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Wereta : le pari d’Abiy Ahmed sur la victoire militaire en Amhara vacille-t-il ?

La bataille de Wereta, dans le Sud Gondar, les 13 et 14 février, constitue un nouvel indicateur que le conflit en Amhara dépasse le cadre d’une « rébellion locale » et devient de plus en plus un test politique et sécuritaire direct de la capacité de l’État fédéral éthiopien à imposer son autorité hors des grandes villes, alors que le Premier ministre Abiy Ahmed fait face à plusieurs fronts actifs et à une pression économique croissante.

Un nœud logistique transformé en test de force

Wereta – également orthographiée Woreta – se situe dans le Sud Gondar sur un réseau routier reliant les zones autour du lac Tana à des axes vers Bahir Dar, Gondar et Debre Tabor, ce qui en fait un point de passage sensible pour les mouvements militaires et le ravitaillement au cœur de l’Amhara.

Des récits relayés sur des plateformes liées à Fano affirment que des combats ont éclaté les 13 et 14 février et ont duré environ 13 heures près de l’axe d’Alem Saga, se soldant par le repli de forces fédérales et la capture de certains soldats et d’armes. Reuters n’a pas pu vérifier ces informations de manière indépendante en raison des restrictions de sécurité et des coupures de communications dans certaines zones de la région.

Alem Saga : une dimension sociale dans le calcul militaire

La proximité rapportée des combats avec Alem Saga – décrite dans des récits locaux comme une zone à majorité musulmane – ajoute une dimension sociale au conflit. Fano cherche à se présenter comme un mouvement de « libération nationale » transcendant les appartenances religieuses, plutôt que comme une milice ethnique amhara à racines historiquement chrétiennes, afin de consolider son soutien et d’éviter l’ouverture de fractures internes dans des zones mixtes ou sensibles. (Lecture analytique fondée sur le discours des acteurs et le contexte du terrain).

D’allié du gouvernement à adversaire

Fano trouve ses origines dans des formations informelles d’autodéfense ayant soutenu les forces fédérales durant la guerre du Tigré (2020-2022). La relation a basculé après la décision du gouvernement, en 2023, de dissoudre des forces régionales et de les intégrer dans des structures fédérales – une mesure perçue en Amhara comme un désarmement affaiblissant la capacité de la région à se protéger.

Depuis, Fano a bénéficié d’une organisation décentralisée, d’une forte mobilité en zones rurales, et de passages d’éléments armés locaux – avec leurs armes – dans ses rangs. Cela lui a permis d’évoluer d’une guérilla vers une pression accrue sur des centres urbains et des axes routiers, faisant des lignes de ravitaillement et des routes secondaires des cibles autant que des symboles de contrôle.

Ce que Wereta révèle sur l’armée fédérale

Si les grandes lignes de la bataille sont exactes, sa durée et son intensité soulignent un défi multiple pour l’armée nationale (ENDF) : fatigue humaine après des années de guerre et baisse de la capacité d’action au sol face à des combattants qui se présentent comme défendant « villages et identité » — un schéma classique d’insurrection où le moral et la connaissance du terrain peuvent compenser l’avantage numérique. (Évaluation analytique).

Le schéma général en Amhara illustre aussi les limites d’une approche strictement militaire. Des informations ont fait état de combats persistants autour de Debre Tabor et dans le Sud Gondar, suggérant un conflit chronique où les états d’urgence répétés n’ont pas rétabli le contrôle de l’État sur les campagnes et les routes secondaires.

L’économie du « grenier » sous pression

L’Amhara compte parmi les régions agricoles les plus importantes d’Éthiopie. Une perturbation prolongée des corridors de transport et des marchés locaux peut rapidement peser sur les prix alimentaires et l’acheminement des biens vers Addis-Abeba et d’autres grandes villes. L’extension des combats perturbe aussi le commerce saisonnier et la circulation des camions, alimentant les tensions sur le coût de la vie. (Inférence analytique fondée sur le rôle agricole de l’Amhara et les effets usuels des conflits sur les chaînes d’approvisionnement).

Éthiopie 2026 : la multiplicité des fronts réduit les options d’Abiy

Wereta survient alors que l’Oromia reste un théâtre d’affrontements avec une insurrection armée, et que des tensions réapparaissent au Tigré ces dernières semaines, compliquant la répartition des forces et des ressources. Addis-Abeba fait aussi face à des dossiers sensibles dans la Corne de l’Afrique, réduisant davantage sa marge de manœuvre militaire et politique.

La guerre des drones comme substitut au contrôle terrestre

À mesure que les combats s’étendent et que le contrôle au sol devient plus difficile, les drones se sont imposés comme un outil central des opérations gouvernementales en Amhara, au milieu de rapports récurrents de frappes aériennes et de victimes — y compris des incidents ayant touché par erreur des forces alliées, selon des médias citant des responsables locaux et des témoins.

Cette dépendance accroît la probabilité de représailles aériennes contre des nœuds comme Wereta si Addis-Abeba estime que la perte d’axes routiers menace le ravitaillement. Mais l’expérience des conflits internes montre que la puissance aérienne peut gêner l’adversaire sans clore une insurrection, sauf si elle s’accompagne d’un compromis politique ou d’arrangements de sécurité localement acceptés. (Jugement analytique).

Coût humain à mesure que les combats se rapprochent des villes

Les combats dans et autour des villes augmentent les risques de déplacements internes et de dégradation des services, d’autant que des coupures de communication compliquent la vérification des bilans. Alors que les accusations et contre-accusations se multiplient, les civils restent les plus exposés aux armes lourdes, aux opérations de ratissage et à d’éventuelles arrestations le long de lignes de front mouvantes.

Conclusion : Le revers – ou le repli – de l’ENDF à Wereta, même si plusieurs détails restent difficiles à vérifier, renforce l’image d’un « verrouillage » en Amhara : un conflit qui s’étend, épuise l’État sur les plans économique et militaire, et transforme Fano d’un phénomène local en défi structurel pour le centre fédéral éthiopien.

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