La violence dans l’État du Kordofan du Sud au Soudan s’est fortement intensifiée ces dernières semaines, des observateurs humanitaires avertissant d’une aggravation des pertes civiles, de déplacements massifs et de conditions proches de la famine, dans un contexte d’extension des affrontements impliquant des factions rebelles, des milices locales et des acteurs clés de la guerre civile soudanaise.
Selon le Réseau des médecins du Soudan, au moins 61 civils ont été tués dans la ville de Kauda au cours des deux dernières semaines lors de combats liés au Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord, dirigé par Abdel Aziz al-Hilu. Le bilan comprend neuf enfants et cinq femmes.
Des habitants et des sources humanitaires ont indiqué que des survivants ont décrit des exécutions extrajudiciaires, des villages incendiés et des attaques indiscriminées visant des communautés civiles à Kauda et dans ses environs, une zone de conflit de longue date.
Le SPLM-N aurait déclaré que l’opération visait des « rebelles » au sein de la tribu Atoro accusés de défier des directives militaires. Cependant, des groupes humanitaires locaux et des observateurs régionaux affirment que la violence trouve son origine dans des différends liés à la délimitation des frontières et aux marqueurs territoriaux qui se sont aggravés en mars 2026.
Les derniers combats marquent une détérioration significative des conditions de sécurité dans le Kordofan du Sud, une région qui connaît un conflit intermittent depuis plus d’une décennie mais qui est désormais de plus en plus impliquée dans la guerre civile soudanaise.
Les organisations humanitaires signalent qu’aucun corridor sûr d’évacuation ou d’acheminement de l’aide n’existe actuellement dans les zones touchées. Des milliers de civils fuiraient les villages face à la crainte de nouvelles attaques et de pénuries alimentaires croissantes.
Les bombardements s’intensifient à Dilling
Dans la ville de Dilling, deuxième centre urbain du Kordofan du Sud, des bombardements d’artillerie renouvelés le 12 mai auraient tué sept civils et blessé au moins 17 autres après que des quartiers résidentiels et le marché central ont été touchés.
Des groupes de surveillance régionaux et des médias locaux indiquent que les Forces de soutien rapide et la faction SPLM-N al-Hilu opèrent désormais comme une alliance militaire coordonnée dans certaines parties du Kordofan.
Cette alliance est liée à la coalition « Tasees » formée début 2025, qui concentre ses opérations sur l’encerclement et la pression des villes contrôlées par le gouvernement telles que Dilling et Kadugli.
Les conditions de siège prolongées à Dilling ont provoqué de graves conséquences humanitaires. La Coordinatrice résidente et humanitaire des Nations unies au Soudan, Denise Brown, a averti que les combats urbains et le blocage de l’accès humanitaire ont créé des conditions de famine dans certaines parties de la zone.
Les agences d’aide indiquent que les pénuries de nourriture, de médicaments et de carburant se sont aggravées en raison des attaques continues et de l’insécurité qui perturbent les principales routes de transport.
Des évolutions stratégiques dans la guerre civile soudanaise
Le conflit au Kordofan du Sud reflète des évolutions plus larges dans la guerre opposant les Forces armées soudanaises aux Forces de soutien rapide.
La faction SPLM-N dirigée par al-Hilu, qui était restée largement neutre au début du conflit, s’est désormais formellement alignée avec les Forces de soutien rapide, accentuant la pression sur les positions des Forces armées soudanaises dans le sud du Soudan.
En avril 2026, les Forces armées soudanaises ont brièvement rouvert la route stratégique reliant Dilling au Nord-Kordofan, brisant partiellement un blocus qui isolait certaines parties de la région depuis des années. Toutefois, les Forces de soutien rapide et les combattants du SPLM-N ont ensuite lancé de nouvelles offensives pour reprendre le contrôle des principaux axes d’approvisionnement.
Bien que les Forces armées soudanaises aient officiellement rétabli le siège du gouvernement à Khartoum en janvier 2026, les analystes estiment que les combats les plus intenses restent concentrés au Darfour et au Kordofan.
Les avertissements humanitaires s’intensifient
Le cluster de protection des Nations unies a émis un avertissement urgent indiquant que plus de 50 000 habitants de la localité de Dilling sont confrontés à une « isolation extrême et à une exposition à la violence » à l’approche de la saison des pluies.
Les responsables humanitaires craignent que les pluies saisonnières rendent les routes en terre impraticables, limitant davantage les livraisons d’aide déjà restreintes et piégeant les civils dans des zones de conflit avec peu d’accès aux soins médicaux, à l’abri ou à l’aide alimentaire.
Les agences internationales ont renouvelé leurs appels à un accès humanitaire immédiat, à des mesures de protection des civils et à des enquêtes indépendantes sur les abus présumés commis par toutes les parties au conflit.







