Le massacre des villages de Woro et Noku, dans l’État de Kwara au Nigeria, a profondément choqué le pays. Au moins 162 personnes ont été tuées lors d’une attaque coordonnée, l’une des plus meurtrières de l’année, illustrant une évolution alarmante de la violence armée vers des exécutions de masse.
Des témoins et autorités locales affirment que les assaillants ont rassemblé les habitants, ligoté leurs mains et procédé à des exécutions sommaires. Un nombre indéterminé de villageois, dont le chef traditionnel, demeure porté disparu après avoir fui vers les forêts environnantes.
Une brutalité extrême à visée dissuasive
Les récits font état d’une violence d’une cruauté exceptionnelle, avec des victimes brûlées vives dans des commerces verrouillés. Les analystes estiment que l’objectif était d’instiller la terreur et de dissuader toute résistance dans les localités voisines.
Les habitants pensent que l’attaque fait suite au refus des villages d’autoriser des prêches imposés par un groupe armé affilié à l’État islamique. Après le massacre, les assaillants ont tenté de revenir à plusieurs reprises avant de recourir à des engins explosifs improvisés pour détruire les infrastructures périphériques.
Pertes humaines et exode massif
Selon des estimations locales, le nombre de morts dépasserait 200. Faute de moyens, au moins 120 victimes ont été enterrées dans une fosse commune. Bien que la majorité des habitants soient musulmans, des chrétiens figurent également parmi les victimes, illustrant le caractère indiscriminé des violences.
Des dizaines de femmes et d’enfants ont été enlevés, sans information sur leur sort.
Woro est désormais quasi désertée, passant d’environ 17 000 habitants à moins de 200. La prière du vendredi s’est tenue dans une mosquée presque vide, dans une atmosphère de choc et de deuil.
Une escalade inscrite dans la durée
Le massacre de Kwara s’inscrit dans une escalade amorcée fin 2025. En novembre, des écoles ont été attaquées dans les États de Kebbi et Niger, avec plus de 330 élèves et enseignants enlevés. En décembre, une frappe américaine à Sokoto a coïncidé avec des violences meurtrières dans l’État de Niger durant les fêtes de Noël.
En janvier 2026, des dizaines de fermiers ont été tués dans les États de Niger et Borno, tandis que Kaduna a connu l’une des plus grandes vagues d’enlèvements dans des églises. En février, les attaques se sont étendues aux hôpitaux et postes de police, faisant plus de 180 morts à Kwara et Katsina en quelques jours.
L’ascension du groupe Lakurawa
Les autorités attribuent la responsabilité du massacre au groupe Lakurawa, lié à l’État islamique. Les analystes estiment que ce groupe est passé d’une faction locale à un acteur régional capable de massacres coordonnés.
Sa stratégie repose désormais sur la politique de la terre brûlée : destruction de villages, incendie des cultures et élimination des leaders communautaires afin d’imposer un contrôle total et de vider les zones rurales de leurs habitants.
Les limites de la réponse militaire
L’armée nigériane a intensifié ses opérations dans les zones forestières entre les États de Kwara et Niger, annonçant la neutralisation de dizaines de combattants. Toutefois, les experts soulignent que l’immensité des forêts et la porosité des frontières continuent d’offrir aux groupes armés une grande liberté de mouvement.
Enjeux stratégiques
Le massacre de Woro et Noku illustre une mutation profonde de la menace sécuritaire au Nigeria, où l’extermination collective devient un instrument de domination. Les observateurs avertissent que, sans une stratégie globale pour sécuriser les zones rurales, cette dynamique pourrait ouvrir un nouvel arc d’instabilité du nord-ouest vers l’ouest du pays.







