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La Gambie avance dans les réparations et la justice pour les victimes de l’ère Jammeh face aux appels persistants à la responsabilité

Les survivants des abus commis durant les 22 années de pouvoir de l’ancien président gambien Yahya Jammeh commencent à recevoir des réparations financières attendues de longue date. Toutefois, beaucoup affirment que l’indemnisation seule ne peut constituer une véritable justice sans poursuites pénales contre les responsables.

Plus de huit ans après le départ de Jammeh du pouvoir, le processus de justice transitionnelle en Gambie est entré dans une phase critique de mise en œuvre. Si les principales structures juridiques sont désormais opérationnelles et que des poursuites progressent au niveau national et international, les victimes soulignent que la guérison demeure incomplète sans procès visant l’ancien dirigeant et ses principaux exécutants.

Le processus de réparations prend de l’ampleur

À la suite de l’adoption de la Loi sur les réparations des victimes en 2024, le gouvernement a créé une Commission indépendante des réparations, devenue pleinement opérationnelle en 2025. En janvier 2026, la Commission a commencé à verser 20 millions de dalasis (environ 274 000 dollars) au titre du cycle budgétaire en cours.

Les paiements sont effectués selon un ordre chronologique, en commençant par les victimes des violations documentées entre 1994 et 1996. Parmi les bénéficiaires récents figure la famille du cadet Amadou Sillah, exécuté après une tentative de coup d’État avortée en 1994. Sa famille a reçu l’intégralité de l’indemnisation prévue, soit 600 000 dalasis (environ 8 200 dollars).

Sur les 1 009 victimes identifiées par la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC), environ 25 % ont été entièrement indemnisées. Les autres ont reçu des paiements partiels, avec des versements supplémentaires prévus à mesure que les fonds seront disponibles.

Une partie du budget des réparations provient de la vente des biens saisis de Jammeh, qui a généré environ 20 millions de dollars. Toutefois, les organisations de victimes estiment que ces actifs ne représentent qu’une fraction des fonds présumés détournés durant son règne et appellent à intensifier les efforts de récupération d’avoirs.

Le mécanisme spécial de responsabilité progresse

Parallèlement aux réparations, la Gambie a mis en place un cadre complet de justice pénale en partenariat avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Le mécanisme spécial de responsabilité à trois niveaux comprend :

Niveau 1 : Bureau du Procureur spécial — Créé en mai 2024 et actuellement actif, il dirige les enquêtes sur les crimes graves commis durant l’ère Jammeh.

Niveau 2 : Division pénale spéciale — Fonctionnant au sein de la Haute Cour de Gambie, elle traite les poursuites nationales.

Niveau 3 : Tribunal spécial hybride — Approuvé officiellement par la CEDEAO en décembre 2024, il comprendra des juges gambiens et internationaux et sera chargé de juger les principaux responsables, y compris Jammeh lui-même.

Jammeh demeure en exil en Guinée équatoriale, ce qui complique les efforts visant à obtenir son extradition. Néanmoins, les autorités gambiennes et les responsables de la CEDEAO ont réaffirmé leur engagement à poursuivre la responsabilité par les voies juridiques internationales.

Des affaires fondées sur la compétence universelle à l’étranger

En parallèle, plusieurs complices présumés de Jammeh ont été poursuivis devant des tribunaux étrangers sur la base du principe de compétence universelle.

En Suisse, l’ancien ministre de l’Intérieur Ousman Sonko a été condamné en mai 2024 à 20 ans de prison pour crimes contre l’humanité. Son procès en appel doit s’ouvrir le 30 mars 2026.

En Allemagne, la condamnation de Bai Lowe, ancien membre de l’escadron de la mort des « Junglers », a été confirmée par la Cour fédérale de justice en novembre 2024.

Aux États-Unis, le procès de Michael Sang Correa, autre ancien Jungler présumé, doit débuter à Denver, dans le Colorado, en avril 2025, avec de nouveaux développements attendus début 2026.

Ces procédures sont largement considérées comme des étapes importantes, démontrant que les efforts de responsabilité peuvent progresser même lorsque les procédures nationales font face à des obstacles politiques ou logistiques.

Des défis persistent

Malgré les avancées, des défis majeurs subsistent.

Les preuves médico-légales demeurent essentielles pour les futures poursuites. Les restes des victimes liés à la tentative de coup d’État de 1994 sont toujours conservés à la morgue de Banjul afin de soutenir les procès attendus devant le Tribunal spécial hybride.

Le gouvernement a également promis des mesures symboliques destinées à favoriser la guérison nationale. Des plans sont en cours pour rebaptiser l’Arch 22 à Banjul en « Arche Mémoriale Plus Jamais », où les noms des victimes documentées seront ultérieurement affichés.

Cependant, les survivants continuent d’exprimer des préoccupations concernant le soutien médical et psychosocial. Beaucoup, dont le survivant de torture Yusupha Mbye, ont besoin de traitements spécialisés — notamment une chirurgie de la colonne vertébrale — non couverts par les indemnisations financières standard. Les groupes de victimes soutiennent qu’une réparation véritable doit inclure des soins de santé complets, une réhabilitation à long terme et des réformes institutionnelles durables.

Un test de volonté politique

Pour de nombreux Gambiens, les mois à venir constitueront un test décisif pour déterminer si l’État est en mesure d’achever le processus de justice transitionnelle et de transformer les engagements en responsabilité concrète, afin de garantir que de telles violations ne se reproduisent plus.

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