La guerre au Soudan a franchi ce mois-ci le cap des 1 000 jours, alors que les Nations unies et les organisations internationales avertissent que le pays fait désormais face à la plus grave crise humanitaire et de protection des civils au monde.
Le conflit, déclenché en avril 2023 entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF), a profondément fracturé l’État, déplacé des millions de personnes et donné lieu à de graves accusations de crimes de guerre, notamment l’usage systématique de violences sexuelles.
La violence sexuelle comme méthode de guerre
Les enquêteurs onusiens indiquent que les violences sexuelles et basées sur le genre ont été utilisées de manière systématique, en particulier dans la région du Darfour.
Un rapport publié en décembre 2025 par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a documenté des violences sexuelles massives lors d’une offensive des RSF contre le camp de déplacés de Zamzam en avril 2025. Le rapport fait état d’au moins 104 survivants en trois jours, dont des femmes, des filles et des enfants, victimes de viols collectifs, d’esclavage sexuel et d’autres abus graves.
La majorité des victimes appartenaient au groupe ethnique Zaghawa, renforçant les craintes de violences à caractère ethnique.
Le ministère soudanais des Affaires sociales a enregistré environ 1 800 cas de violences sexuelles liées au conflit, tandis que les agences de l’ONU estiment que le chiffre réel est bien plus élevé en raison de la peur, de la stigmatisation et du manque d’accès aux services. L’UNICEF estime que plus de 765 000 femmes et filles avaient besoin d’une assistance urgente contre les violences basées sur le genre en 2025.
Le 19 janvier 2026, le procureur adjoint de la Cour pénale internationale (CPI) a déclaré devant le Conseil de sécurité que les violences sexuelles au Soudan semblaient faire partie d’une « campagne organisée et calculée », susceptible de constituer des crimes contre l’humanité.
Déplacements massifs et famine
La crise humanitaire s’est fortement aggravée. Selon des données conjointes de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), publiées le 9 janvier 2026, près de 15 millions de personnes — soit environ un tiers de la population soudanaise — ont été déplacées.
Parmi elles, environ 11,58 millions sont déplacées à l’intérieur du pays, tandis que près de quatre millions ont fui vers les pays voisins, notamment le Tchad, l’Égypte et le Soudan du Sud.
Les Nations unies indiquent que 33,7 millions de personnes ont désormais besoin d’une aide humanitaire. La famine a été confirmée dans le camp de Zamzam, avec un risque d’extension à El Fasher et Kadugli début 2026, alors que les combats et les restrictions d’accès entravent l’aide.
Effondrement du système de santé
L’OMS affirme que le système de santé soudanais s’est « pratiquement effondré ». Depuis avril 2023, elle a vérifié 201 attaques contre des établissements de santé, causant au moins 1 858 morts parmi les patients et le personnel médical.
Environ 37 % des structures sanitaires du pays ne sont plus opérationnelles, tandis que près de 80 % des infrastructures médicales ont cessé de fonctionner dans les zones de conflit actif.
Cette situation a favorisé la propagation de maladies, avec des cas de choléra signalés dans les 18 États du pays, du paludisme dans 16 États et de la dengue dans 14.
Enquêtes pour crimes de guerre
La CPI a confirmé analyser des vidéos et images satellites provenant d’El Fasher, datant d’octobre 2025, montrant des exécutions présumées de civils non arabes et d’autres violations graves.
Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a prolongé jusqu’en octobre 2026 le mandat de la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur le Soudan, afin de préserver les preuves en vue de poursuites judiciaires futures.
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a décrit en janvier la situation au Soudan comme un « enfer et une horreur », avertissant que l’inaction internationale prolongée a permis la poursuite des abus.
Impasse politique
Les efforts diplomatiques répétés pour instaurer un cessez-le-feu durable ont échoué. Les agences humanitaires avertissent que, sans action internationale urgente, les décès liés à la faim et aux maladies pourraient bientôt dépasser ceux causés directement par les combats.
Alors que le Soudan atteint le seuil des 1 000 jours de guerre, les responsables onusiens estiment que la fenêtre pour prévenir de nouvelles atrocités de masse et garantir la justice se referme rapidement.







