Vendredi 23 mars, le camp militaire de Goura, situé dans le cercle de Ténenkou, région de Mopti, a été la cible d’une attaque éclair menée par une unité de la Katiba du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Le bilan est lourd : 40 soldats maliens tués, un grand nombre de véhicules et de munitions saisis, et le reste du matériel incendié par les assaillants.
Selon des sources locales, les combattants djihadistes se sont repliés sans subir de pertes majeures, alors que le gouvernement est resté silencieux pendant de longues heures. Ce n’est qu’au lendemain matin que des hélicoptères militaires, dépêchés depuis la base aérienne de Mopti, ont survolé le site et lancé des frappes éparses autour de la ville et dans les zones boisées voisines, avant de retourner à leur base, sans communiquer les résultats de l’opération.
Plus tard, un convoi militaire a quitté la ville de Niono en direction de Goura, probablement pour évaluer les dégâts ou tenter de sécuriser la zone, mais cette intervention est survenue trop tard pour empêcher la perte stratégique.
Un camp au passé controversé : vengeance programmée ?
Le camp de Goura est tristement célèbre pour son implication présumée dans des violations graves des droits humains, notamment contre les communautés peules et touarègues nomades. Arrestations arbitraires, tortures, exécutions sommaires : les témoignages se sont accumulés au fil des années. Pour certains groupes armés, ce camp incarne l’oppression militaire dans le centre rural du Mali, ce qui en fait une cible prioritaire.
Sur le plan géographique, Goura occupe une position stratégique cruciale, reliant les unités de l’armée dans les régions de Léré et du nord au corridor militaire reliant Niono, Ségou, puis Bamako, tout en servant de point de contact entre la région de Macina (à majorité peule) et la zone stratégique de Nampala.
L’attaque de Goura : symptôme du déclin militaire malien
Cette attaque n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large adoptée par le GSIM, consistant à cibler des camps isolés pour affaiblir progressivement l’autorité de l’État dans les zones périphériques. Le retrait des forces françaises et la baisse d’efficacité des partenaires internationaux ont permis au groupe dirigé par Iyad Ag Ghali de se repositionner et de renforcer sa présence dans le centre du Mali.
L’opération contre Goura est aussi un message politique : elle a coïncidé avec la visite du ministre malien de la Défense à Kidal, laissant entendre que le sud et les abords de la capitale restent vulnérables, même si l’attention politique est tournée vers le nord.
Le retard et l’hésitation de la réponse gouvernementale ne font qu’amplifier la défiance de la population locale envers l’État. Dans certaines zones rurales, le GSIM parvient à se présenter comme une alternative crédible, en fournissant sécurité et « justice islamique » en l’absence de présence officielle.

Conséquences stratégiques inquiétantes
Le danger majeur réside dans le fait que l’attaque de Goura pourrait ouvrir une brèche dans le corridor reliant le nord, le centre et Bamako. Si ce type d’opération se reproduit, il pourrait conduire à une fragmentation territoriale accrue et à l’isolement progressif de la capitale. Dans ce contexte, l’armée malienne apparaît de plus en plus piégée entre un ennemi insaisissable et une population méfiante.







