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Afrique du l’Ouest et Sahel

D’une position politique aux hélicoptères et aux centrales : comment Alger et Niamey ont bâti une alliance sécurité-énergie

En 2026, les relations entre l’Algérie et le Niger ont dépassé le cadre du simple voisinage pour devenir un partenariat à plusieurs dimensions, où la sécurité des frontières rejoint les projets d’énergie et d’infrastructures, et où les deux pays cherchent à construire un nouvel équilibre régional au Sahel.

Cette relation tire son poids de la position des deux pays dans un espace instable, où prospèrent groupes armés, réseaux de trafic et migration irrégulière, tandis que les États font face à des difficultés économiques et politiques accumulées. De ce point de vue, la stabilité du Niger fait partie de la sécurité nationale algérienne, tout comme l’Algérie représente pour Niamey une porte stratégique vers l’Afrique du Nord et la Méditerranée.

Un capital politique né à l’été 2023

Le rapprochement s’est dessiné après le coup d’État de juillet 2023 au Niger, lorsque la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a menacé d’une intervention militaire pour rétablir le président déchu Mohamed Bazoum.

L’Algérie s’est alors tenue à un retour à l’ordre constitutionnel par des moyens politiques et diplomatiques, et a averti que toute intervention militaire étrangère pourrait avoir de graves conséquences pour le Niger et l’ensemble de la région.

Bien que l’initiative algérienne n’ait pas abouti à un règlement définitif, le refus d’Alger de l’option militaire lui a valu un capital politique auprès de franges de l’opinion nigérienne, qui y ont vu une tentative d’épargner au pays une nouvelle guerre régionale.

Parmi ceux qui ont défendu tôt cette voie figure Omar Mokhtar al-Ansari, homme politique et écrivain nigérien, membre fondateur du parti d’opposition Renouveau démocratique. Le 4 octobre 2023, il a publié une photo de lui avec le ministre des Affaires étrangères des autorités de son pays de l’époque, affirmant que l’initiative algérienne était un choix souverain et sûr face aux menaces d’intervention militaire.

Trois ans plus tard, cette position est revenue au premier plan, avec des hommages algériens présentant Ansari comme l’un des premiers responsables politiques nigériens à avoir plaidé pour une relation stratégique avec l’Algérie. Ansari a répondu que sa position n’était qu’un « devoir national envers le Niger », estimant que le rapprochement avec l’Algérie sert la sécurité et la stabilité du Sahel, et saluant ce qu’il a appelé la sagesse de la direction algérienne dans la gestion des crises régionales.

Sécurité : hélicoptères et unités pour protéger les installations pétrolières

La sécurité est le premier pilier de la relation. L’Algérie a besoin d’un voisin du sud stable et capable de contrôler son territoire ; le Niger a besoin de l’expérience algérienne dans la lutte contre les groupes armés et la sécurisation de ses immenses frontières désertiques.

En 2026, cette coopération s’est traduite par un soutien direct sur le terrain : le ministère algérien de la Défense a remis à l’armée nigérienne quatre hélicoptères militaires entièrement équipés, dont deux Mi-24V et deux Mi-171, ainsi que d’autres équipements militaires.

L’importance de cet appui dépasse sa valeur militaire : il reflète le passage de la coordination politique à un partenariat de sécurité concret. Le Niger subit des attaques armées dans les régions de Tillabéri, Tahoua et Diffa, tandis que l’Algérie redoute un déplacement de l’activité des groupes et des réseaux de trafic vers sa frontière sud.

Commentant les derniers développements, Ansari a déclaré : « Nous remercions le Parlement algérien pour son vote à l’unanimité en faveur de l’envoi d’unités pour sécuriser nos installations pétrolières. Cela s’inscrit dans les exigences du partenariat stratégique. Si seulement nous avions un parlement élu qui salue à l’unanimité ce partenariat fraternel. »

Ces propos expriment un soutien à l’élargissement de la coopération sécuritaire, et portent aussi une critique implicite de la situation politique intérieure du Niger, toujours dirigé par une autorité de transition sans parlement élu.

Énergie : de la centrale « Solidarité » au puits de Kafra

L’énergie constitue le deuxième pilier. En juin 2026, l’Algérie a inauguré à Niamey la centrale électrique « Solidarité », d’une capacité de 40 mégawatts, dotée de deux turbines à gaz de 20 mégawatts chacune.

La centrale a été réalisée comme un don algérien au Niger. Selon les estimations officielles, elle augmente d’environ 20 % la production nationale d’électricité et améliore l’approvisionnement de la capitale, longtemps touchée par les coupures et la faiblesse des capacités de production. Sa portée dépasse la production d’électricité : c’est le modèle d’une diplomatie fondée sur des projets dont les citoyens voient directement les effets, et qui donne à l’Algérie une présence économique et technique croissante sur un marché africain qui a besoin d’investissements lourds en infrastructures.

Dans les hydrocarbures, les deux pays ont signé un mémorandum d’entente couvrant le développement de projets d’exploration dans le champ de Kafra, dans le nord du Niger, l’amélioration des performances de la raffinerie de Soraz et l’avancement du projet de gazoduc transsaharien, ainsi que des programmes de formation et d’échange d’expertise.

En août, les travaux de forage du puits d’exploration « Kafra Sud-Est-1 » ont démarré avec la participation de Sonatrach, une étape qui fait passer la coopération pétrolière des études et des accords au travail de terrain.

Le gazoduc transsaharien : un pari qui dépasse les deux pays

L’importance stratégique de la relation s’accroît lorsqu’on y ajoute le projet de gazoduc transsaharien, censé acheminer le gaz du Nigeria vers l’Algérie en passant par le Niger, puis vers les marchés européens.

Le projet n’est pas qu’une conduite d’énergie. Il peut devenir un corridor économique reliant l’Afrique de l’Ouest au nord du continent, offrant au Niger des revenus de transit et des perspectives d’investissement et d’emploi, tout en renforçant la place de l’Algérie comme plaque tournante régionale du gaz.

Mais son succès dépend de la stabilité du territoire nigérien et de la sécurisation des installations et des tracés qu’il traversera. C’est là que la coopération sécuritaire rejoint l’intérêt économique : pas d’investissement sans sécurité, ni de stabilité durable sans projets de développement offrant aux habitants des alternatives au trafic et à l’enrôlement dans les groupes armés.

Les responsables des deux pays ont discuté en 2026 d’une accélération du projet, en soulignant son importance aux niveaux régional, africain et international.

Ce que chacun y trouve

Pour le Niger, l’Algérie offre un partenaire régional doté d’une expertise militaire et énergétique, qui ne le traite pas seulement sous l’angle de l’aide d’urgence. Elle lui ouvre aussi une voie potentielle vers les marchés méditerranéens et la possibilité de réduire sa dépendance aux routes commerciales traditionnelles passant par les pays d’Afrique de l’Ouest.

Pour l’Algérie, la stabilité du Niger est un moyen de protéger sa frontière sud, de combattre les menaces transnationales, de sécuriser ses projets énergétiques et continentaux et de renforcer sa présence politique et économique au Sahel.

Il ne faut donc pas voir les hélicoptères, la centrale et le puits de Kafra comme des initiatives séparées : ce sont les éléments d’une vision plus large qui lie la sécurité des deux pays à leur développement et à leurs intérêts économiques communs.

D’une voix précoce à une politique concrète

Les hommages récents à Omar Mokhtar al-Ansari rappellent le rôle que peuvent jouer les voix politiques et médiatiques pour préparer l’opinion publique à de nouveaux choix stratégiques. Ansari n’était pas un décideur officiel, mais il a défendu dès 2023 un choix alors controversé, qui s’est traduit en 2026 par une coopération sécuritaire et des projets d’électricité, de pétrole et de gaz.

L’avenir de la relation se mesurera néanmoins à la capacité des deux pays à transformer accords et dons en institutions durables, en projets pérennes et en bénéfices qui parviennent aux habitants des zones frontalières, et non au nombre de visites et de déclarations.

La relation entre l’Algérie et le Niger n’est pas un luxe diplomatique : la géographie, les risques sécuritaires et les intérêts énergétiques l’imposent. Si les deux pays l’ancrent dans le respect de la souveraineté et l’échange d’intérêts, elle pourrait devenir l’un des piliers de la stabilité et du développement au Sahel africain.

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