Des frappes de drones sur la ville soudanaise d’El Obeid ont mis en lumière une escalade dangereuse de la guerre civile, avec une utilisation croissante de munitions rôdeuses, communément appelées « drones suicides », dans des zones densément peuplées.
Selon des sources médicales et humanitaires, dont le Réseau des médecins du Soudan, plusieurs frappes ont visé des quartiers résidentiels d’El Obeid, capitale du Kordofan du Nord, le samedi 25 avril, faisant au moins sept morts et 22 blessés, la plupart étant des civils dans leurs habitations.
Les professionnels de santé estiment que les armes utilisées indiquent un changement de tactique. Le Réseau des médecins du Soudan a affirmé que les attaques impliquaient des munitions rôdeuses et a accusé les Forces de soutien rapide de cibler délibérément des zones civiles afin de maximiser les pertes plutôt que de viser des infrastructures militaires. Les FSR n’ont pas réagi publiquement à ces accusations.
Les hôpitaux d’El Obeid, déjà affaiblis par des conditions de siège prolongé, peinent à faire face à l’afflux de blessés. Le personnel médical fait état de pénuries graves en fournitures chirurgicales et en unités de sang, ce qui a conduit à des appels urgents à une assistance médicale internationale.
El Obeid conserve une importance stratégique tout au long du conflit, servant de base opérationnelle clé pour les Forces armées soudanaises dans leurs campagnes au Kordofan et au Darfour. Malgré un encerclement en grande partie par les FSR depuis la mi-2023, la ville reste sous le contrôle de l’armée.
Des analystes militaires estiment que l’intensification des frappes de drones reflète une évolution plus large de la guerre. Les offensives terrestres étant ralenties, les deux camps se tournent de plus en plus vers les drones pour frapper en profondeur dans les zones contestées. À El Obeid, cela se traduit par une pression continue sur les positions militaires et les populations civiles.
Ces frappes interviennent quelques jours après le lancement par l’armée soudanaise d’opérations dans des zones voisines telles que Kazgeil et Shwaya le 18 avril. Des observateurs estiment que les attaques de drones pourraient constituer une réponse à ces avancées.
La région du Kordofan est devenue un champ de bataille central alors que la guerre entre dans sa troisième année, avec la présence de multiples acteurs armés, dont le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord dirigé par Abdelaziz al-Hilu, qui contrôle des parties du Kordofan du Sud, compliquant davantage la dynamique sécuritaire et limitant l’accès humanitaire.
La convergence de ces groupes armés a fortement restreint les couloirs d’aide alors que la crise humanitaire s’aggrave. Des observateurs internationaux ont confirmé des conditions de famine dans certaines parties du Kordofan du Sud et du Darfour du Nord, avertissant que le Kordofan du Nord pourrait être confronté à des risques similaires.
Environ 13 millions de personnes ont été déplacées, faisant du Soudan le théâtre de la plus grande crise de déplacement au monde, tandis qu’environ 75 % des structures de santé dans les zones touchées par le conflit ne sont plus fonctionnelles, laissant des millions de personnes sans soins de base.
Le Réseau des médecins du Soudan a appelé à l’ouverture d’une enquête internationale sur les frappes d’El Obeid et à la responsabilisation des auteurs, qualifiant ces attaques de « crime de guerre à part entière », soulignant que le ciblage de civils dans des zones résidentielles constitue une violation grave du droit international humanitaire.
Alors que la guerre des drones devient de plus en plus dominante, les organisations humanitaires avertissent que la frontière entre champ de bataille et espace civil s’efface rapidement, augmentant le risque de pertes massives et aggravant la crise humanitaire au Soudan.







