Les corps de cinq migrants ont été rejetés par les vagues à l’est de Tripoli vendredi, marquant la dernière tragédie sur la route migratoire de la Méditerranée centrale, alors que les Nations Unies intensifient leurs mises en garde contre des « violations systémiques » à l’encontre des migrants en Libye.
Découverte à Qasr al-Akhyar
Les autorités libyennes ont confirmé que cinq corps, dont deux femmes, ont été découverts le 21 février sur la plage d’Emhamed al-Sharif à Qasr al-Akhyar, à environ 73 kilomètres à l’est de Tripoli.
Selon la police locale, toutes les victimes étaient d’origine africaine. Des témoins ont indiqué que le corps d’un enfant avait également été aperçu dans les vagues, mais qu’il avait été emporté à nouveau par la mer avant de pouvoir être récupéré.
Bien que les autorités n’aient pas identifié l’embarcation concernée, les corps portaient des bouées gonflables noires, laissant penser qu’ils faisaient partie d’une tentative de traversée vers l’Europe ayant abouti à un chavirement.
Le Croissant-Rouge libyen a été contacté pour récupérer et prendre en charge les dépouilles. La police a averti que d’autres corps pourraient être rejetés sur le rivage dans les prochains jours en raison des conditions maritimes actuelles.
Rapport de l’ONU : un « Cauchemar Sans Fin »
La découverte intervient quelques jours seulement après la publication, le 17 février, d’un rapport conjoint du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) et de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye, décrivant la situation des migrants en Libye comme un « cauchemar sans fin ».
Le rapport documente des abus généralisés au sein des réseaux de trafic, alléguant que certains opèrent avec la complicité de responsables étatiques. Les migrants — y compris des femmes et des enfants — seraient soumis à la torture, à des violences sexuelles, à l’extorsion et au travail forcé dans des centres de détention officiels et non officiels.
Les agences onusiennes ont appelé à un moratoire immédiat sur les retours forcés vers la Libye, estimant que le pays ne peut être considéré comme un « port sûr ». Elles ont également exprimé des inquiétudes concernant les interceptions menées par les garde-côtes libyens, évoquant des allégations d’usage excessif de la force et de mauvais traitements.
Méditerranée Centrale : la Route la Plus Meurtrière
L’Organisation internationale pour les migrations a à plusieurs reprises qualifié la Méditerranée centrale de route migratoire la plus meurtrière au monde.
Le 6 février, un naufrage au large de Zuwara a coûté la vie à 53 migrants, dont deux nourrissons, après le chavirement d’un bateau pneumatique transportant 55 personnes. Seules deux femmes ont survécu.
À la fin février 2026, au moins 484 migrants ont été enregistrés comme morts ou disparus sur cette route depuis le début de l’année.
Dans une autre découverte macabre, les autorités ont mis au jour fin janvier une fosse commune contenant au moins 21 corps près d’Ajdabiya. Le site serait lié à un centre de détention clandestin où les victimes étaient torturées tandis que les trafiquants exigeaient des rançons auprès de leurs familles.
Pressions Régionales Plus Larges
La crise est également compliquée par l’évolution des politiques migratoires au-delà de la Libye. Human Rights Watch a rapporté que les États-Unis ont lancé un « programme de renvoi vers un pays tiers », dans le cadre duquel au moins 17 ressortissants de pays tels que le Zimbabwe, le Ghana et l’Éthiopie ont été expulsés vers le Cameroun en janvier et février 2026 au lieu d’être renvoyés dans leurs pays d’origine.
Des organisations de défense des droits avertissent que de tels transferts pourraient violer le principe de non-refoulement en droit international, qui interdit de renvoyer des personnes vers des lieux où elles risquent persécution ou préjudice. Des rapports indiquent que les personnes expulsées sont actuellement détenues à Yaoundé.
Recherche en Cours et Incertitude
Alors que les autorités libyennes et les travailleurs humanitaires se préparent à la possibilité de nouveaux corps rejetés sur le rivage, le sort de l’enfant disparu demeure inconnu. La tragédie souligne les dangers persistants auxquels sont confrontés les migrants tentant la traversée périlleuse de la Méditerranée — ainsi que les défaillances plus larges des systèmes de protection dans la région.
Face à l’augmentation du nombre de victimes et aux abus systémiques documentés, la pression internationale s’accroît en faveur de réformes coordonnées visant à garantir des voies de migration sûres, des mécanismes de responsabilité renforcés et le respect du droit humanitaire international.







