Le Soudan du Sud se prépare à une escalade militaire majeure dans le cadre d’un conflit qui dure depuis des années, après que les forces gouvernementales ont ordonné une évacuation urgente des civils et du personnel international dans certaines zones de l’État de Jonglei sous 48 heures, faisant craindre de lourdes pertes civiles et une nouvelle vague de déplacements.
Les Forces de défense du peuple du Soudan du Sud (SSPDF) ont annoncé le lancement imminent d’une vaste campagne militaire baptisée « Opération Paix Durable », visant des bastions de l’opposition dans les comtés de Nyirol, Uror et Akobo. L’ordre, émis fin janvier, demande à tous les civils, travailleurs humanitaires et personnels internationaux non essentiels de quitter les zones concernées dans un délai de 48 heures.
Le porte-parole de l’armée, le général de division Lul Ruai Koang, a indiqué que l’opération vise à contrer les avancées de l’Armée populaire de libération du Soudan – Opposition (SPLA-IO). Dans un avertissement sévère, l’armée a déclaré que tout civil armé qui ne remettrait pas ses armes dans les zones ciblées serait considéré comme une « cible militaire légitime ».
Cette annonce a suscité une vive inquiétude parmi les agences humanitaires et les observateurs internationaux, redoutant que des communautés rurales densément peuplées ne deviennent des champs de bataille directs.
Alerte humanitaire face à l’augmentation des déplacements
La Mission des Nations unies au Soudan du Sud (MINUSS/UNMISS) a mis en garde contre une détérioration rapide de la situation humanitaire. Selon ses chiffres, plus de 180 000 personnes ont été déplacées dans l’État de Jonglei depuis fin décembre 2025, des milliers d’autres fuyant vers des sites déjà surpeuplés.
Médecins Sans Frontières (MSF) a confirmé avoir évacué des membres clés de son personnel de structures de santé à Akobo et Lankien, invoquant des instructions officielles et des craintes de possibles frappes aériennes. Ce retrait laisse de vastes zones sans services médicaux essentiels, alors que la malnutrition, le paludisme et les maladies hydriques sont déjà très répandus.
Bien que l’ordre d’évacuation inclue le personnel de l’ONU, les Casques bleus de l’UNMISS à Akobo ont annoncé qu’ils resteraient sur place afin de continuer à protéger les civils dans le cadre de leur mandat, tandis que le personnel non essentiel est redéployé vers des zones plus sûres.
Les gains de l’opposition accroissent les enjeux stratégiques
La montée des tensions intervient après des développements militaires majeurs. Les forces de l’opposition ont récemment pris le contrôle de la ville de Pajut, considérée comme une porte d’entrée stratégique vers Bor, la capitale de l’État de Jonglei. Les analystes estiment que cette perte constitue un revers majeur pour les forces gouvernementales et un facteur clé ayant conduit au lancement de l’« Opération Paix Durable ».
Dans un autre signe d’intensification du conflit, la SPLA-IO a appelé la semaine dernière ses forces à progresser vers la capitale nationale, Juba, marquant l’une des menaces les plus directes contre le gouvernement מאז le pic de la guerre civile en 2017.
Des observateurs militaires estiment que l’ampleur de la mobilisation actuelle et la rhétorique des deux camps laissent présager un retour à une guerre à grande échelle, inédit depuis près d’une décennie.
L’accord de paix sous forte pression
La reprise des combats constitue une épreuve majeure pour l’Accord de paix revitalisé de 2018, qui avait mis fin à la phase précédente de la guerre civile et instauré un gouvernement d’unité fragile. Les tensions politiques s’étaient déjà accrues à l’approche des élections nationales prévues fin 2026, et les affrontements actuels risquent de faire dérailler le processus.
Des sources diplomatiques indiquent que des médiateurs régionaux et internationaux tentent d’urgence de désamorcer la crise, sans qu’aucune négociation formelle de cessez-le-feu n’ait encore été annoncée.
Aperçu de la crise
- Zones concernées : Nyirol, Uror, Akobo (État de Jonglei)
- Délai d’évacuation : 48 heures (25–26 janvier 2026)
- Principaux belligérants : SSPDF (gouvernement) contre SPLA-IO (opposition)
- Personnes déplacées : plus de 180 000 depuis fin décembre 2025
Craintes croissantes pour les civils
À l’approche de l’expiration des délais d’évacuation, les organisations humanitaires avertissent que de nombreux civils — notamment les personnes âgées, handicapées ou dépourvues de moyens de transport — pourraient être incapables de fuir à temps. Les corridors humanitaires restent limités, tandis que les inondations saisonnières rendent déjà de vastes zones inaccessibles.
Alors que le Soudan du Sud se trouve une nouvelle fois au bord d’une escalade majeure, la pression s’intensifie sur la communauté internationale pour agir diplomatiquement avant que l’« Opération Paix Durable » ne déclenche une catastrophe humanitaire de plus grande ampleur.







