Le Soudan du Sud fait face à l’une des crises humanitaires les plus graves depuis son indépendance, avec une escalade des violences, des déplacements massifs, une aggravation de la faim et des violations croissantes des droits humains poussant le pays vers ce que les responsables des Nations unies décrivent comme un point de bascule critique.
Selon les dernières conclusions de la Commission des Nations unies sur les droits de l’homme au Soudan du Sud (CHRSS), du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), plus de 70 % de la population a désormais besoin d’une assistance vitale.
Déplacements massifs alimentés par la reprise des combats
Les affrontements renouvelés entre les South Sudan People’s Defence Forces (SSPDF) et le SPLA-IO, qui se sont intensifiés fin décembre 2025, ont provoqué d’importants mouvements de population à travers le pays.
Au moins 280 000 personnes ont été nouvellement déplacées par les combats et les frappes aériennes depuis décembre. Le nombre total de personnes déplacées internes (PDI) atteint désormais environ 3,2 millions — soit une augmentation de 40 % par rapport à l’estimation de 2,3 millions l’année précédente.
Par ailleurs, plus de 848 000 personnes ont franchi la frontière vers le Soudan du Sud en provenance du Soudan voisin depuis le déclenchement du conflit dans ce pays, exerçant une pression supplémentaire sur des infrastructures et des systèmes d’aide déjà fragiles.
Des affrontements militaires ont été signalés dans huit des dix États du pays, la violence la plus intense étant concentrée dans l’État de Jonglei. Les agences humanitaires avertissent que l’insécurité persistante restreint sévèrement l’accès aux communautés vulnérables.
Une crise alimentaire qui s’aggrave avant la période de soudure
Le Plan de réponse humanitaire 2026 des Nations unies fait état d’un niveau de besoins sans précédent. On estime que 10 millions de personnes — contre 9,3 millions en 2025 — nécessitent désormais une assistance humanitaire.
L’insécurité alimentaire a atteint des niveaux alarmants. En février 2026, environ 5,86 millions de personnes sont classées en Phase 3 (Crise) de l’IPC ou à un niveau pire. Les projections indiquent que ce chiffre pourrait atteindre 7,5 millions de personnes — soit environ 53 % de la population — durant la période de soudure d’avril à juillet.
Dans les situations les plus extrêmes, environ 28 000 personnes à Nasir (Haut-Nil) et Fangak (Jonglei) font déjà face à des conditions de Phase 5 de l’IPC, correspondant à des niveaux catastrophiques ou proches de la famine.
Les taux de malnutrition sont également extrêmement élevés. Plus de 2,1 millions d’enfants âgés de six à 59 mois devraient souffrir de malnutrition aiguë en 2026, ainsi que 1,15 million de femmes enceintes et allaitantes.
Violations des droits humains et impunité
Le rapport de la CHRSS souligne que l’impunité demeure un moteur central des risques croissants d’atrocités à travers le pays.
Les violences sexuelles sont décrites comme « répandues et systématiques », les groupes armés les utilisant prétendument comme tactique délibérée pour terroriser et déplacer les populations civiles.
Des frappes aériennes auraient touché des installations médicales à Lankien et Akobo, privant environ 400 000 personnes d’accès aux soins de santé. Parallèlement, le Soudan du Sud fait face à la plus importante épidémie de choléra jamais enregistrée dans le pays. Depuis septembre 2024, 97 801 cas et 1 608 décès ont été documentés.
La Mission des Nations unies au Soudan du Sud (UNMISS) a également signalé une forte augmentation des actes de harcèlement et des détentions arbitraires de journalistes et d’acteurs de la société civile à l’approche des élections nationales prévues en décembre 2026, suscitant des inquiétudes quant à la réduction de l’espace civique.
Un déficit de financement et une réponse limitée
Malgré l’ampleur de la crise, le financement humanitaire reste insuffisant. En 2025, les agences ont sollicité 1,8 milliard de dollars pour répondre aux besoins. Pour 2026, le plan de réponse demande 1 milliard de dollars afin d’assister les quatre millions de personnes les plus vulnérables — une réduction qui reflète des contraintes financières plutôt qu’une diminution des besoins.
Alors que la violence s’étend, que l’insécurité alimentaire s’aggrave, que les épidémies progressent et que les libertés civiques se restreignent, les responsables des Nations unies avertissent que sans action internationale urgente, le Soudan du Sud risque de sombrer davantage dans une catastrophe humanitaire généralisée dans les mois à venir.







