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Moyen-Orient

Des enfants récupérateurs de déchets à Harare révèlent l’aggravation du travail des enfants

Dans les marchés bondés de Harare, notamment dans la banlieue densément peuplée de Mbare et le pôle industriel animé de Siyaso, un nombre croissant d’enfants fouillent des tas de ferraille, signe d’une crise humanitaire qui s’aggrave sous l’effet de la pauvreté, de l’instabilité économique et de l’application insuffisante des lois de protection de l’enfance.

Des évaluations récentes menées par des organisations internationales et des agences gouvernementales indiquent que le pays fait face à l’un de ses défis les plus graves en matière de travail des enfants depuis plusieurs décennies.

Selon les estimations de l’Organisation internationale du travail, environ 4,2 millions d’enfants sont impliqués dans une forme de travail. Près de 14 pour cent des enfants âgés de cinq à quatorze ans participent à des activités économiques, souvent dans des conditions dangereuses classées parmi les pires formes de travail des enfants.

Dans les marchés informels de ferraille de Harare, des enfants parfois âgés de six ans collectent du cuivre, du laiton et du fer pour les revendre. Alors que l’industrie mondiale de la ferraille devrait atteindre environ 94 milliards de dollars d’ici 2032, la demande se répercute jusqu’aux commerçants locaux. Pourtant, au niveau de la rue, les enfants gagnent souvent seulement 10 à 20 cents américains par kilogramme, un revenu qui détermine souvent si leur famille pourra manger ce jour-là.

La pauvreté reste le principal moteur. Des enquêtes montrent qu’environ 60 pour cent des familles citent le manque de revenus comme raison principale de l’entrée des enfants dans le travail.

Les conditions de travail dans des zones comme Mbare exposent les enfants à de graves risques physiques et psychologiques. Une étude menée fin 2025 a révélé qu’environ 60 pour cent des enfants engagés dans la récupération de déchets avaient subi des blessures, notamment des coupures profondes, des perforations causées par des clous et des infections non traitées.

Les risques sanitaires dépassent les blessures visibles. Les enfants manipulent régulièrement des déchets médicaux, des conteneurs chimiques et des débris industriels, entraînant des taux élevés d’infections cutanées et de maladies respiratoires. Le risque de tétanos et de dommages pulmonaires à long terme est particulièrement élevé.

L’exploitation économique est également répandue. Certains commerçants reconnaissent payer les enfants à des tarifs inférieurs à ceux des adultes, affirmant que les enfants ne recherchent pas de gains importants, une justification que les organisations de défense des droits qualifient d’abus économique systémique.

Les autorités ont approuvé un nouveau cadre politique destiné à répondre à la crise.

Le Plan d’action national pour les enfants IV couvrant la période 2026-2030 place l’élimination du travail des enfants parmi ses priorités centrales. Il vise à renforcer les systèmes de protection de l’enfance, améliorer l’accès aux services de base et soutenir les familles et les communautés afin de réduire les pressions économiques qui poussent les enfants vers le travail.

Bien que cette politique constitue une reconnaissance importante de l’ampleur du problème, des analystes estiment que son efficacité dépendra largement de sa mise en œuvre. Les informations détaillées concernant les mécanismes d’application, le suivi et les allocations budgétaires n’ont pas encore été rendues publiques.

La législation existante interdit déjà les travaux dangereux pour les enfants de moins de seize ans. Toutefois, l’application reste inégale, notamment dans les marchés informels où la surveillance est limitée.

La situation reflète des défis plus larges dans la région. Bien que le travail des enfants ait diminué au niveau mondial depuis 2000, les organisations internationales indiquent que l’objectif d’élimination totale d’ici 2025 n’a pas été atteint, l’Afrique subsaharienne restant la région la plus touchée.

Au Zimbabwe, la crise économique, le chômage élevé et la hausse du coût de la vie ont renforcé le cycle de pauvreté. Les enfants qui quittent l’école pour gagner un revenu immédiat perdent souvent des perspectives éducatives et économiques à long terme, ce qui perpétue les difficultés générationnelles.

Les spécialistes décrivent le commerce de la ferraille à Harare comme une économie de survie caractérisée par une forte concurrence et une régulation minimale. Pour de nombreuses familles, les petits revenus quotidiens générés par les enfants sont essentiels, mais ils entraînent des coûts sociaux importants à long terme.

Sans financement durable, application renforcée des lois et programmes de protection sociale plus solides, le plan national pourrait avoir des difficultés à atteindre son objectif d’élimination du travail des enfants d’ici 2030.

Dans les ruelles étroites de Mbare et Siyaso, la vue d’enfants transportant des sacs de métal sous le soleil de midi reste aujourd’hui un rappel frappant du coût humain de la vulnérabilité économique.

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