La Chambre internationale de la marine marchande (ICS) a condamné l’escalade des confrontations maritimes entre les États-Unis et l’Iran, avertissant que la série de saisies de navires dans et autour du détroit d’Ormuz constitue une grave violation du droit international et menace le principe de la liberté de navigation.
Dans un communiqué publié samedi, l’ICS a décrit la situation comme une escalade dangereuse de type « coup pour coup », les deux pays ciblant des navires commerciaux sur la base de justifications juridiques contestées. L’organisation a souligné que la crise met en danger les marins civils tout en déstabilisant des routes commerciales mondiales essentielles.
Au cours de la semaine écoulée, Washington et Téhéran ont intercepté des navires commerciaux de grande valeur, invoquant des fondements juridiques différents. Les forces iraniennes, y compris le Corps des gardiens de la révolution islamique, ont saisi le MSC Francesca, battant pavillon panaméen et appartenant à des intérêts grecs, dans le détroit d’Ormuz, invoquant des violations de permis et des manipulations des systèmes de navigation. Un second navire, l’Epaminondas, battant pavillon libérien, a été retenu près d’Oman pour avoir ignoré des avertissements et pénétré dans une voie maritime restreinte.
Parallèlement, les forces américaines ont saisi des navires dans l’océan Indien, dont le Majestic X, décrit comme apatride et accusé de transporter du pétrole iranien sous sanctions. Un autre navire, le Tifani, a également été détenu pour violation présumée des restrictions maritimes imposées par les États-Unis dans le cadre de leur politique de blocus.
L’ICS a mis en lumière la dimension humanitaire croissante de la crise. Selon le secrétaire général John Stawpert, les équipages des navires détenus restent indemnes physiquement mais subissent une pression psychologique croissante en raison de leur détention prolongée.
Les gouvernements des Philippines et du Monténégro ont confirmé qu’au moins 19 de leurs ressortissants—15 Philippins et 4 Monténégrins—figurent parmi les marins actuellement détenus par les autorités iraniennes.
Au-delà des navires saisis, l’ICS estime qu’environ 20 000 marins sont effectivement bloqués à bord d’environ 500 navires incapables de transiter en toute sécurité par le détroit. Beaucoup y sont restés jusqu’à sept semaines, une situation que Stawpert a comparée à une « résidence surveillée en mer ».
Des experts maritimes et l’ICS estiment que plusieurs actions des deux parties soulèvent des préoccupations juridiques importantes au regard de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS).
La proposition de l’Iran d’imposer des frais de transit aux navires traversant le détroit a été largement rejetée par les organismes maritimes comme dépourvue de fondement juridique en droit maritime international. L’ICS a averti qu’un tel précédent, s’il se normalisait, pourrait conduire à l’instauration de péages similaires dans d’autres passages stratégiques, notamment les détroits de Malacca et de Gibraltar.
Dans le même temps, l’ICS a critiqué ce qu’elle a qualifié d’application ambiguë du blocus maritime américain. L’absence de critères de ciblage clairement définis, a-t-elle indiqué, expose le transport maritime commercial neutre à des risques accrus.
Les données de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) et de la plateforme PortWatch indiquent un effondrement marqué du trafic maritime dans le détroit. Le nombre quotidien de navires a chuté de plus de 90%, passant d’environ 129 navires par jour avant la crise à seulement cinq sur certaines périodes de 24 heures.
Cette perturbation a entraîné une forte hausse des prix mondiaux de l’énergie, notamment du carburant aérien et du pétrole brut, alors qu’environ 20% de l’approvisionnement mondial en pétrole subit des retards ou reste bloqué dans la région.
La saisie par les États-Unis de navires tels que le Majestic X indique également un renforcement de la lutte contre la « flotte fantôme », composée de pétroliers vieillissants utilisés par des États sous sanctions, dont l’Iran et la Russie, pour contourner les restrictions internationales.
L’ICS a conclu que les objectifs géopolitiques des deux pays ne justifient ni la détention de marins civils ni l’entrave à la navigation commerciale légale.
Elle a appelé au rétablissement immédiat du droit de « passage inoffensif », un principe fondamental du droit maritime international, et a exhorté toutes les parties à désamorcer les tensions avant que des dommages supplémentaires ne soient infligés au commerce mondial et à la sécurité maritime.
« La trajectoire actuelle », a averti l’organisation, « pose des risques inacceptables non seulement pour les marins, mais aussi pour la stabilité de l’économie mondiale ».







