Un procès civil concernant la mort de Samya Stumo dans le crash du vol 302 d’Ethiopian Airlines en mars 2019 a débuté lundi devant un tribunal fédéral à Chicago, marquant l’un des rares dossiers restants liés aux deux catastrophes mortelles du Boeing 737 MAX à parvenir jusqu’au procès.
La procédure porte exclusivement sur la responsabilité civile et l’indemnisation financière de la famille de la victime, plutôt que sur une responsabilité pénale. La plainte a été déposée par les proches de Stumo contre Boeing à la suite du crash qui a tué les 157 personnes à bord peu après le décollage d’Addis-Abeba le 10 mars 2019.
Stumo, analyste américaine de santé publique âgée de 24 ans, se rendait à sa première mission avec l’organisation mondiale de santé à but non lucratif ThinkWell lorsque l’appareil s’est écrasé. Sa famille est depuis devenue l’une des voix les plus influentes en faveur de réformes de la sécurité aérienne et d’un renforcement de la surveillance réglementaire après la crise du 737 MAX.
Le procès revient sur des questions centrales concernant le système d’augmentation des caractéristiques de manœuvre (MCAS), une fonctionnalité automatisée de contrôle de vol introduite sur le 737 MAX. Les enquêtes sur le crash d’Ethiopian Airlines ainsi que sur celui de Lion Air en 2018 ont conclu que des lectures erronées d’un seul capteur d’angle d’attaque avaient déclenché à plusieurs reprises le système MCAS, forçant le nez de l’appareil vers le bas.
Selon les conclusions des enquêteurs internationaux, les pilotes dans les deux cas ont eu des difficultés à neutraliser le système automatisé avant de perdre le contrôle de l’avion. Ensemble, les deux catastrophes ont fait 346 morts dans le monde et ont conduit à l’immobilisation mondiale de la flotte de 737 MAX pendant près de deux ans.
Les avocats représentant les familles des victimes soutiennent depuis longtemps que Boeing n’a pas pleinement divulgué l’existence et l’autorité opérationnelle du MCAS aux compagnies aériennes et aux équipages. Les plaignants affirment également que la dépendance du système à un seul capteur constituait un défaut de conception critique et une grave lacune en matière de sécurité.
Boeing a précédemment reconnu que le MCAS avait joué un rôle dans les deux accidents et a depuis mis en œuvre des modifications logicielles, renforcé les exigences de formation des pilotes et introduit des mesures de sécurité supplémentaires visant à restaurer la confiance dans l’appareil. La direction actuelle de l’entreprise, sous la conduite du directeur général Kelly Ortberg, a mis l’accent sur des réformes opérationnelles et des efforts pour rétablir la confiance avec les régulateurs, les compagnies aériennes et le public.
La plupart des litiges découlant des crashs ont déjà été réglés par des accords confidentiels. Sur les 155 affaires pour décès injustifié et négligence intentées contre Boeing, seul un petit nombre reste actif devant les tribunaux.
En novembre 2025, un jury de Chicago a accordé 28,45 millions de dollars au veuf de Shikha Garg, une autre victime du crash d’Ethiopian Airlines, dans l’un des verdicts civils les plus suivis liés à la catastrophe.
Des analystes juridiques estiment que l’affaire Stumo pourrait à nouveau attirer l’attention du public sur des préoccupations non résolues concernant la responsabilité des entreprises, la supervision de l’aviation et les pratiques de certification des aéronefs aux États-Unis. Pour de nombreux proches des victimes, la procédure représente plus qu’un simple litige d’indemnisation : elle s’inscrit dans une campagne plus large pour la transparence et une réforme systémique de l’industrie aéronautique.
Le procès devrait se poursuivre dans les semaines à venir devant le tribunal fédéral de Chicago.







