Entre ferveur religieuse et inquiétudes sécuritaires, les musulmans du nord de la France expriment leur colère et leur tristesse
Quelque 3 000 fidèles musulmans se sont rassemblés ce dimanche matin sur un terrain adjacent à la grande mosquée d’Amiens, dans le nord de la France, pour célébrer la prière de l’Aïd al-Adha, l’une des plus importantes fêtes du calendrier islamique.
Mais si l’atmosphère était marquée par la spiritualité et la ferveur religieuse, l’émotion et l’inquiétude étaient palpables, à peine quelques jours après deux événements tragiques qui ont bouleversé la communauté musulmane en France : l’assassinat du jeune Aboubacar Sissoko, tué par balle dans une mosquée du sud-est, et celui de Hichem El Merhaoui, un Tunisien poignardé à mort près de Toulon.
Ces deux crimes, qualifiés de “haineux” par plusieurs associations antiracistes, ont ravivé les peurs d’une montée de l’islamophobie et du racisme en France.
Des prières… et des questions
Sur le parvis de la mosquée, les visages étaient graves malgré la solennité de la fête. Plusieurs fidèles interrogés par France 24 ont exprimé leur choc et leur colère silencieuse face à ce qu’ils perçoivent comme un climat de stigmatisation croissante.
« On n’est plus en sécurité, même dans nos lieux de culte », a déclaré un homme d’une cinquantaine d’années, tenant la main de son fils vêtu d’une gandoura blanche.
D’autres ont évoqué un sentiment d’abandon :
« On a l’impression qu’il faut que quelqu’un meure pour qu’on nous entende… Et encore », soupire une mère de famille.
La crainte d’un engrenage
Pour beaucoup, ces agressions ne sont pas des faits isolés. Elles s’inscrivent, selon eux, dans une tendance plus large d’hostilité sociale, politique et médiatique à l’encontre des musulmans de France.
« On parle de vivre ensemble, mais on voit bien que les musulmans sont souvent désignés comme un problème », affirme un jeune étudiant en droit.
Des voix appellent à une réponse ferme des autorités, mais aussi à une prise de conscience nationale.
« Nous ne voulons pas de vengeance, nous voulons de la justice et de la dignité », a conclu l’imam du jour dans son prêche, avant d’appeler à une minute de silence en mémoire des deux victimes.







