Une frappe de drone visant la résidence d’un commandant important d’une milice pro-gouvernementale dans l’État d’Al-Jazira au Soudan a intensifié les inquiétudes quant à l’expansion de la guerre par drones dans le conflit civil du pays, alors que les combats entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Rapid Support Forces entrent dans leur quatrième année.
Selon plusieurs observateurs du conflit et sources régionales, la frappe a eu lieu le 2 mai dans la zone d’Al-Kahli Zaidan, dans l’État d’Al-Jazira, et a ciblé le domicile d’Abu Aqla Kaykal, commandant des Forces du Bouclier du Soudan, une faction armée alignée sur les SAF.
Des rapports indiquent que plusieurs membres de la famille de Kaykal ont été tués dans l’attaque, dont son frère. Kaykal lui-même ne figurait pas parmi les victimes confirmées au moment de la rédaction. La frappe a été largement attribuée aux RSF, bien que le groupe n’ait pas publié de déclaration officielle revendiquant l’attaque.
L’incident marque une nouvelle escalade dans la nature de plus en plus personnalisée du conflit soudanais, où les commandants, les milices alliées et les réseaux civils associés sont devenus des cibles directes dans une guerre qui a progressivement dépassé les lignes de front conventionnelles.
Intensification de la guerre par drones
Les organisations de défense des droits humains et les observateurs internationaux ont à plusieurs reprises averti de l’utilisation croissante de drones par les SAF et les RSF. L’emploi de systèmes aériens sans pilote s’est accéléré dans le centre du Soudan, notamment dans des régions contestées comme Al-Jazira, Khartoum et certaines parties du Darfour.
Le Bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme et d’autres organismes de surveillance ont exprimé leur inquiétude face au fait que les opérations de drones frappent fréquemment des quartiers résidentiels, des marchés et des infrastructures civiles, contribuant à l’augmentation des pertes civiles et des déplacements.
Les analystes militaires soulignent que, bien que les frappes de drones visent souvent à perturber les structures de commandement ou à éliminer des figures stratégiques, les attaques ciblant des domiciles liés à des chefs militaires augmentent considérablement les risques pour les civils. La frappe d’Al-Kahli Zaidan reflète une tendance plus large où les résidences privées et les complexes familiaux sont intégrés dans la logique opérationnelle du conflit.
Conflit enlisé dans une impasse
La guerre civile au Soudan, qui a éclaté en avril 2023 à la suite d’une lutte de pouvoir entre le chef des SAF, le général Abdel Fattah al-Burhan, et le commandant des RSF, Mohamed Hamdan Dagalo, connu sous le nom de Hemedti, reste enfermée dans une impasse destructrice.
Malgré des offensives périodiques et des changements territoriaux, aucun des deux camps n’a réussi à obtenir une supériorité militaire décisive. Les analystes décrivent de plus en plus le conflit comme une phase de « stabilisation négative », caractérisée par une destruction continue des infrastructures, un effondrement économique et une insécurité persistante sans progrès politique significatif.
Les SAF continuent de s’appuyer sur un réseau de groupes armés alliés et de milices régionales, y compris les Forces du Bouclier du Soudan, tandis que les RSF maintiennent leur mobilité opérationnelle grâce à des unités décentralisées et une influence territoriale étendue dans l’ouest et le centre du Soudan.
Aggravation de l’urgence humanitaire
La guerre en cours a engendré l’une des plus grandes crises humanitaires au monde. Des millions de civils ont été déplacés à l’intérieur du pays ou contraints de fuir vers des pays voisins, notamment le Tchad, le Soudan du Sud, l’Égypte et l’Éthiopie.
Les agences d’aide avertissent que la poursuite des combats dans des régions agricoles telles que l’État d’Al-Jazira menace la production alimentaire et l’accès humanitaire à un moment critique. La destruction des routes de transport, des installations de stockage et des infrastructures civiles a encore compliqué les opérations de secours.
Les organisations internationales continuent d’appeler à la reprise des négociations de cessez-le-feu et à une meilleure protection des civils, mais les efforts diplomatiques n’ont jusqu’à présent pas permis d’aboutir à un règlement politique durable.
La frappe d’Al-Kahli Zaidan souligne la volatilité persistante du conflit et met en lumière les dangers croissants auxquels sont confrontés les civils vivant dans des zones liées à des activités militaires ou de milices.







