Le fragile cessez-le-feu à Gaza est entré dans une phase décisive et incertaine, alors que les efforts internationaux visant à définir un ordre d’après-guerre se heurtent à la poursuite des violences sur le terrain et à une controverse politique croissante autour d’un nouveau cadre diplomatique soutenu par les États-Unis.
Au 10 février 2026, le conflit a évolué vers ce que les analystes qualifient de « guerre par d’autres moyens », les hostilités se poursuivant malgré l’accord de cessez-le-feu conclu en octobre 2025. Depuis son entrée en vigueur, plus de 580 Palestiniens ont été tués, portant le bilan total depuis octobre 2023 à plus de 72 000 morts.
Le “Conseil de la paix” et une nouvelle architecture diplomatique
Au cœur du débat se trouve le Conseil de la paix (Board of Peace, BoP), un organe international lancé par le président américain Donald Trump le 22 janvier 2026, en marge du Forum économique mondial de Davos. Autorisé par la résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU, le BoP est chargé de superviser la reconstruction de Gaza, les arrangements sécuritaires et la gouvernance intérimaire.
Les responsables américains présentent cette initiative comme un mécanisme pragmatique visant à stabiliser Gaza et à empêcher un retour à une guerre de grande ampleur. Le conseil est toutefois rapidement devenu la cible de critiques.
Plusieurs dirigeants européens et instances politiques, dont l’assemblée provinciale du Khyber Pakhtunkhwa (KPK) au Pakistan, ont exprimé leurs inquiétudes quant au risque que le BoP affaiblisse le rôle traditionnel de l’ONU et la souveraineté palestinienne. Des informations selon lesquelles l’adhésion permanente pourrait nécessiter des contributions allant jusqu’à un milliard de dollars par siège ont alimenté les accusations d’un système « payant », favorisant les États riches au détriment des populations concernées.
L’équilibre délicat du Pakistan
Le Pakistan est devenu un cas emblématique des tensions entourant le BoP. Le gouvernement du Premier ministre Shehbaz Sharif a officiellement rejoint le conseil en janvier 2026, présentant cette décision comme nécessaire pour soutenir un cessez-le-feu durable et promouvoir l’autodétermination palestinienne par l’engagement international.
Sur le plan intérieur, cette décision suscite toutefois du scepticisme. Un récent sondage de Gallup Pakistan révèle que 73 % des personnes interrogées soutiennent l’envoi de troupes dans une force internationale de maintien de la paix, mais que seulement 34 % se disent satisfaites du Conseil de la paix lui-même. Les critiques craignent qu’un déploiement militaire pakistanais soit perçu comme servant des intérêts américains ou israéliens plutôt que la protection des civils palestiniens.
Poursuite des violences et dimension de la Cisjordanie
Alors que Gaza reste au centre des efforts de stabilisation, le rapport souligne une inquiétude croissante concernant l’évolution de la situation en Cisjordanie occupée. Israël est accusé d’y étendre son contrôle par une intensification des opérations militaires et de l’activité de colonisation, suscitant des condamnations du secrétaire général de l’ONU ainsi que de puissances régionales telles que la Turquie et l’Arabie saoudite.
Les agences humanitaires avertissent qu’un focus exclusif sur Gaza risque d’ancrer une approche fragmentée des territoires palestiniens, compromettant les perspectives d’un règlement politique global.
Une force de stabilisation internationale sous incertitude
Parallèlement au BoP, des plans avancent pour la mise en place d’une Force internationale de stabilisation (ISF), qui devrait être dirigée par le général de division américain Jasper Jeffers. Plusieurs pays à majorité musulmane ont signalé leur volonté de contribuer en troupes, mais des éléments clés du mandat de la force restent flous.
Les analystes sécuritaires mettent en garde contre le fait que des règles d’engagement imprécises pourraient placer les forces de maintien de la paix en confrontation directe avec des groupes armés locaux, y compris le Hamas, risquant de déstabiliser davantage un environnement déjà volatil.
Un coût humanitaire croissant
Le coût humanitaire continue de s’alourdir. Au 10 février 2026 :
- Nombre total de Palestiniens tués מאז octobre 2023 : 72 032
- Nombre total de blessés : 171 661
- Appel de financement de l’UNRWA pour 2026 : 1,26 milliard de dollars
Les agences d’aide avertissent que sans accès durable, financements suffisants et clarté politique, les efforts de reconstruction risquent d’échouer avant même de commencer.
Une trajectoire hautement précaire
Alors que les initiatives diplomatiques se multiplient, l’écart entre la planification internationale et la réalité du terrain reste frappant. Si le cessez-le-feu a permis d’éviter une guerre totale, il n’a pas mis fin aux violences quotidiennes, suscitant des doutes quant à la capacité de nouvelles structures de gouvernance à réussir sans un règlement politique durable.
Dans un contexte de confiance fragile envers les mécanismes internationaux et de tensions régionales croissantes, les mois à venir devraient déterminer si le cessez-le-feu actuel peut évoluer vers une paix durable — ou s’effondrer sous le poids d’un conflit aux racines toujours non résolues.







