Le gouvernement du Burkina Faso, dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, a annoncé une expansion majeure de ses capacités militaires à travers la création d’une vaste force de réserve civile. L’initiative, dévoilée le 25 avril 2026, vise à recruter et former jusqu’à 100 000 citoyens d’ici la fin de l’année dans le cadre d’une intensification de la lutte contre les insurrections jihadistes.
Cette mesure représente une escalade significative de la doctrine de « guerre totale » du pays, qui privilégie la mobilisation de masse et les ressources militaires internes plutôt que les partenariats extérieurs.
Au cœur de cette initiative figure un nouveau projet de loi sur les réservistes adopté lors d’un conseil des ministres à Bobo-Dioulasso. Le texte établit un cadre structuré pour la participation des civils à la défense nationale, avec pour objectif de constituer une réserve immédiatement mobilisable pour soutenir les opérations militaires de première ligne.
Selon le ministre de la Défense, le général Kassoum Coulibaly, tous les citoyens considérés en « âge de combattre » suivront une formation militaire, marquant une évolution vers une forme de conscription de masse et l’intégration de la préparation militaire au sein de la population civile.
Les autorités décrivent ce projet comme un effort stratégique visant à renforcer la souveraineté nationale par les ressources internes, reflétant l’éloignement de la junte vis-à-vis de l’aide militaire étrangère et ses relations tendues avec les partenaires occidentaux et la CEDEAO.
Cette expansion s’appuie sur l’évolution des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), une milice civile créée pour soutenir les efforts de défense nationale. Le 9 janvier 2026, le gouvernement leur a accordé un statut officiel au sein de l’armée, marquant un tournant dans leur rôle institutionnel.
Autrefois force auxiliaire peu structurée, les VDP ont été intégrés à la structure militaire formelle. Comptant entre 30 000 et 100 000 membres, ils ont joué un rôle clé dans la sécurisation des territoires reconquis par l’armée face aux groupes insurgés.
Cette transformation a permis d’élargir la portée opérationnelle de l’État, notamment dans les zones reculées et à haut risque où les forces conventionnelles font face à des contraintes logistiques.
Sous la direction de Traoré, le Burkina Faso a adopté une doctrine militaire intransigeante axée sur la reconquête territoriale par la force, excluant toute négociation avec les groupes jihadistes et privilégiant des offensives soutenues par une augmentation des effectifs.
Cette orientation a également influencé la trajectoire politique du pays, la transition vers un pouvoir civil ayant été prolongée, avec la possibilité pour Traoré de rester au pouvoir jusqu’en 2029, les autorités mettant en avant les impératifs de sécurité nationale.
Cette mobilisation accrue intervient dans un contexte de crise humanitaire profonde, avec plus de 2 millions de personnes déplacées internes en avril 2026. En réponse, le gouvernement a lancé un plan humanitaire de 1,4 milliard de dollars visant à venir en aide à plus de 4,4 millions de personnes vulnérables.
Cependant, le recours à des forces civiles suscite des inquiétudes parmi les organisations de défense des droits humains, qui évoquent des préoccupations liées à la formation, au commandement et au risque de violences intercommunautaires.
Avec une adoption législative attendue dans les prochaines semaines, le Burkina Faso s’apprête à lancer un recrutement et une formation à l’échelle nationale, illustrant un virage marqué vers l’autosuffisance militaire.
L’intégration des VDP dans l’armée, combinée à une mobilisation civile massive, marque une nouvelle phase dans la stratégie sécuritaire du pays, susceptible de redéfinir la dynamique du conflit et le paysage politique au Sahel.







