Contexte:
Dans un développement notable, le Niger et l’Iran ont signé un protocole d’accord le 8 mai 2025 à Niamey pour renforcer leur coopération en matière de sécurité. La cérémonie s’est déroulée en présence du général de brigade Ahmad Rezaei Radan, commandant des forces de sécurité iraniennes, et du général Mohamed Toumba, ministre nigérien de l’Intérieur.
Les principales dispositions de l’accord incluent la lutte contre le terrorisme, la criminalité transnationale organisée, la traite des êtres humains et le trafic d’armes. Il prévoit la création d’un comité conjoint d’experts pour le suivi de la mise en œuvre, l’échange de renseignements via Interpol, des programmes de formation pour les forces de sécurité, ainsi que des réunions annuelles alternées entre les deux pays.
Le Niger, porte d’entrée de l’Iran au Sahel : risques et implications…
La signature de cet accord de sécurité entre le Niger et l’Iran marque l’aboutissement d’une stratégie iranienne de longue haleine en Afrique. Cette stratégie a évolué d’une approche douce basée sur des centres culturels et des bourses d’études vers une coopération militaire et sécuritaire directe.
Depuis des décennies, Téhéran a construit un réseau d’influence culturelle à travers des dizaines de centres répartis au Sénégal, au Nigeria, en Afrique du Sud, et plus récemment au Mali et au Niger même. Ce dispositif s’est accompagné de l’octroi de milliers de bourses d’études à des étudiants africains dans des universités iraniennes, certains se convertissant au chiisme – comme en témoigne le cas du fondateur du parti chiite Al-Rahman au Mali – préparant ainsi le terrain aux partenariats stratégiques actuels.
La stratégie iranienne repose sur une approche de « boutiques de sécurité » offrant des solutions rapides et clés en main aux pays soumis à des sanctions occidentales, comme ce fut le cas avec le Venezuela. Cette approche s’articule autour de trois piliers fondamentaux : la formation des armées et éventuellement des milices sur le modèle de l’expérience houthie au Yémen, l’exportation de systèmes de surveillance sans fil comme au Zimbabwe, et l’exploitation des ressources minérales comme monnaie d’échange, suivant l’exemple soudanais avec les mines d’or.
Dans le contexte nigérien, cet accord intervient à un moment crucial où l’Iran exploite trois facteurs principaux : le vide sécuritaire laissé par le retrait des forces françaises et américaines, l’isolement international du Niger suite au coup d’État militaire de 2023, et l’intensification des activités des groupes armés dans la région du Sahel.
Mais au-delà du cadre sécuritaire officiellement annoncé, se cachent des dimensions plus inquiétantes, notamment le possible transfert de tactiques des Gardiens de la révolution iraniens, la fourniture de systèmes de surveillance électronique avancés, et des échanges indirects impliquant les ressources en uranium du Niger.
Cette initiative iranienne entraîne des répercussions régionales considérables. Elle pourrait provoquer une lutte d’influence avec les puissances religieuses actives dans la région comme la Turquie et l’Arabie saoudite, entraîner l’imposition de sanctions occidentales et américaines supplémentaires contre le Niger en réponse à ce rapprochement avec l’Iran, et faciliter des infiltrations transfrontalières vers les pays voisins, particulièrement le Mali où existe depuis des années un parti politique affichant ouvertement son chiisme, et le Burkina Faso qui connaît des difficultés similaires à celles du Niger.
Cette évolution ouvre également la voie à une transformation du Niger en plaque tournante de l’axe iranien en Afrique de l’Ouest, en plateforme pour des opérations indirectes et en porte d’entrée pour consolider l’influence à travers les réseaux de contrebande existants.
Ainsi, à travers cette trajectoire, l’Iran démontre sa maîtrise dans la conversion de ses investissements culturels et éducatifs initiaux en partenariats stratégiques profonds, tirant habilement parti des grands bouleversements géopolitiques sur le continent africain. Ce modèle, dont les différentes étapes pourraient se répéter dans d’autres pays africains confrontés à des crises similaires, est susceptible de renforcer la position de Téhéran comme acteur majeur dans l’équation africaine à l’avenir.
- Housseyne Ag Issa LENSARI







