Le retour de corps palestiniens non identifiés à Gaza a atteint le stade d’une crise humanitaire et médico-légale de plus en plus grave, selon des rapports officiels des Nations unies, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et de plusieurs organisations de défense des droits humains.
Entre le 4 et le 8 février, un transfert massif de restes humains a eu lieu à l’hôpital Al-Shifa de Gaza, mettant en lumière l’incapacité croissante des équipes médicales et médico-légales à identifier les victimes ou à apporter une réponse aux familles.
Le CICR a indiqué que le dernier transfert comprenait 54 corps ainsi que 66 caisses contenant des restes incomplets, dont des crânes et des ossements séparés. Des responsables médicaux palestiniens à Al-Shifa ont affirmé que l’état de nombreux restes rend l’identification presque impossible sans analyses ADN avancées, des capacités qui restent extrêmement limitées à Gaza.
Le ministère de la Santé de Gaza a déclaré que les examens médico-légaux ont révélé des signes de mutilations sévères et de traumatismes physiques étendus sur plusieurs corps, ajoutant que l’état de certains restes suggère des abus prolongés avant la mort.
Crise de l’identification
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en octobre 2025, les autorités israéliennes ont restitué environ 360 corps palestiniens à Gaza. Les autorités médicales n’ont pu identifier formellement qu’environ 100 personnes, soit près de 27 % du total.
Les corps non identifiés ont été enterrés dans des fosses communes marquées uniquement par des numéros, une pratique que les agences de l’ONU estiment contraire aux normes internationales relatives au traitement digne des morts et qui complique toute identification future.
Le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires estime que plus de 10 000 Palestiniens sont toujours portés disparus, soit sous les décombres, soit non recensés dans les centres de détention.
Détenus et décès en détention
Les restitutions de corps ont ravivé les inquiétudes concernant le traitement des Palestiniens détenus par Israël. Un rapport récent de l’organisation Physicians for Human Rights–Israel fait état d’au moins 94 décès parmi les détenus palestiniens depuis octobre 2023, certains chiffres évoquant désormais près de 100 cas.
Le rapport cite des négligences médicales graves, la malnutrition et la torture physique comme facteurs récurrents. Des examens médico-légaux de certains corps restitués auraient révélé des traumatismes crâniens, des hémorragies internes et des côtes fracturées, des éléments que l’organisation qualifie de preuves de « violences systématiques » plutôt que de décès naturels ou liés aux combats.
Contexte du cessez-le-feu
Selon des rapports publiés cette semaine par l’UNRWA et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires, la restitution des corps s’inscrit dans la première phase de l’accord de cessez-le-feu négocié par les États-Unis, axée sur les échanges et les mesures humanitaires.
Des responsables onusiens avertissent toutefois que l’absence de responsabilité concernant les décès en détention et les corps non identifiés risque de saper la crédibilité du cessez-le-feu à l’approche de la deuxième phase, centrée sur la reconstruction et la stabilisation à long terme.
Impact humanitaire
Dans un communiqué publié le 5 février, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a exprimé de « sérieuses préoccupations » quant au respect de la dignité des défunts et à l’impact psychologique sur les familles, évoquant la détresse de proches contraints d’examiner des images dégradées et choquantes pour tenter d’identifier leurs disparus.
Des organisations de défense des droits humains appellent à des enquêtes internationales indépendantes, à une transparence médico-légale totale et à l’accès aux registres de détention afin d’éclaircir le sort des personnes disparues.
Alors que les équipes médico-légales de Gaza poursuivent leur travail dans des conditions extrêmes, l’augmentation du nombre de corps non identifiés met en évidence ce que les responsables humanitaires décrivent comme un échec moral, juridique et humanitaire profond, qui se poursuit malgré le calme précaire imposé par le cessez-le-feu.







