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Afrique du l’Ouest et Sahel

Mali : la crise du carburant, une guerre sans balles et un combat pour la légitimité de l’État

Au Mali, les lignes de front ne se mesurent plus par les gains territoriaux mais par la quantité de carburant restant dans les réservoirs de Bamako. Depuis onze semaines, le carburant est devenu l’arme maîtresse de la Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), qui mène un siège silencieux visant à étouffer l’économie et à fragiliser la junte au pouvoir depuis 2020.
Une crise que les observateurs considèrent comme la plus grave depuis dix ans.

1. Le carburant comme arme stratégique

Le siège a commencé début septembre 2025, lorsque le JNIM a intensifié ses attaques contre les convois de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Rapidement, les axes de Ségou, Kayes et Bougouni se sont vidés :

  • Plus de 100 camions-citernes détruits
  • Chauffeurs et civils tués dans des embuscades
  • Coupures d’électricité et fermetures d’écoles
  • Explosion des prix sur le marché noir

Il s’agit d’une stratégie méthodique visant l’effondrement interne de l’État, afin de l’amener aux négociations sous la pression.

2. La Katiba Macina, bras armé du siège

Dirigée par Amadou Koufa, la Katiba Macina contrôle les couloirs stratégiques reliant le centre du pays à la capitale.
Son succès repose sur :

  • Un terrain ouvert propice aux embuscades
  • Un contrôle local solide dans des zones où l’armée ne peut pénétrer
  • Un soutien communautaire alimenté par les abus des forces maliennes et russes

La katiba cherche à imposer un modèle de gouvernance islamique, faisant du siège un projet politique à long terme.

3. L’allié russe fragilisé, la junte en perte de légitimité

La transition des forces russes, de Wagner au “Corps africain”, n’a pas inversé la tendance :

  1. La situation sécuritaire s’est dégradée
  2. Les convois escortés continuent de brûler
  3. Des tensions émergent entre officiers maliens et combattants russes

Les exactions de Wagner ont également entamé la confiance des populations rurales.

4. Inquiétude internationale croissante

La crise a pris une dimension régionale :

  • Appels répétés de Washington, Paris, Londres et Berlin à quitter le Mali
  • Alerte de l’Union africaine
  • Isolement accru après la rupture avec la CEDEAO

Un effondrement du Mali pourrait déstabiliser tout le Sahel.

5. Détente limitée à Bamako, crise totale ailleurs

Quelques convois sont parvenus récemment dans la capitale, permettant :

  • La réouverture des écoles
  • Un fonctionnement partiel des stations-service
  • Une légère amélioration de l’électricité

Mais :

  • Les régions rurales restent coupées
  • Les routes stratégiques demeurent assiégées
  • Les attaques de convois se poursuivent

Une accalmie tactique, mais une crise stratégique persistante.

Une guerre de géographie économique

En contrôlant les artères d’approvisionnement, le JNIM déplace la guerre vers le terrain économique et la légitimité politique.
La junte et son allié russe semblent incapables de briser l’étau.

D’où une question cruciale :

Le Mali s’engage-t-il dans un effondrement lent ou sera-t-il poussé vers une solution politique ?

Une certitude demeure :
Au Mali, la guerre se joue désormais par le carburant… ou par son absence.

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