Au 1er mars 2026, la situation aux frontières de Gaza est entrée dans une phase critique à la suite de l’escalade militaire régionale liée aux frappes américano-israéliennes contre l’Iran, les autorités israéliennes et les organisations humanitaires présentant des évaluations nettement divergentes de la situation.
Fermeture des points de passage pour raisons sécuritaires
Le Coordinateur des activités gouvernementales israéliennes dans les territoires (COGAT) a annoncé la fermeture immédiate de tous les points de passage vers la bande de Gaza, y compris le passage terrestre de Rafah, jusqu’à nouvel ordre.
Dans un communiqué officiel, le COGAT a indiqué que cette décision s’inscrit dans le cadre d’« ajustements sécuritaires » rendus nécessaires par les développements militaires régionaux et qu’elle affecte également les règles de circulation en Cisjordanie.
Si la plupart des points de transit sont fermés, les autorités israéliennes ont précisé que les « travailleurs essentiels » disposant de permis spéciaux pourront continuer à circuler via certains points de contrôle, notamment Eyal, Tarqumiyah et Qalandia.
Israël a également affirmé que la fermeture « n’aura aucun impact sur la situation humanitaire », estimant que les stocks alimentaires actuellement disponibles dans Gaza sont suffisants pour une période prolongée.
Inquiétudes des organisations humanitaires
Les organisations humanitaires internationales ont exprimé une vive inquiétude, présentant une évaluation très différente.
Le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a indiqué que le passage de Rafah n’avait rouvert que récemment, le 2 février 2026, après près d’un an de fermeture. Durant cette courte période, environ 211 patients ont été évacués à l’étranger pour des soins urgents. Des milliers d’autres restent sur liste d’attente, beaucoup ayant besoin de traitements vitaux indisponibles à Gaza.
Médecins Sans Frontières (MSF) a averti le 27 février que les livraisons d’aide avaient déjà fortement diminué ces dernières semaines. L’organisation a également signalé de nouvelles restrictions susceptibles de contraindre le personnel médical international à quitter Gaza d’ici le 1er mars, ce qui pourrait paralyser des structures de santé déjà surchargées.
Dans son rapport mondial 2026, Human Rights Watch a évoqué l’utilisation de la « famine comme arme de guerre » et une « destruction sans précédent des infrastructures civiles » au cours de l’année écoulée, soulignant que la population de Gaza dépend désormais presque entièrement d’une aide humanitaire extérieure continue.
Répercussions régionales et diplomatiques
La fermeture a suscité des réactions régionales.
Des responsables égyptiens ont exprimé une « profonde préoccupation », estimant que des restrictions unilatérales compromettent les accords antérieurs garantissant la circulation des civils et de l’aide humanitaire via Rafah dans les deux sens. L’Égypte joue traditionnellement un rôle clé de médiation dans la gestion des frontières de Gaza.
Le 27 février, le département d’État américain a autorisé le départ du personnel gouvernemental non essentiel d’Israël en raison de la dégradation de la situation sécuritaire. L’ambassade des États-Unis à Jérusalem a averti les citoyens américains que l’environnement sécuritaire près des frontières de Gaza est « extrêmement dangereux et instable », ajoutant que les points de passage peuvent être fermés sans préavis.
Un tournant humanitaire critique
Les fermetures récentes marquent un moment décisif pour la bande de Gaza, où l’accès humanitaire est déjà fragile. Alors que les autorités israéliennes affirment que les stocks disponibles sont suffisants, les agences de l’ONU et les organisations d’aide avertissent que même des fermetures de courte durée peuvent rapidement perturber les évacuations médicales, la distribution de carburant, les chaînes d’approvisionnement alimentaire et le fonctionnement des hôpitaux.
Alors que les tensions diplomatiques s’intensifient et que les besoins humanitaires augmentent, la communauté internationale suit de près les discussions potentielles au Conseil de sécurité de l’ONU et dans d’autres forums multilatéraux afin de déterminer si des mesures d’urgence seront adoptées.
Pour les plus de deux millions d’habitants de Gaza, la réouverture — ou la fermeture prolongée — des points de passage pourrait déterminer l’évolution d’une crise humanitaire déjà extrêmement fragile.







