Un tribunal pénal à Nouakchott a condamné deux députés de l’opposition à quatre ans de prison dans une affaire qui a ravivé l’attention internationale sur le bilan des droits humains, les inégalités raciales et l’héritage de l’esclavage dans le pays.
Les parlementaires Marieme Cheikh Dieng et Ghamou Achour ont été reconnues coupables de « atteinte aux symboles de l’État » et de « appel à des rassemblements susceptibles de porter atteinte à la sécurité publique », selon les avocats de la défense.
Les accusations découlent de publications sur les réseaux sociaux dans lesquelles elles critiquaient le président Mohamed Ould Ghazouani et affirmaient que le système judiciaire mauritanien est dominé par une élite arabe marginalisant les citoyens noirs et les descendants d’anciens esclaves.
À ce stade, le gouvernement mauritanien n’a pas publié de déclaration officielle sur ces condamnations.
Ce jugement a relancé le débat sur les libertés politiques et la discrimination raciale en Mauritanie, qui a officiellement aboli l’esclavage en 1981. Malgré cela, des organisations internationales continuent de signaler la persistance de formes d’esclavage héréditaire et d’exploitation associée.
Selon l’indice mondial de l’esclavage 2023, environ 149 000 personnes vivaient en Mauritanie dans des conditions assimilées à l’esclavage moderne en 2021, y compris le travail forcé et le mariage forcé, pour une population d’environ 4,7 millions d’habitants.
Des organisations de défense des droits humains, notamment Amnesty International et le United States Department of State, ont documenté à plusieurs reprises ce qu’elles décrivent comme une discrimination structurelle enracinée touchant les Haratines ainsi que d’autres communautés afro-mauritaniennes.
Bien que les autorités aient mis en place des mesures pour lutter contre l’esclavage héréditaire, y compris des tribunaux spécialisés, les critiques estiment que leur application reste inégale en raison de ressources limitées et d’un soutien institutionnel insuffisant.
Des militants des droits humains accusent également les autorités de cibler les défenseurs de l’abolition de l’esclavage et les opposants par des arrestations et des pressions judiciaires.
Les deux députés sont affiliées à l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste, dirigée par Biram Dah Abeid, une figure majeure de la lutte contre l’esclavage et la discrimination raciale.
Bien que ce mouvement ne soit pas reconnu officiellement comme parti politique, il a étendu son influence par des alliances politiques, permettant à des candidats affiliés d’accéder au parlement.
Biram Dah Abeid a dénoncé les poursuites comme étant politiquement motivées et faisant partie d’une tentative plus large de faire taire les critiques du gouvernement.
Ce verdict intervient dans un contexte de surveillance internationale accrue des libertés civiles et de la gouvernance en Mauritanie, où les questions de race, d’identité et d’esclavage restent particulièrement sensibles.
Des observateurs estiment que cette affaire pourrait accentuer les tensions entre les autorités et les organisations de la société civile appelant à une plus grande inclusion et à une meilleure protection des groupes marginalisés.







