Le Rwanda a menacé de retirer ses forces militaires du nord du Mozambique si un financement international durable n’est pas assuré pour la mission de sécurité dans la province de Cabo Delgado, suscitant des inquiétudes quant à la stabilité de la région et à la protection d’un important projet gazier.
Des responsables à Kigali ont indiqué que le déploiement des Forces de défense rwandaises, qui joue un rôle central dans la stabilisation de la région depuis plusieurs années, pourrait prendre fin si le soutien financier des partenaires internationaux n’est pas renouvelé.
Cet avertissement intervient alors que le mécanisme actuel de financement fourni par l’Union européenne par l’intermédiaire de la Facilité européenne pour la paix approche de son expiration.
Le ministre rwandais des affaires étrangères Olivier Nduhungirehe a déclaré que la mission ne pouvait se poursuivre sans un arrangement financier durable, soulignant que son pays ne peut pas supporter indéfiniment la majeure partie des coûts opérationnels.
La porte-parole du gouvernement Yolande Makolo a ajouté que le financement européen, estimé à environ vingt millions d’euros, ne couvre qu’une petite part des dépenses réelles de la mission.
Kigali a également exprimé sa frustration face aux sanctions et restrictions de visas imposées par les États-Unis à certains responsables militaires rwandais, affirmant que des gouvernements occidentaux critiquent le Rwanda tout en bénéficiant de la sécurité fournie par ses forces au nord du Mozambique.
La possible décision de retrait intervient à un moment particulièrement sensible après la fin de la mission régionale de la Communauté de développement de l’Afrique australe qui soutenait auparavant la lutte contre l’insurrection dans la région.
Les troupes rwandaises constituent désormais la principale force de sécurité engagée contre les insurgés liés au réseau de l’État islamique dans la province de Cabo Delgado.
Le Rwanda maintient actuellement entre deux mille cinq cents et cinq mille soldats dans la région, où ils ont joué un rôle clé dans la sécurisation de villes et d’infrastructures stratégiques.
Les analystes de sécurité avertissent qu’un retrait rwandais pourrait créer un vide sécuritaire immédiat, l’armée mozambicaine n’étant pas encore considérée comme capable d’assurer seule la stabilité dans cette région instable.
Une telle évolution pourrait également avoir d’importantes conséquences économiques en particulier pour le grand projet de gaz naturel liquéfié développé au large de Cabo Delgado.
Un grand groupe énergétique a récemment relancé les travaux d’un projet gazier d’environ vingt milliards de dollars dans la zone d’Afungi après plusieurs années d’interruption dues aux attaques des insurgés.
Les responsables du secteur estiment que le projet est achevé à environ quarante pour cent et que plusieurs milliers de travailleurs sont déjà mobilisés sur le site.
Cependant la présence des forces rwandaises est largement considérée comme une condition essentielle pour garantir la sécurité du projet.
Les analystes préviennent qu’un retrait pourrait conduire à une nouvelle suspension des travaux et retarder l’un des plus importants investissements énergétiques en Afrique.
Cette situation intervient dans un contexte de tensions géopolitiques plus larges en Afrique de l’Est et centrale notamment en raison des accusations selon lesquelles Kigali soutiendrait un mouvement rebelle dans l’est de la République démocratique du Congo accusations que le Rwanda rejette.
La stabilité de Cabo Delgado est jugée essentielle non seulement pour le Mozambique mais aussi pour les marchés énergétiques mondiaux car la région abrite certaines des plus importantes découvertes récentes de gaz offshore.
Alors que le financement européen doit expirer prochainement des négociations diplomatiques devraient s’intensifier afin de déterminer si le déploiement rwandais pourra se poursuivre ou si la région devra faire face à une nouvelle phase d’incertitude.







