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l’Azawad dénonce les bombes à sous-munitions, les exactions des mercenaires russes et la fuite en avant de Bamako

Des milliers d’habitants sont descendus dans les rues de Kidal pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « guerre totale contre les civils » menée par les autorités maliennes et leurs supplétifs russes. Entre accusations d’utilisation de bombes à sous-munitions interdites, révélations macabres à Tessalite et montée des discours xénophobes contre les commerçants mauritaniens dans l’espace AES, la crise malienne franchit un nouveau seuil de brutalité et d’instabilité régionale.
Kidal, théâtre d’une colère populaire sans précédent

Dans les rues poussiéreuses de Kidal, au cœur de l’Azawad, une foule dense s’est rassemblée ce 21 Mai, pour dénoncer l’escalade militaire engagée par les autorités de Bamako et leurs alliés russes. Hommes, femmes, jeunes et anciens ont scandé des slogans contre « l’occupation militaire », contre les frappes de drones et contre les violences attribuées à l’armée malienne ainsi qu’aux mercenaires russes opérant désormais sous différentes appellations, de Wagner à Africa Corps.

Pour de nombreux habitants, ces manifestations traduisent un basculement psychologique profond, celui d’une population qui estime être devenue la cible directe d’une stratégie de terreur.
Selon plusieurs témoignages locaux relayés dans les cercles maliens et azawadiens, les populations dénoncent notamment l’utilisation présumée de bombes à sous-munitions dans différentes localités des régions de Kidal, Tombouctou et Gao. À Tintimaghayene, mais également dans plusieurs zones rurales proches de Kidal, des frappes auraient visé des convois civils et des zones de passage fréquentées par des habitants.
Les manifestants rappellent que les bombes à sous-munitions sont interdites par la Convention d’Oslo de 2008, entrée en vigueur le 1er août 2010, en raison de leur caractère indiscriminé et des conséquences humanitaires durables qu’elles provoquent sur les populations civiles. Les restes explosifs laissés après les frappes continuent souvent de tuer ou mutiler des civils plusieurs années après les conflits.
Dans les slogans brandis à Kidal, une idée revient avec insistance, la conviction que les populations civiles de l’Azawad seraient désormais traitées comme des ennemis collectifs.

Tessalite, les accusations d’atrocités qui choquent l’Azawad:

La tension a encore été aggravée par des accusations particulièrement graves circulant depuis Tessalite. Selon des sources locales et d’autres proches du Front de libération de l’Azawad, des découvertes macabres auraient été faites dans le camps militaire d’Amachach récemment investis dans la zone.
Des récits évoquent notamment des mutilations de corps humains et la découverte de plus de 48 de langues humaines séchées et suspendues dans certaines installations militaires attribuées aux mercenaires russes d’Africa Corps. Ces révélations sont documentés par des vidéos amateurs authentiques.
Ces accusations demandent des enquêtes internationales indépendantes afin d’être formellement établies, leur diffusion a provoqué une onde de choc dans l’ensemble des régions septentrionales. À Kidal, plusieurs intervenants durant les rassemblements ont évoqué « une déshumanisation totale de la guerre ».
Dans une région déjà traumatisée par plus d’une décennie de conflit, ces récits renforcent le sentiment d’abandon et de colère d’une partie des populations locales.

Bamako sous tension après les incendies des grands marchés:

Pendant que Kidal manifestait, Bamako faisait face à un autre choc. Le grand marché de la capitale malienne a été touché par un important incendie mercredi 20 mai. Presque simultanément, un autre incendie majeur frappait également le grand marché de Kayes.
Dans un contexte économique déjà fragilisé, ces sinistres ont alimenté une atmosphère de nervosité généralisée. Les réseaux sociaux maliens se sont rapidement transformés en espaces de surenchère politique, identitaire et nationaliste.
C’est dans ce climat tendu que plusieurs appels visant des commerçants mauritaniens installés dans les pays de l’AES, Mali, Burkina Faso et Niger, ont commencé à circuler en ligne. Certains discours appellent explicitement à la fermeture ou à l’incendie de boutiques mauritaniennes.

Pour de nombreux observateurs sahéliens, cette radicalisation verbale traduit une dérive inquiétante, l’extension progressive des tensions maliennes vers les pays voisins.
Après les crises diplomatiques avec l’Algérie et les tensions répétées avec la Côte d’Ivoire, la Mauritanie apparaît désormais à son tour exposée à une campagne de désignation hostile sur certaines plateformes proches des milieux ultra-nationalistes maliens.

Le silence des autorités judiciaires maliennes interroge:

Cette montée des appels à la haine suscite également des interrogations sur l’attitude des institutions judiciaires maliennes.
Alors que le Mali dispose officiellement d’un arsenal juridique contre les discours de haine, les appels publics visant les commerçants mauritaniens n’ont donné lieu à aucune réaction forte des procureurs ou des autorités judiciaires au moment où ces accusations émergent.
Ce silence est perçu par certains analystes comme le signe d’un affaiblissement des mécanismes institutionnels face à la polarisation politique et militaire du pays.

Dans les régions du Nord comme dans plusieurs capitales sahéliennes, beaucoup redoutent désormais que la crise malienne ne déborde progressivement du cadre national pour devenir une fracture régionale durable.

Une guerre devenue aussi médiatique et psychologique:

Au-delà des affrontements militaires, la bataille se joue désormais sur le terrain symbolique et informationnel.
À Kidal, les manifestations de ce jour traduisent une volonté claire des populations locales de médiatiser leur situation et d’internationaliser leur cause. Les slogans dénonçant les bombardements, les drones et les mercenaires russes visaient autant Bamako que l’opinion internationale.
Pour les mouvements azawadiens, l’objectif est désormais de présenter le conflit non plus uniquement comme une rébellion territoriale, mais comme une crise humanitaire et politique impliquant des violations graves contre les civils.

Face à eux, les autorités maliennes continuent d’inscrire leurs opérations militaires dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et de la restauration de la souveraineté nationale.

Mais dans les rues de Kidal, la population affirme ne plus croire à cette narration officielle. Pour beaucoup de manifestants, les bombardements récents, les accusations d’exactions et la présence croissante de mercenaires étrangers symbolisent au contraire l’échec d’une stratégie sécuritaire devenue, selon eux, incontrôlable.

Une fracture sahélienne de plus en plus profonde:

Ce qui se joue aujourd’hui entre Bamako et l’Azawad dépasse désormais le seul cadre militaire. La multiplication des accusations de crimes contre les civils, l’usage présumé d’armes prohibées, les tensions diplomatiques régionales et les poussées xénophobes témoignent d’une crise sahélienne entrée dans une phase particulièrement dangereuse.
À Kidal, les manifestants ont voulu envoyer un message clair, ils estiment que la guerre menée dans les régions du Nord ne vise plus seulement des groupes armés, mais des populations entières.

Et pendant que la colère monte dans l’Azawad, le reste du Sahel observe avec inquiétude une région qui semble chaque jour s’enfoncer davantage dans la fragmentation, la peur et la radicalisation.

Par Mohamed AG Ahmedou

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