Bien que les pays d’Afrique subsaharienne aient enregistré une croissance de 4 % en 2024 – dépassant les prévisions précédentes du Fonds monétaire international (FMI) – le rapport publié vendredi dernier par le FMI révèle une reprise économique fragile, menacée par l’escalade des défis mondiaux et locaux.
Alors que certains indicateurs, tels que la baisse de l’inflation régionale à 4,5 % et la réussite de huit pays à lever 13 milliards de dollars via des euro-obligations, semblent positifs, les chiffres masquent des déséquilibres structurels. Cela a poussé le Fonds à abaisser ses prévisions de croissance pour 2025 à 3,8 %.
Moteurs de la croissance : l’or et le cacao comblent le déficit
La croissance régionale a été soutenue par trois facteurs principaux :
- Les exportations de matières premières, notamment l’or, le cacao et le café, dont les prix ont bondi à l’échelle mondiale, compensant en partie l’effondrement d’autres produits tels que le pétrole.
- Les investissements publics, notamment au Nigeria (croissance de 3,4 %) et au Kenya, où les gouvernements ont fait de la dépense en infrastructures un moteur de l’activité économique.
- Le rebond du secteur des services, favorisé par l’amélioration de la demande intérieure après des années de stagnation.
Cependant, ces gains restent menacés par des facteurs externes, notamment :
- La baisse des prix de 85 % des matières premières (hors or et cacao), avec une chute moyenne de 15 % depuis fin 2024.
- Le resserrement du financement international, les taux d’intérêt mondiaux élevés rendant l’emprunt plus coûteux pour les pays africains.
« Failles critiques » : 17 pays confrontés à une inflation à deux chiffres
Derrière ces indicateurs positifs, les données révèlent une série de crises complexes :
- Un tiers des pays africains subissent le « triangle du danger » (déficits budgétaires élevés + faibles réserves de change + dettes insoutenables).
- Le taux d’inflation dépasse 10 % dans 17 pays.
- L’effondrement de l’aide internationale, restée figée à 51 milliards de dollars, avec des avertissements sur de futures baisses en raison de la réduction des financements américains et européens.
- Le piège de la dette, avec des pays comme la Zambie et le Ghana peinant à restructurer leur dette malgré des négociations en cours.
Le FMI a récemment émis des recommandations soulignant les contradictions des politiques économiques africaines, notamment :
- L’adoption de réformes fiscales strictes,
- L’élimination des exonérations fiscales,
- L’imposition du secteur informel,
- La réduction des subventions sur les carburants (qui absorbent entre 3 et 5 % du PIB dans certains pays),
- Et la compression de la masse salariale du secteur public (au Ghana, les salaires représentent 50 % des recettes publiques).
Politiques monétaires flexibles… mais avec prudence
Dans ce contexte, des politiques monétaires prudentes ont été adoptées :
- Le Nigeria a maintenu des taux d’intérêt élevés (avec une inflation à 28 %),
- Tandis que d’autres économies plus stables commencent à assouplir légèrement leur politique.
- Un renforcement des réserves de change est encouragé (40 % des pays ne disposent pas de suffisamment de liquidités pour couvrir trois mois d’importations).
- Une accélération de la restructuration des dettes via le « cadre commun » du G20, qui reste jusqu’à présent entravée.
Une dure réalité : austérité imposée contre crises d’origine externe
Ainsi, l’Afrique est sommée de supporter les coûts de politiques d’austérité, alors que les causes profondes de la crise sont en grande partie extérieures (hausse des taux américains, effondrement des matières premières, recul de l’aide internationale). Les propositions plus structurelles – comme la réforme de la fiscalité mondiale ou l’indemnisation de l’Afrique pour les pertes liées au changement climatique estimées à 50 milliards de dollars par an – restent largement ignorées.







