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Asie

Le conflit Pakistan–Afghanistan porte les pertes civiles à un niveau record, selon la MANUA

L’escalade de la confrontation entre le gouvernement afghan dirigé par les talibans et l’armée pakistanaise a entraîné le trimestre le plus meurtrier pour les civils afghans depuis que les Nations unies ont commencé à documenter systématiquement les pertes en 2011, selon un nouveau rapport publié mardi par la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan.

Le rapport dresse le tableau sombre d’un conflit qui a rapidement évolué de tensions transfrontalières vers ce que des responsables pakistanais eux-mêmes ont qualifié de « guerre ouverte », largement alimentée par des différends concernant la présence et les activités du Tehrik-i-Taliban Pakistan.

Selon la MANUA, au moins 372 civils ont été tués et 397 blessés au cours du premier trimestre 2026. Les frappes aériennes ont représenté environ 64 % de l’ensemble des pertes, la majorité étant attribuée aux opérations menées par l’armée de l’air pakistanaise. Les bombardements d’artillerie transfrontaliers ont constitué la deuxième cause de pertes, contribuant à environ 35 % des pertes enregistrées.

Les victimes comprennent 313 hommes, 13 femmes et 46 enfants. Les responsables des Nations unies ont indiqué que le nombre exceptionnellement élevé de victimes masculines adultes était largement lié à un incident unique : la frappe aérienne du 16 mars contre le centre de désintoxication Omid à Kaboul.

La frappe de Kaboul, l’incident le plus meurtrier

L’attaque contre le centre de désintoxication Omid — anciennement le camp Phoenix à l’époque de l’OTAN — a été identifiée par la MANUA comme l’événement le plus meurtrier du trimestre.

La MANUA a confirmé 269 morts à la suite de la frappe, bien que les autorités sanitaires afghanes aient indiqué que le bilan pourrait atteindre 408 morts, avec des centaines de blessés supplémentaires. L’établissement était apparemment bondé de patients et de personnel observant le ramadan au moment du bombardement.

Des enquêteurs de Human Rights Watch ont déclaré que des images satellites et des vidéos authentifiées montraient des destructions importantes dans trois bâtiments principaux, y compris une salle à manger où les patients rompaient leur jeûne.

L’organisation a qualifié l’attaque de « crime de guerre potentiel », affirmant qu’aucune preuve accessible au public n’indiquait que le complexe médical avait été utilisé à des fins militaires. Des experts juridiques internationaux cités par la MANUA ont souligné que les installations médicales restent protégées par le droit international humanitaire, sauf si elles sont utilisées pour des actes nuisibles à une force adverse, et même dans ce cas, un avertissement préalable est généralement requis avant toute attaque.

Le Pakistan n’a pas reconnu publiquement avoir ciblé une installation médicale, affirmant que sa campagne militaire vise exclusivement des infrastructures militantes liées au TTP.

Un conflit enraciné dans le différend avec le TTP

La crise actuelle découle d’accusations de longue date d’Islamabad selon lesquelles le territoire afghan est utilisé par des militants du TTP pour lancer des attaques à l’intérieur du Pakistan.

Des responsables pakistanais affirment qu’au moins 130 membres des forces de sécurité et civils pakistanais ont été tués depuis le début de 2026 dans des violences liées à des combattants opérant depuis l’autre côté de la frontière afghane.

Les opérations militaires d’Islamabad, menées sous le nom de code « opération Ghazab lil-Haq », auraient ciblé des sites dans les provinces de Nangarhar, Paktika, Khost, Kaboul et Kandahar.

L’administration talibane à Kaboul a nié à plusieurs reprises abriter des combattants du TTP et a condamné les frappes comme des violations de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Afghanistan.

La détérioration de l’environnement sécuritaire s’est intensifiée fin février, lorsque la direction de la défense pakistanaise a publiquement qualifié la situation de « guerre ouverte », signalant une escalade significative tant dans la rhétorique que dans l’activité militaire.

La Chine organise des pourparlers d’urgence

Les inquiétudes internationales croissantes concernant les pertes civiles et l’instabilité régionale ont conduit à une intervention diplomatique de la Chine début avril.

Du 1er au 7 avril, des responsables chinois ont accueilli des négociations trilatérales informelles à Urumqi, au Xinjiang, réunissant des représentants du Pakistan et du gouvernement afghan dirigé par les talibans.

Les discussions ont abouti à un accord limité de désescalade, selon lequel les deux parties ont convenu « d’éviter toute action susceptible d’aggraver ou de compliquer la situation ».

Bien que cet arrangement ait contribué à réduire les frappes aériennes de grande ampleur, les régions frontalières continuent de subir des bombardements intermittents et des affrontements armés sporadiques.

Les agences humanitaires avertissent que la violence a déjà déplacé plus de 115 000 civils afghans depuis février, selon des données publiées par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Un cessez-le-feu fragile à l’avenir incertain

Malgré la baisse relative des grandes attaques aériennes après les pourparlers organisés par la Chine, les tensions diplomatiques entre Kaboul et Islamabad restent aiguës.

Le Pakistan continue d’exiger ce que les responsables décrivent comme des « actions visibles et vérifiables » de la part des talibans contre les organisations militantes opérant près de la frontière. De leur côté, les autorités afghanes insistent sur le fait que tout règlement durable doit inclure un arrêt complet des violations de l’espace aérien et des opérations militaires transfrontalières par le Pakistan.

Les analystes avertissent que sans un cadre de sécurité plus large traitant la question du TTP et les différends liés à la gestion des frontières, le cessez-le-feu actuel pourrait rester extrêmement fragile.

Les conclusions de la MANUA devraient renforcer le contrôle international des opérations militaires menées en Afghanistan et accroître la pression sur les deux gouvernements pour éviter de nouvelles pertes civiles, alors que le conflit menace de déstabiliser l’ensemble de la région.

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