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Afrique du l’Ouest et Sahel

France:Rennes : l’Azawad au cœur des débats touaregs

Entre mémoire, culture et revendications politiques, la journée culturelle touarègue organisée à Rennes a rapidement a été un cadre festif marquée par des expositions artistiques, des contes touaregs, une conférence sur la situation humanitaire et sécuritaire au Mali et au Sahel. Devant un public multiethnique venu de plusieurs pays européens, intellectuels, militants et représentants de la diaspora diaspora touaregue et africaine ont dénoncé les violences contre les civils, critiqué la gestion du pouvoir d’Assimi Goïta et relancé le débat sur la question territoriale de l’Azawad et les frontières héritées de la colonisation.

À Rennes, ce samedi 9 mai, la communauté touarègue venue de plusieurs villes de France et d’Europe s’est réunie autour d’une importante journée culturelle et politique consacrée à la question touarègue, dans un contexte sahélien marqué par les conflits armés, les tensions identitaires et les débats autour des frontières héritées de la colonisation.

Organisée par l’Association Amicale Touarègue de Rennes et Kel Tamashaq Organisation de France et d’Europe, la rencontre a mêlé culture, mémoire, débats politiques contes touaregs et prestations artistiques dans une ambiance à la fois festive et engagée.

La cérémonie officielle a débuté par les mots de bienvenue de Fatima Walet, qui a salué la mobilisation de la diaspora touarègue ainsi que la présence de plusieurs personnalités venues soutenir l’événement.
La maîtrise de cérémonie a été assurée par Mohamed AG AHMEDOU, Président de Kel Tamashaq Organisation de France et d’Europe, qui a rythmé les différentes séquences de la journée entre allocutions officielles, conférences et activités culturelles.

Les allocutions ont été ouvertes par Abdoulahi ATTAYOUB, président de la diaspora touarègue en Europe, ODTE, qui est le patriarche de la communauté touaregue en France et en Europe.
Il a été suivi par Mme la Consule Honoraire du Brésil à Rennes, Marisa de Souza, qui a salué l’importance du dialogue interculturel et de la paix dans un contexte international marqué par les crises et les fractures identitaires.

Des membres influents de Diaspora Afrique de Rennes ont également pris part à la cérémonie, témoignant du soutien d’une partie des diasporas africaines présentes en Bretagne aux initiatives culturelles et humanitaires touarègues.
Tout au long de la journée, plusieurs espaces ont été consacrés à la valorisation du patrimoine culturel touareg à travers des expositions d’objets artisanaux, de vêtements traditionnels, de bijoux, d’œuvres artistiques et de photographies retraçant l’histoire des communautés touarègues du Sahara et du Sahel.

Des associations humanitaires, dont JDWS, qui milite pour la cause des violences faites aux femmes au Sahel, ont également présenté leurs activités en faveur des populations touchées par les crises humanitaires dans les régions sahéliennes.

Mais derrière la dimension culturelle, la journée a rapidement pris une tonalité politique autour d’une question centrale : celle de l’Azawad, de son histoire et des revendications territoriales portées par une partie des mouvements touaregs.
Le principal temps fort intellectuel de la rencontre fut une conférence intitulée : « Pourquoi le Mali et pas les autres pays ? La revendication territoriale à l’épreuve des frontières postcoloniales ».
La discussion a réuni plusieurs figures intellectuelles et politiques touarègues autour d’une interrogation majeure : pourquoi les revendications territoriales touarègues persistent-elles principalement au Mali alors que les Touaregs vivent répartis entre plusieurs pays sahéliens et nord-africains ?
Les intervenants ont rappelé que les Touaregs constituent une communauté ancienne du Sahara, présente selon plusieurs historiens et érudits depuis plusieurs millénaires dans la bande sahélo-saharienne.

Ils ont notamment mis en avant l’existence du tifinagh, l’écriture traditionnelle touarègue, présentée comme l’une des plus anciennes écritures africaines encore utilisées aujourd’hui.

Les participants ont insisté sur le fait que les Touaregs vivent aujourd’hui répartis entre le Mali, le Niger, l’Algérie, la Libye, le Burkina Faso, la Mauritanie et dans certaines zones du Tchad.
L’écrivain et ancien responsable maire de Thirozerene du Niger, Issouf MAHA, a replacé la question touarègue dans le contexte historique du partage colonial de l’Afrique.
Selon lui, les frontières héritées de la colonisation ont fragmenté les espaces historiques touaregs et contribué aux tensions contemporaines.
« Le gâteau touareg a été mal partagé », a-t-il laissé entendre devant l’assistance, estimant que les frontières dessinées durant la période coloniale ont profondément bouleversé les équilibres historiques de la région sahélienne.
Il a également critiqué la stratégie sécuritaire actuelle des autorités maliennes, accusées selon lui de concentrer leurs opérations sur des populations civiles plutôt que sur les groupes armés combattants.

Pour Issouf MAHA, cette approche contribuerait à renforcer les frustrations et les dynamiques indépendantistes dans le nord du Mali connu sous le nom AZAWAD.
Abdullahi ATTAYOUB a, de son côté, retracé les différentes rébellions touarègues ayant marqué le Mali depuis 1963, en passant par les années 1990, 2012 et les affrontements de 2023.
Selon lui, les différents accords de paix conclus au fil des décennies ont été progressivement abandonnés ou remis en cause par les régimes successifs à Bamako.
Il a dénoncé l’absence de véritables mécanismes de justice transitionnelle, de réparation et de reconnaissance des souffrances vécues par les populations civiles.

Le journaliste et analyste politique Mohamed Ag Ahmedou a livré une analyse particulièrement critique de la situation politique malienne actuelle.
Selon lui, les communautés touarègues et arabes du nord du Mali vivent depuis plusieurs décennies dans un cycle de violences, de représailles et de marginalisation politique.

Il a accusé plusieurs régimes maliens successifs d’avoir répondu aux crises par la répression militaire plutôt que par des solutions politiques durables.
Mohamed Ag Ahmedou a également évoqué le travail de la Commission vérité, justice et réconciliation mise en place après l’Accord d’Alger de 2015.
Selon lui, cette commission avait commencé à documenter les violences et les responsabilités liées aux différentes phases du conflit malien avant que ses travaux ne soient marginalisés après l’arrivée au pouvoir de l’auto proclamé Général d’armée Assimi Goïta à la suite de deux coups d’État militaires en 2020 et 2021.

Plusieurs autres personnalités ont pris la parole durant les débats.
Gaoussou Dembia, représentant du Parti Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance, SADI, du docteur Oumar Mariko ont appelé à la paix et à l’apaisement au Mali.
Gaoussou a également appelé le public à observer une minute de silence en mémoire des victimes des violences au Sahel et elle a été observée.
L’influenceur malien Boubacar Soumaoro, connu sous le nom de Bouba Fani, a également appelé à la paix et à la réconciliation après avoir aussi dénoncé les dérives autoritaires du régime malien actuel et les souffrances touchant différentes communautés du pays.

Au-delà des débats politiques, la journée culturelle a également été marquée par plusieurs prestations de contes touaregs et musicales de groupes touaregs venus du Mali et du Niger.
Les artistes ont interprété des chansons engagées célébrant l’Azawad, la mémoire des luttes touarègues et l’attachement culturel des populations sahariennes à leur territoire historique.
Danses traditionnelles, rythmes de guitare touarègue et chants en tamasheq ont accompagné cette célébration identitaire sous les applaudissements d’un public venu nombreux.

À travers ces performances artistiques, les organisateurs ont voulu rappeler que la question touarègue ne se limite pas à une revendication politique ou sécuritaire, mais s’inscrit également dans une histoire culturelle et mémorielle profondément enracinée dans l’espace sahélo-saharien.

Cette journée de Rennes a finalement illustré la montée en puissance d’une diaspora touarègue européenne de plus en plus mobilisée sur les questions politiques, mémorielles et humanitaires liées au Sahel.
Entre défense de l’identité culturelle, dénonciation des violences contre les civils et revendications politiques autour de l’Azawad, les intervenants ont cherché à ouvrir un espace de réflexion sur l’avenir des relations entre les États sahéliens et les populations touarègues.

Au fil des débats, une même idée est revenue avec insistance , c’est que sans justice, reconnaissance historique et dialogue politique inclusif, les fractures qui traversent le Mali et le Sahel risquent de continuer à alimenter les cycles de violence et de défiance entre les populations et les États centraux.

Par la rédaction du Méhari Post.

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