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Mali : le « mois des otages » révèle une économie de guerre parallèle, avec des gains multipartites

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Entre le camp détruit de Diora, les vidéos d’otages qui circulent et les nouvelles de l’embuscade de Tabrichate, plusieurs fils se recoupent ces derniers jours au Mali, suggérant que les « otages » sont devenus un pivot de l’économie de guerre autant qu’un dossier humanitaire. Des témoignages recueillis auprès de sources de terrain et d’observateurs de la question azawadienne dessinent les contours de cette évolution — même s’il s’agit, par nature, d’avis et d’analyses personnelles difficiles à vérifier de manière indépendante dans le détail.

L’économie de la rançon : un témoignage de Kidal

Nouh, homme d’affaires originaire de Kidal, décrit la période actuelle comme « le mois des otages », selon ses mots : « La guerre est désormais une guerre d’otages ; même les groupes jihadistes qui ne s’intéressaient plus aux prisonniers se mettent à capturer des soldats pour les échanger contre leurs propres détenus dans les prisons maliennes. » Il va plus loin dans la description de ce qu’il considère comme des pratiques systématiques de l’armée malienne et des ex-forces Wagner, affirmant qu’elles « capturent des civils et appellent leurs proches pour exiger cinq millions de francs CFA, sinon ils les accusent de terrorisme ou les tuent » — ce qui, selon lui, a multiplié les campagnes de collecte de fonds pour libérer les « innocents » détenus par l’armée malienne et Wagner.

Nouh estime que ce phénomène s’est « atténué » depuis la transformation de Wagner en Africa Corps, mais il y voit toujours « une source de revenus pour des officiers de l’armée malienne », ce qui, selon lui, exclut sa disparition totale. Quant aux autres acteurs armés, il affirme que le Jamaat Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) a « largement profité de ces échanges ces derniers mois », soulignant ce qu’il décrit comme la nouveauté la plus surprenante : le Front de libération de l’Azawad (FLA) aurait, selon lui, tiré un bénéfice à la fois matériel et symbolique d’un accord de libération de prisonniers détenus par Wagner, la Russie ayant — toujours selon son récit — versé des millions au Front, en plus d’avoir fait pression sur le Mali et le Niger pour libérer des détenus liés au FLA.

Ce récit reste le témoignage d’une seule source, sans documents ni confirmations des parties concernées (armée malienne, commandement russe, FLA), et doit être lu comme un point de vue depuis Kidal plutôt que comme un bilan documenté de l’ampleur de cette « économie parallèle ».

Les gains du JNIM sur le terrain : un témoignage de Mopti

Abdallah, journaliste spécialisé dans la région de Mopti et l’ouest de Tombouctou, relie pour sa part les récentes attaques aux gains à la fois militaires et populaires du JNIM. Il affirme que le groupe a « engrangé plusieurs gains en attaquant les camps de l’armée malienne et les milices dogon qui lui sont affiliées », ajoutant qu’il a « pris le contrôle total de ces camps, et que ceux qui n’ont pas été tués ont été capturés ». Il estime que cette « démonstration de force » renforcera l’influence du groupe dans l’ouest de la région de Méma, et que la destruction du camp de Diora lui a « donné une liberté de mouvement dans cette zone ».

Abdallah ajoute que le camp de Diora, selon sa description, a « tué et déplacé des enfants et des femmes, arrêté des dizaines de personnes injustement, et les a vendues à leurs familles », et que la colère de la population face à ces pratiques attribuées à l’armée malienne et à ses milices « a renforcé l’influence du JNIM et élargi sa base populaire ».

Comme le témoignage de Nouh, le récit d’Abdallah reflète le point de vue d’un observateur de terrain, non le résultat d’une enquête indépendante ; les accusations visant l’armée et les milices dogon restent non confirmées par une source contradictoire, de même que l’annonce d’un « contrôle total » des camps appelle la même prudence que toute déclaration de contrôle territorial dans un conflit mouvant.

L’horizon des prochaines semaines

Ali, de son côté, résume la situation d’une phrase prospective : « Nous sommes à l’aube d’une nouvelle phase du conflit : les prochaines semaines marqueront soit le début d’une solution négociée, soit une guerre qui s’étendra sur des années. »

Lecture d’ensemble

Ces trois témoignages recoupent ce qui a déjà été documenté sur la complexité de la carte des acteurs au Mali : une armée gouvernementale et son allié russe faisant face à deux fronts — jihadiste et azawadien — dont les intérêts se croisent parfois sur des dossiers précis comme celui des otages, sans que cela signifie une alliance stratégique unifiée. Si le tableau dressé par ces deux sources d’une économie de rançon parallèle impliquant plusieurs acteurs s’avère exact, il ajoute une dimension nouvelle à la compréhension de la persistance du conflit : une incitation matérielle directe, pour des parties différentes, à prolonger la détention et la négociation plutôt qu’à les résoudre.

La question soulevée par Ali reste la plus pressante : les parties se dirigent-elles vers une négociation qui mettrait fin à cette économie parallèle des otages, ou la poursuite de la guerre pendant des années l’ancrera-t-elle comme une composante structurelle du conflit ? Les prochaines semaines, selon l’ensemble des témoignages recueillis, en seront un indicateur décisif.

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