La situation sécuritaire au Liban s’est nettement détériorée depuis le début du mois de janvier, avec des violations quasi quotidiennes du fragile accord de cessez-le-feu conclu fin 2024, selon des rapports officiels de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) et des sources gouvernementales libanaises.
L’accord, négocié par les États-Unis et la France en novembre 2024, visait à mettre fin aux hostilités le long de la frontière libano-israélienne et à rétablir l’autorité de l’État dans le sud du Liban. Toutefois, des développements récents montrent que le cessez-le-feu est soumis à de fortes pressions.
Multiplication des violations et incidents près des Casques bleus
La FINUL a documenté des violations militaires répétées, notamment des frappes aériennes, des tirs terrestres et des incursions aériennes. Les 21 et 25 janvier, des frappes israéliennes ont touché des zones du sud du Liban et de la vallée de la Bekaa, faisant au moins quatre morts, selon des sources libanaises. L’armée israélienne a indiqué que les frappes visaient des « sites de fabrication d’armes », tandis que les médias libanais ont fait état de victimes civiles, dont un enseignant dans le village de Derdghaya.
L’ONU a exprimé une inquiétude particulière concernant des incidents impliquant la FINUL et l’armée libanaise. Le 23 janvier, un char israélien a ouvert le feu à proximité d’une patrouille conjointe FINUL–armée libanaise au sud de Khiam. La FINUL a également signalé que des chars israéliens avaient tiré des obus près de ses positions après les avoir suivies à l’aide de systèmes de ciblage laser, qualifiant ces actes de « violations graves » de la résolution 1701 du Conseil de sécurité.
Les mécanismes de surveillance du cessez-le-feu ont recensé plus de 7 000 violations aériennes et environ 2 400 activités militaires מאז l’entrée en vigueur de l’accord.
Avancées limitées du plan de désarmement
Sous la pression sécuritaire, le gouvernement libanais a poursuivi un plan de désarmement par phases visant à instaurer le contrôle exclusif de l’État sur les armes. Le 8 janvier, l’armée libanaise a annoncé l’achèvement de la première phase, lui conférant l’autorité opérationnelle exclusive au sud du fleuve Litani.
Plus de 10 000 soldats libanais ont été déployés sur près de 200 positions dans le sud afin d’empêcher le retour de groupes armés non étatiques. Toutefois, la deuxième phase, couvrant la zone entre les fleuves Litani et Awali, reste à l’étude, les autorités évoquant des contraintes logistiques et politiques.
Présence israélienne persistante sur le territoire libanais
Malgré les dispositions de l’accord prévoyant le retrait des forces israéliennes dans un délai de 60 jours — expiré début 2025 — des troupes israéliennes demeurent stationnées en cinq points à l’intérieur du territoire libanais. L’Agence nationale d’information a rapporté la construction de nouveaux avant-postes israéliens, dont un dans la région de Hammams, soupçonné d’avoir servi de point de départ à des attaques récentes.
Plusieurs villages frontaliers restent déplacés, en raison de restrictions sur la reconstruction et de destructions visant à maintenir une zone tampon de facto le long de la frontière.
Blocage du mécanisme diplomatique
Des sources diplomatiques indiquent que la commission de suivi du cessez-le-feu, composée des États-Unis, de la France, du Liban, d’Israël et des Nations unies, est dans l’impasse en raison de désaccords sur le calendrier du retrait israélien et les questions de souveraineté libanaise.
La position du Hezbollah complique davantage les discussions. Bien que le mouvement ait accepté le retrait de ses éléments armés au sud du Litani, il considère ses armes au nord du fleuve comme une « ligne rouge », en contradiction avec l’objectif de l’État libanais de monopoliser l’usage de la force.
Le Conseil de sécurité a renouvelé le mandat de la FINUL jusqu’au 31 décembre 2026. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a salué le déploiement de l’armée libanaise dans le sud tout en avertissant que « beaucoup reste à faire » pour garantir un cessez-le-feu durable.
Perspectives incertaines
Face à l’augmentation des violations, à l’impasse diplomatique et aux résistances au désarmement, les analystes estiment que le cessez-le-feu approche d’un point critique. Les semaines à venir, notamment les discussions sur la deuxième phase du désarmement, devraient déterminer si la trêve se consolide ou s’effondre.







