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Moyen-Orient

Le sud du Yémen au bord d’une nouvelle guerre : lecture du conflit militaire et politique

Début décembre 2025, le Conseil de transition du Sud (CTS) a lancé une opération militaire éclair baptisée « Opération l’Avenir prometteur », au cours de laquelle il a pris le contrôle de vastes zones dans les gouvernorats méridionaux de Hadramout et d’Al-Mahra, deux régions riches en ressources et frontalières de l’Arabie saoudite et du Sultanat d’Oman.

L’opération a notamment conduit à la prise de villes clés telles que Seiyun et Tarim, au contrôle d’infrastructures pétrolières stratégiques dans la zone d’Al-Masila, ainsi qu’à l’accès au port stratégique d’Al-Mukalla.

Le Conseil de transition a affirmé que l’objectif de cette opération était de « rétablir la souveraineté », de « purger les zones des groupes terroristes » et de couper les routes de contrebande d’armes.

Ces avancées ont cependant ravivé les tensions avec le gouvernement yéménite reconnu internationalement et basé à Aden, soutenu par l’Arabie saoudite. Le président du Conseil de direction présidentielle, Rashad al-Alimi, a accusé les Émirats arabes unis de faire pression sur le Conseil de transition et de l’orienter afin de saper l’autorité de l’État.

En réaction, le gouvernement yéménite a annoncé, le 31 décembre 2025, une série de décisions fermes, dont la proclamation de l’état d’urgence pour une durée de 90 jours, l’imposition d’un blocus aérien, maritime et terrestre de 72 heures, l’annulation de l’accord de défense commune avec les Émirats arabes unis, ainsi que l’octroi d’un délai de 24 heures aux forces émiraties pour quitter le territoire yéménite.

La crise a pris une dimension régionale ouverte lorsque l’Arabie saoudite, principal pilier de la coalition, a accusé les Émirats de soutenir le Conseil de transition, qualifiant ce soutien de « hautement dangereux » pour la sécurité nationale saoudienne, et affirmant que celle-ci constituait une « ligne rouge ».

L’escalade a atteint son paroxysme avec une frappe aérienne menée le 30 décembre par la coalition dirigée par Riyad contre le port d’Al-Mukalla, la coalition affirmant que deux navires en provenance des Émirats y avaient débarqué des armes et des véhicules militaires au profit du Conseil de transition sans coordination préalable.

Abou Dhabi a rejeté ces accusations, annonçant la fin de ce qu’il restait de ses unités antiterroristes au Yémen « de sa propre initiative », et rappelant qu’elle avait mis fin à sa présence militaire combattante principale dès 2019.

Cette escalade met en lumière une fracture profonde au sein d’un partenariat qui unissait l’Arabie saoudite et les Émirats depuis 2015 dans la lutte contre les Houthis. Riyad défend une ligne claire en faveur de l’unité et de la souveraineté du Yémen, considérant tout projet séparatiste comme une menace directe pour sa sécurité nationale, notamment dans des zones frontalières sensibles comme le Hadramout.

À l’inverse, le soutien émirati au Conseil de transition du Sud, favorable à la restauration d’un État sudiste indépendant, est perçu comme relevant d’une stratégie régionale plus large d’expansion de l’influence.

Cette divergence a transformé la nature de l’alliance, plaçant désormais des forces soutenues respectivement par Riyad et Abou Dhabi dans une situation de confrontation quasi directe dans le sud du Yémen.

Face à cette dynamique dangereuse, plusieurs acteurs régionaux et internationaux ont appelé à la désescalade. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a évoqué la situation avec ses homologues saoudien et émirati, exprimant sa vive inquiétude et appelant à la retenue.

Des pays du Golfe tels qu’Oman et le Koweït ont également plaidé pour le dialogue et des solutions politiques, tandis que l’Organisation de la coopération islamique a affirmé que la sécurité de l’Arabie saoudite constituait une « ligne rouge ».

Dans ce contexte, un porte-parole du Conseil de transition a déclaré que les populations du Sud étaient « plus déterminées que jamais à restaurer l’État », ajoutant que la séparation interviendrait lorsque la « conjoncture historique appropriée » serait réunie sur les plans régional et international.

De leur côté, l’Arabie saoudite et le gouvernement yéménite poursuivent leurs pressions en exigeant le retrait total du Conseil de transition des zones qu’il contrôle, tout en laissant ouverte l’option de saisir le Conseil de sécurité de l’ONU en vue d’imposer d’éventuelles sanctions.

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