Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé à des enquêtes indépendantes et impartiales sur des opérations aériennes militaires menées par les forces nigérianes et tchadiennes après des informations faisant état de lourdes pertes civiles.
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a indiqué dans un communiqué publié à Genève que les deux opérations soulèvent de graves préoccupations au regard du droit international humanitaire, notamment en ce qui concerne la protection des civils lors des campagnes militaires contre Boko Haram, l’État islamique en Afrique de l’Ouest et des groupes armés.
Frappe aérienne nigériane à Zamfara
Selon Amnesty International et des responsables locaux, une frappe aérienne de l’armée nigériane dimanche 10 mai a touché un marché bondé dans le village de Tumfa, dans le district de Zurmi de l’État de Zamfara, faisant au moins 100 morts civils.
Des témoins et des sources humanitaires ont indiqué que de nombreuses victimes étaient des femmes et des enfants présents au marché au moment de la frappe.
L’armée nigériane a rejeté les informations faisant état de pertes civiles massives. Le porte-parole de l’état-major, le major-général Michael Onoja, a déclaré le 13 mai que l’opération visait un « rassemblement de haut niveau confirmé » de groupes armés identifié grâce à des « sources de renseignement multiples ».
L’armée a qualifié les informations sur des morts civiles de « non vérifiées et trompeuses ».
L’incident a intensifié le contrôle des opérations aériennes antiterroristes du Nigeria après une autre frappe controversée en avril 2026 à Jilli, dans l’État de Yobe, où environ 200 civils auraient été tués par erreur lors d’une opération visant des militants présumés.
Opérations tchadiennes dans le bassin du lac Tchad
Dans un développement distinct, des avions de chasse tchadiens ont mené des bombardements soutenus sur des îles de la région du lac Tchad à partir du vendredi 8 mai, à la suite d’une embuscade meurtrière de Boko Haram ayant fait au moins 24 soldats tchadiens, dont deux généraux.
Les frappes ont ciblé l’île de Shuwa, considérée comme un bastion de combattants jihadistes opérant dans le bassin du lac Tchad.
Cependant, des sources humanitaires régionales et des responsables de communautés de pêcheurs ont indiqué que des civils avaient également été touchés.
Le responsable d’une association de pêche dans le bassin du lac Tchad au Nigeria a confirmé que des dizaines de pêcheurs nigérians ont été pris dans les attaques et les tentatives de fuite.
Plus de 40 pêcheurs sont présumés morts ou disparus après le chavirement de bateaux transportant des civils en fuite. Des survivants souffrant de graves brûlures seraient soignés dans un hôpital à Bosso, au Niger.
Des sources locales ont indiqué que les civils dans certaines parties du bassin du lac Tchad opèrent souvent sous contrainte, notamment en payant des taxes à des groupes liés à Boko Haram pour accéder aux zones de pêche, ce qui complique la distinction entre civils et combattants dans les évaluations militaires.
À mercredi, l’armée tchadienne n’avait pas publié de déclaration détaillée concernant ces allégations.
L’ONU insiste sur le droit international humanitaire
Türk a souligné que les opérations militaires contre des groupes extrémistes doivent respecter pleinement le droit international humanitaire.
Il a mis en avant le principe de précaution, qui oblige les forces armées à prendre toutes les mesures possibles pour réduire au minimum les dommages causés aux civils.
Il a également rappelé que les civils et les infrastructures civiles, y compris les marchés et les hôpitaux, ne doivent jamais être délibérément ciblés.
Türk a exhorté les autorités du Nigeria et du Tchad à garantir des enquêtes crédibles et à assurer la responsabilité pour toute violation.
Inquiétudes croissantes concernant les civils
Ces incidents ont ravivé les préoccupations internationales concernant l’impact humanitaire des opérations de lutte contre l’insurrection dans le bassin du lac Tchad et le nord-ouest du Nigeria.
Les organisations de défense des droits de l’homme ont averti à plusieurs reprises que des renseignements imprécis, des garanties insuffisantes et des mécanismes de responsabilité limités continuent d’exposer les civils à des risques importants lors des frappes aériennes visant des groupes armés.
Les analystes estiment que le Nigeria et le Tchad restent sous pression pour contenir la violence militante croissante tout en respectant leurs obligations en vertu du droit international.







