Le tribunal de grande instance de Ouagadougou a condamné le capitaine Abdel Kader Zanri, ancien chef de la sécurité présidentielle sous l’ex-président de la transition Paul-Henri Sandaogo Damiba, à 11 ans de prison pour complicité dans la destruction volontaire de biens privés par incendie et mise en danger de la vie d’autrui.
La décision prévoit cinq années de prison ferme, une amende de deux millions de francs CFA ainsi que l’émission d’un mandat d’arrêt contre Zanri dans une affaire qui a suscité une forte attention publique en raison du profil politique et sécuritaire des personnes impliquées.
L’affaire concerne l’incendie du véhicule du militant politique Imhotep Bayala, coordinateur du mouvement « Deux heures pour nous, deux heures pour Kamita », une organisation de la société civile connue pour ses positions souverainistes et hostiles aux influences étrangères.
Le tribunal a également condamné trois autres accusés : Hamidou Sawadogo, dit « Alpha », Aboubacar Bourou, surnommé « Brad », et Nania Bouda, connu sous le nom de « Choutor ». Chacun a écopé d’une peine de cinq ans de prison avec sursis et d’une amende de deux millions de francs CFA.
Selon les informations communiquées par la cour, Nania Bouda était le seul accusé présent lors du prononcé du verdict, les autres étant absents.
Sur le plan civil, les personnes condamnées ont été reconnues solidairement responsables du paiement de 12,7 millions de francs CFA à Imhotep Bayala au titre des dommages et intérêts.
Affaire criminelle ou prolongement des rivalités politiques ?
Bien que le dossier ait été traité comme une affaire pénale liée à la destruction de biens privés, son contexte politique lui a conféré une dimension particulière au Burkina Faso.
Zanri était considéré comme l’un des responsables sécuritaires les plus proches de l’ancien président de la transition Paul-Henri Sandaogo Damiba, renversé par le capitaine Ibrahim Traoré en septembre 2022.
Depuis lors, le pays a connu plusieurs enquêtes et procédures judiciaires visant des personnalités associées aux précédentes autorités, dans un contexte marqué par des tensions persistantes entre différents centres de pouvoir.
Pour certains observateurs, ce jugement illustre la volonté des autorités d’affirmer l’indépendance de la justice et de demander des comptes à d’anciens responsables influents. D’autres y voient un élément d’un processus plus large de recomposition des équilibres au sein des institutions militaires et sécuritaires.
Le dossier Damiba revient au premier plan
Le jugement intervient alors que des informations font état du transfert de l’ancien président de la transition Paul-Henri Sandaogo Damiba de Lomé vers Ouagadougou, où il ferait l’objet de poursuites liées à des accusations de complot contre les autorités actuelles.
Au cours des dernières semaines, les autorités burkinabè ont annoncé plusieurs enquêtes visant d’anciens responsables militaires et politiques soupçonnés d’activités destinées à déstabiliser l’État.
Même si peu d’informations officielles ont été publiées concernant les procédures visant Damiba, le retour de son nom dans l’actualité illustre la persistance des divisions politiques issues des différentes transitions militaires qu’a connues le pays.
Un pays confronté à deux défis simultanés
Ces développements surviennent alors que le Burkina Faso fait face à des défis sécuritaires majeurs liés à l’expansion de groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique dans plusieurs régions du pays.
Parallèlement aux opérations militaires contre ces groupes, les autorités de transition dirigées par le capitaine Ibrahim Traoré cherchent à renforcer les institutions de l’État et à consolider la stabilité politique intérieure.
Cependant, la multiplication des procès et des accusations impliquant des personnalités liées à différentes périodes de gouvernance montre que les rivalités de pouvoir restent vives au sein de l’appareil d’État.
Entre justice et calculs politiques
La condamnation de Zanri relance le débat sur les rapports entre justice et politique dans les périodes de transition.
Alors que les autorités présentent ces procédures comme une étape nécessaire pour renforcer l’État de droit, certains analystes mettent en garde contre les risques de politisation de la justice, susceptibles d’accentuer les divisions au sein des institutions militaires et sécuritaires.
Néanmoins, cette affaire reflète une tendance plus large consistant à rouvrir des dossiers longtemps restés à l’écart de l’action judiciaire, alors que le Burkina Faso tente de concilier impératifs sécuritaires, stabilité politique et exigences de responsabilité publique.
Dans un contexte marqué par la persistance des menaces sécuritaires et des tensions politiques, cette affaire illustre la manière dont les procédures judiciaires s’inscrivent désormais dans des débats plus vastes sur le pouvoir, la légitimité et l’avenir de l’État burkinabè.







