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Afrique du l’Ouest et Sahel

Mali entre pénurie de carburant et armée fracturée : comment les privilèges russes redessinent l’équation de la guerre

En apparence, la crise malienne semble être une confrontation classique entre une junte militaire au pouvoir, des groupes armés qui avancent en périphérie, et une pénurie de carburant paralysant la vie dans la capitale. Mais derrière cette scène générale se dévoilent — selon des témoignages de terrain exclusifs — des couches plus profondes de division au sein de l’armée malienne elle-même, alimentées par les privilèges accordés au Corps russe (anciennement Wagner), et transformant le carburant destiné aux camions et aux générateurs en instrument de pression stratégique entre les mains de groupes affiliés à Al-Qaïda.

Cette imbrication entre effondrement interne, dépendance aux mercenaires et siège économique montre que ce qui se déroule au Mali n’est pas une crise passagère, mais une reconfiguration fondamentale du rapport entre pouvoir et armes dans le pays.

1. Soldats en première ligne… citoyens de seconde classe

Des témoignages internes provenant d’unités déployées dans le nord du Mali révèlent que la fracture au sein de l’armée n’est pas née de slogans ou de communiqués, mais de détails concrets de la vie quotidienne dans les camps où soldats maliens et membres du Corps russe cohabitent.

Les soldats maliens ne regardent pas les mercenaires de loin ; ils vivent et combattent à leurs côtés, essuyant le même feu ennemi. Mais lorsqu’un combattant russe est blessé, il est immédiatement évacué par avion vers les meilleurs hôpitaux de Bamako. Le soldat malien, lui, reste dans des conditions médicales très précaires, dans des camps parfois assiégés, avec un encadrement assuré par des stagiaires sans réelle expertise et dans des régions déjà privées de personnel médical qualifié.

Ainsi, un blessé malien peut mourir dans le camp — non pas à cause de la gravité de la blessure, mais à cause de l’absence de soins et de l’impossibilité d’évacuation aérienne équitable entre « l’allié étranger » et « le soldat national ».

2. Eau minérale pour les mercenaires… eau stagnante pour les soldats

Les inégalités se reflètent aussi dans la logistique la plus élémentaire :

L’eau :

Les Russes reçoivent de l’eau minérale acheminée spécialement depuis l’état-major à Bamako.

Les Maliens boivent de mares impures et de puits contaminés dans un environnement désertique difficile, auquel ils ne sont pas habitués puisqu’ils viennent majoritairement du sud.

La nourriture :

Les Russes ont des rations contrôlées et adaptées.

Les Maliens mangent du riz mal préparé dans de grands chaudrons à même le sable et la poussière, sans normes sanitaires.

Le salaire :

Un mercenaire russe gagne en un mois l’équivalent d’une année entière de solde d’un soldat malien.

Le message est clair : leur vie est jugée plus précieuse.

3. Impunité totale… et violence sans frein

Des civils racontent que les unités mixtes russo-maliennes pénètrent dans des villages, choisissent librement leurs cibles, tuent, pillent et violent — sans qu’aucune enquête ni poursuite ne soit engagée.

Selon les experts, cette immunité importée découle d’accords secrets entre les dirigeants putschistes à Bamako et les réseaux liés à Wagner puis au Corps russe.

Les mercenaires offrent la survie politique de la junte en échange d’une liberté totale d’action sur le terrain et l’accès à des ressources locales.

Plus grave encore : certains soldats maliens adoptent eux-mêmes cette culture de l’impunité, aggravant l’hostilité entre populations du nord et institutions de l’État.

4. Goïta : une sécurité personnelle sous tutelle russe

Les analystes estiment que le colonel Assimi Goïta ne dépend pas du Corps russe uniquement pour le front militaire, mais surtout pour sa protection personnelle. Dans un pays ayant connu deux coups d’État en moins de deux ans, la question devient :

Qui protège le chef de l’armée de son propre armée ?

Pour la junte, la réponse russe est idéale :

une force étrangère, loyale uniquement au contrat, sans ancrage social local ni rivalités claniques internes.

Ainsi, poursuivre un mercenaire reviendrait à scier la branche sur laquelle repose le pouvoir.

5. Une armée divisée, une société désorganisée

La perception de l’injustice s’est répandue dans les rangs militaires… puis chez les familles… puis dans l’opinion.

Mais dans Bamako :

• les partis politiques ont été dissous

• les syndicats neutralisés

• les figures influentes emprisonnées, assassinées ou exilées

Des personnalités populaires comme l’imam Mahmoud Dicko vivent désormais sous contrainte ou à l’étranger. Un « conseil d’opposition » informel s’est même réorganisé à Paris.

Résultat :

Une colère sans porte-voix.

Un peuple empêché de se soulever.

6. « Djihad économique » : l’étranglement énergétique de Bamako

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans exploite ce contexte.

Des sources proches indiquent que la stratégie adoptée consiste à étrangler Bamako en carburant :

• hôpitaux à l’arrêt

• pompage de l’eau compromis

• transports paralysés

• flambée des prix des denrées

Ainsi, la pression populaire est dirigée contre la junte et non contre les groupes armés.

Les agences onusiennes avertissent déjà d’un risque de catastrophe humanitaire, avec des millions de personnes dépendantes de l’aide et des milliers de familles déplacées.

7. Le discours du JNIM : un thermomètre de la crise

Dans son dernier communiqué, le JNIM appelle :

• les « élites »

• les entreprises

• les étudiants et les ouvriers

à se soulever et à boycotter le régime, en l’accusant d’avoir livré la souveraineté du pays à des « forces étrangères russes » et à des « drones turcs » accusés de viser des civils à Tombouctou, Massina et Arbinda.

Le timing est essentiel :

discorde militaire + crise énergétique + asphyxie politique = fenêtre stratégique

Conclusion : un État qui se vide de l’intérieur

Le drame malien n’oppose plus uniquement un gouvernement et des insurgés.

Il confronte :

• une armée humiliée et fragmentée

• un pouvoir dépendant de mercenaires étrangers

• des jihadistes transformant l’économie en champ de bataille

et surtout…

un peuple condamné au silence, buvant de l’eau contaminée et à court de carburant,

tandis que les voix qui pourraient parler en son nom sont soit muselées, soit en exil.

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