Le conflit s’intensifie entre la société minière canadienne Barrick Gold et l’État malien, après que l’entreprise a officiellement saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), relevant de la Banque mondiale, afin d’empêcher d’urgence le transfert de la gestion de la mine d’or Loulo-Gounkoto à une entité gouvernementale intérimaire.
Cette requête intervient à la veille d’un jugement local très attendu, prévu ce lundi, qui pourrait accorder aux autorités maliennes le droit de prendre le contrôle de la mine.
Selon l’avocat international Timothy Foden, la demande de « mesures provisoires » vise à contraindre le gouvernement malien à s’abstenir de toute action unilatérale — notamment la nomination d’une administration intérimaire — jusqu’à ce qu’un verdict soit rendu au niveau international.
Barrick Gold redoute que cette prise de contrôle aggrave les pertes financières, alors que les opérations sont suspendues depuis janvier 2025, à la suite de la saisie par les autorités de trois tonnes d’or et de l’arrestation de hauts responsables de l’entreprise pour évasion fiscale présumée.
De son côté, le gouvernement malien justifie ses mesures par le nouveau code minier, qui vise à « augmenter les revenus de l’État » et à « lutter contre la fraude », affirmant que les compagnies étrangères sont tenues de respecter les lois locales.
En février dernier, les deux parties avaient conclu un accord incluant le paiement de 438 millions de dollars d’amendes. Toutefois, Barrick Gold accuse l’État malien de ne pas avoir respecté ses engagements, notamment la restitution de l’or saisi et la libération des employés détenus.
La mine Loulo-Gounkoto est l’une des plus importantes du pays. Elle a produit 19,4 tonnes d’or en 2024, soit environ 38 % de la production nationale totale.
Les milieux économiques expriment leurs inquiétudes quant aux conséquences de ce litige sur l’ensemble du secteur minier, d’autant plus que la procédure d’arbitrage international pourrait durer au moins trois ans.
Les autres entreprises étrangères présentes dans la région suivent de près l’évolution de la situation, redoutant qu’elle n’établisse un précédent juridique susceptible de compromettre leurs investissements dans les pays du Sahel, où les politiques de « reconquête de la souveraineté nationale » sur les ressources naturelles prennent de l’ampleur.







