoir par le Conseil militaire dirigé par Abdourahamane Tiani lors du coup d’État de juillet 2023.
Les nouvelles autorités ont depuis mis fin à la coopération militaire avec la France et renforcé leur partenariat sécuritaire avec la Russie.
Niamey accuse régulièrement Paris de soutenir des initiatives visant à déstabiliser le pays et de financer des groupes armés, ce que la France a toujours démenti.
Que s’est-il passé à Niamey ?
La mutinerie a commencé à la base aérienne 101, située dans l’enceinte de l’aéroport international de Niamey, avant que les affrontements ne s’étendent aux environs du siège de la présidence et n’interrompent pendant plusieurs heures les émissions de la télévision nationale.
Les combats se sont poursuivis pendant près d’une journée avant que les forces loyalistes ne reprennent le contrôle de la base et des autres sites concernés.
Le ministère russe des Affaires étrangères a confirmé que l’armée nigérienne avait repoussé la mutinerie avec l’aide d’éléments de l’Africa Corps.
Reuters a également cité trois sources affirmant que les forces russes avaient joué un rôle déterminant dans la reprise de la base, participé directement aux combats et utilisé des drones kamikazes contre les mutins.
Les médias publics nigériens ont affirmé que des centaines de militaires avaient participé au mouvement et que plusieurs dizaines d’entre eux avaient été tués ou arrêtés, sans communiquer de bilan définitif détaillé.
Des accusations étendues à des acteurs africains
Les accusations du Niger ne se sont pas limitées à la France. Le gouvernement a également affirmé que des acteurs africains avaient servi d’intermédiaires dans le complot présumé.
La télévision nationale a diffusé l’enregistrement d’un capitaine de l’armée de l’air accusant le Bénin, le Tchad, la Côte d’Ivoire et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la Cedeao, d’avoir soutenu l’attaque.
Le Bénin a rejeté cette accusation et nié toute implication. Les autorités nigériennes n’ont jusqu’à présent présenté publiquement aucun élément établissant la participation des pays cités.
La mutinerie a mis en lumière les tensions qui traversent les forces armées nigériennes, alors que les unités déployées sur les différents fronts subissent des pertes répétées dans leurs combats contre les groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique.
Selon des analystes et des sources sécuritaires, la dégradation de la situation, l’augmentation des pertes, le manque de moyens et les différences de traitement entre l’armée et la Garde présidentielle ont alimenté le mécontentement au sein de certaines unités.
Entre les accusations de Niamey et le démenti de Paris, aucun élément vérifié de manière indépendante n’a encore établi l’existence d’un rôle français dans la mutinerie. L’affaire reste donc principalement politique et diplomatique, à moins que le Niger ne publie les preuves qu’il affirme détenir ou n’engage une procédure judiciaire officielle.







