À la veille de la Journée mondiale de la liberté de la presse, l’organisation Reporters sans frontières (RSF) a tiré la sonnette d’alarme sur l’état alarmant de la liberté de la presse dans le monde, soulignant que les pressions économiques, souvent moins visibles que les violences physiques, constituent désormais une menace centrale.
Dans son classement annuel 2024 couvrant 180 pays, RSF note que les journalistes et les médias opèrent dans des conditions qualifiées de « problématiques », « difficiles » ou « très graves » dans plus de trois quarts des pays étudiés.
L’organisation dénonce également l’influence croissante des géants du numérique et des milliardaires, à l’origine de fermetures massives de médias, et de ce que RSF appelle des « déserts d’information », notamment aux États-Unis, qui chutent à la 57e place, derrière la Sierra Leone.
En Afrique, une dégradation généralisée :
RSF souligne une régression inquiétante dans plusieurs pays africains :
- Tunisie : chute de 11 places (129e), en raison des difficultés économiques persistantes qui forcent de nombreux médias à fermer.
- Érythrée : conserve la dernière place mondiale, derrière la Corée du Nord et la Chine, classée comme le pays le plus répressif envers la presse.
- Ouganda, Éthiopie, Rwanda : nouvellement classés parmi les pays où la liberté de la presse est jugée « très menacée ».
- Palestine : bien que géographiquement en dehors de l’Afrique, elle est citée pour les « destructions délibérées de rédactions » et l’assassinat de près de 200 journalistes par les forces israéliennes, qualifiant la situation de « catastrophique ».
Les causes de cette crise mondiale :
Le rapport met en lumière plusieurs facteurs structurels :
- Le poids croissant des plateformes numériques (GAFAM) dans la captation des revenus publicitaires.
- Des systèmes de financement opaques ou discriminatoires, comme en Hongrie.
- Une concentration inquiétante des médias entre les mains de quelques fortunes, y compris dans des pays bien classés comme la Finlande (5e) ou l’Australie (29e).
- En France (25e, -4 places), RSF s’interroge sur l’« indépendance réelle » des rédactions face à la mainmise de grandes fortunes.
RSF conclut que la liberté de la presse est désormais en danger critique dans 42 pays, et appelle à des mesures urgentes pour soutenir un journalisme indépendant, pluraliste et économiquement viable.







