TÉHÉRAN/WASHINGTON, 17 janvier 2026 — L’Iran traverse sa crise interne la plus meurtrière depuis la Révolution islamique de 1979, alors que des manifestations nationales déclenchées par l’effondrement économique et la dévaluation de la monnaie se sont transformées en un soulèvement durable, réprimé par une opération sécuritaire d’une ampleur sans précédent.
Des observateurs internationaux et des organisations de défense des droits humains estiment que la crise est entrée dans une phase critique, marquée par des pertes humaines massives, des arrestations à grande échelle et des coupures quasi totales de l’information.
Les manifestations ont débuté le 28 décembre 2025 après la forte dévaluation du rial et la flambée des prix alimentaires, déclenchant des rassemblements dans les principales villes. Ce qui n’était au départ que des protestations à caractère économique s’est progressivement mué en une révolte antigouvernementale remettant en cause l’autorité de la République islamique.
Le guide suprême reconnaît des milliers de morts
Dans une rare déclaration publique le 17 janvier, le guide suprême iranien Ali Khamenei a affirmé que les troubles avaient causé la mort de « plusieurs milliers » de personnes.
Il a imputé la violence à ce qu’il a qualifié d’« émeutiers et agents soutenus par l’étranger », les accusant d’avoir attaqué des institutions de l’État et incendié plus de 250 mosquées et établissements médicaux.
Il s’agit de la première reconnaissance officielle de pertes humaines d’une telle ampleur, après des semaines de dénégation ou de minimisation des massacres signalés.
Des bilans bien plus élevés selon des sources indépendantes
Les organisations de défense des droits humains dressent un tableau bien plus sombre.
L’Agence de presse des militants des droits humains (HRANA) affirme avoir vérifié 3 090 morts, dont 2 885 manifestants, sur la base d’identités confirmées, de lieux précis et de témoignages oculaires. Le même réseau fait état de plus de 18 100 arrestations à l’échelle nationale au cours des deux dernières semaines.
D’autres médias, dont Iran International et CBS News, citant des sources internes, estiment que le nombre total de morts pourrait se situer entre 12 000 et 20 000, en raison de violents affrontements survenus durant une coupure nationale d’internet entre le 8 et le 15 janvier.
Amnesty International et Human Rights Watch indiquent poursuivre la collecte de preuves et avoir confirmé « des centaines » de décès à partir de vidéos, de dossiers médicaux et de témoignages de familles.
Tactiques militaires et arrestations dans les hôpitaux
Les organisations de défense des droits humains décrivent une nette escalade des méthodes employées par les forces de sécurité.
Selon Amnesty International et Human Rights Watch, des munitions réelles et des projectiles métalliques ont été utilisés contre des manifestants non armés dans au moins 13 villes.
Des témoignages et des rapports de personnels médicaux indiquent que des unités de sécurité ont pénétré dans des hôpitaux à Téhéran et Chiraz pour arrêter des manifestants blessés, une pratique dénoncée comme une violation des normes humanitaires internationales.
Des organismes régionaux de surveillance ont qualifié les événements du début janvier de « massacres iraniens de 2026 », en référence à la concentration des morts durant la coupure des communications.
Washington adopte une ligne dure
La crise a provoqué une réaction inhabituelle de la part des États-Unis.
Le 13 janvier, le président américain Donald Trump a appelé sur Truth Social les « patriotes iraniens » à « continuer de manifester » et à « prendre le contrôle de leurs institutions ».
Les États-Unis ont depuis annulé tous les contacts diplomatiques avec Téhéran, la Maison Blanche affirmant qu’aucune discussion ne reprendrait tant que cesseraient les « meurtres insensés de civils ».
Le 12 janvier, Washington a imposé un tarif secondaire de 25 % à tout pays poursuivant des échanges commerciaux avec l’Iran, citant notamment la Chine, l’Inde et la Türkiye.
Des responsables américains ont également confirmé que des options militaires, y compris des frappes aériennes, restaient à l’étude en cas d’exécutions massives de manifestants détenus.
Les manifestations contenues, la tension persiste
Au 17 janvier, des informations en provenance de Téhéran indiquent que les grandes manifestations ont été temporairement contenues.
Des drones de sécurité continuent de survoler la capitale, tandis que les habitants décrivent un climat de tension extrême.
Les autorités ont entamé une restauration progressive des services internet, débutant par un accès limité aux SMS, sans rétablissement complet à ce stade.
Les militants estiment que, malgré l’accalmie apparente, la colère reste profonde et que de nouvelles vagues de protestation sont probables une fois les communications totalement rétablies.
Estimations contradictoires du bilan humain
| Source | Morts estimés | Observations |
|---|---|---|
| Gouvernement iranien | « Plusieurs milliers » | Accuse des émeutiers |
| HRANA | 3 090 vérifiés | Identités confirmées |
| Iran International / CBS | 12 000–20 000 | Sources internes |
| Amnesty International | Centaines vérifiées | Documentation en cours |
Une crise à un tournant
Avec des milliers de morts, des dizaines de milliers de détenus et une économie en chute libre, les analystes estiment que l’Iran traverse sa plus grave crise de légitimité interne depuis près d’un demi-siècle.
La question centrale reste de savoir si les autorités pourront maintenir le contrôle sans recourir à de nouvelles violences massives, ou si les manifestations reprendront dès la réouverture complète des réseaux de communication.
Pour l’heure, l’Iran se tient à un carrefour dangereux, tandis que le monde observe une crise toujours en cours derrière des murs numériques partiellement levés.







