L’administration de Donald Trump prépare ce qui pourrait devenir la plus importante opération d’annulation collective de visas de l’histoire des États-Unis. Jusqu’à 200 000 étrangers entrés avec un visa touristique ou d’affaires avant de demander l’asile pourraient être concernés.
Parallèlement, le département de la Sécurité intérieure propose d’instaurer durablement des frais de 103 265 dollars sur certaines demandes de visas H‑1B destinés aux travailleurs étrangers hautement qualifiés.
Le département d’État, en coordination avec le DHS, prévoit d’annuler des visas B1 et B2 délivrés entre 2016 et 2026 à des personnes ayant ensuite demandé l’asile.
L’administration affirme vouloir lutter contre l’utilisation préméditée des visas de visite comme moyen d’accéder au système d’asile. Des juristes et organisations de défense des migrants rappellent toutefois qu’une demande de protection déposée après une entrée régulière ne constitue pas, à elle seule, une preuve de fraude.
L’annulation du visa n’entraînerait pas automatiquement le rejet de la demande d’asile ni une expulsion immédiate. Le visa permet de voyager et de solliciter l’admission, tandis que le statut d’une personne déjà présente aux États-Unis et sa demande de protection relèvent de procédures distinctes.
Les personnes concernées perdraient leur statut de visiteurs temporaires et pourraient être reclassées dans le système migratoire. Leur demande d’asile devrait néanmoins, en principe, être examinée individuellement.
Le chiffre de 200 000 personnes reste une estimation rapportée par l’Associated Press et non un bilan définitif officiellement annoncé.
Sur le terrain de l’immigration professionnelle, le DHS propose des frais supplémentaires de 103 265 dollars pour les demandes H‑1B soumises au plafond annuel. Cette somme viendrait s’ajouter aux frais existants, généralement compris entre 2 000 et 5 000 dollars.
L’administration estime que cette mesure protégera les salaires et les emplois américains en décourageant le recours à une main-d’œuvre étrangère moins coûteuse. Ses détracteurs redoutent au contraire des conséquences pour les entreprises technologiques, les hôpitaux, les universités et les centres de recherche.
En juin, le juge fédéral Leo Sorokin avait invalidé les frais précédents de 100 000 dollars. Il avait estimé qu’ils constituaient une taxe non autorisée que le président ne pouvait imposer sans l’accord du Congrès. Il avait également reproché à l’administration de ne pas avoir respecté la procédure réglementaire obligatoire.
Le gouvernement tente désormais d’inscrire le prélèvement dans une réglementation permanente soumise à consultation publique. Cette procédure peut corriger certaines irrégularités, mais elle ne règle pas définitivement la question de la compétence légale du DHS.
Les grandes entreprises pourraient supporter le coût lorsqu’elles recherchent un spécialiste rare. Les start-up, les hôpitaux ruraux et les établissements universitaires disposant de moyens limités risquent, eux, d’être exclus du programme.
Les deux mesures révèlent ainsi un même changement de doctrine : le durcissement migratoire ne vise plus seulement les entrées irrégulières, mais également les voies légales empruntées par les visiteurs, les demandeurs d’asile et les travailleurs qualifiés. La portée réelle de cette politique dépendra désormais des tribunaux, du processus réglementaire et de la capacité des entreprises américaines à absorber son coût.







