Au 28 février 2026, le sud du Liban reste soumis à une tension militaire persistante malgré le cessez-le-feu conclu en novembre 2024. Des données de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et de Médecins Sans Frontières (MSF) indiquent que ce qui devait être une cessation des hostilités s’est transformé en une « pause fragile » de plus en plus fragilisée par des violations répétées.
Multiplication des violations du cessez-le-feu
Malgré l’accord de novembre 2024, les opérations militaires se poursuivent à un rythme régulier. La FINUL et les autorités libanaises font état de plus de 15 400 violations du cessez-le-feu attribuées aux forces israéliennes depuis l’entrée en vigueur de la trêve.
Depuis le début du cessez-le-feu, au moins 370 personnes ont été tuées au Liban par des tirs israéliens, selon des données vérifiées par l’ONU, dont 127 civils. Au cours de la dernière semaine de février seulement, 14 personnes ont été tuées, dont un adolescent syrien de 16 ans dans la vallée de la Bekaa et une ressortissante éthiopienne.
Les responsables israéliens affirment que les opérations en cours sont nécessaires pour faire respecter la clause de « non-réarmement », accusant le Hezbollah de tenter de reconstruire ses infrastructures militaires en violation de l’accord.
Extension géographique des frappes
Les opérations militaires menées entre la mi et la fin février 2026 se sont concentrées sur plusieurs zones clés :
Iqlim al-Tuffah et Nabatieh :
Des avions de guerre israéliens ont mené des frappes aériennes en plusieurs vagues visant les hauteurs de Qatrani, Jabal al-Rayhan et Houmine al-Fawqa. Bien que situées au nord du fleuve Litani, ces zones sont souvent présentées par Israël comme des corridors logistiques présumés du Hezbollah. Les rapports font état de dégâts importants aux infrastructures, sans victimes confirmées.
Markaba et Yaroun (district de Bint Jbeil) :
La localité de Markaba a subi des attaques répétées par drones quadricoptères larguant des engins explosifs. Des détonations au sol ont également été signalées près de Yaroun, causant d’importants dégâts matériels, tandis que le bilan humain reste incertain.
La vallée de la Bekaa :
Des frappes sur des immeubles résidentiels à Bednayel et Kfar Dan, près de Baalbek, les 20 et 21 février, ont fait entre 10 et 12 morts, dont trois enfants, l’un des incidents les plus meurtriers depuis le début de 2026.
Saïda (camp d’Ain al-Hilweh) :
Des frappes de drones et des bombardements aériens près du camp palestinien d’Ain al-Hilweh ont fait deux morts, selon des sources humanitaires.
Aggravation de la crise de déplacement
Au-delà des pertes humaines, les agences humanitaires alertent sur une aggravation de la crise de déplacement.
Début 2026, les forces israéliennes ont émis 13 nouveaux ordres d’évacuation concernant plus de 1 400 unités résidentielles, tandis que des dizaines de milliers d’habitants restent dans l’incapacité de regagner les localités frontalières.
Le Conseil norvégien pour les réfugiés a indiqué qu’une intensification des frappes en janvier — avec plus de 50 incidents enregistrés — a pratiquement suspendu les efforts de reconstruction dans le sud.
Des experts de l’ONU ont également signalé en février qu’Israël maintient une présence militaire dans cinq points stratégiques et deux zones tampons au nord de la Ligne bleue, une situation que les autorités libanaises jugent contraire à l’accord de cessez-le-feu de 2024.
Désaccord sur le désarmement au sud du Litani
Au cœur des tensions se trouve le différend sur la clause de désarmement liée au fleuve Litani.
Le gouvernement libanais a lancé un plan en cinq phases visant à instaurer un « monopole de l’État sur les armes », affirmant que la première phase — la sécurisation du territoire au sud du Litani — est sur le point d’être achevée.
Le Hezbollah soutient toutefois que l’obligation de désarmement ne concerne que la zone au sud du fleuve et refuse d’abandonner ce qu’il qualifie d’arsenal « défensif » tant que des forces israéliennes restent présentes sur le territoire libanais.
L’armée israélienne affirme que la poursuite des frappes vise à faire respecter l’interdiction de réarmement, accusant le Hezbollah de tenter de restaurer ses capacités militaires sous couvert du cessez-le-feu.
Perspectives
Près de quinze mois après la trêve de novembre 2024, le sud du Liban demeure dans une situation d’instabilité persistante. Si une guerre à grande échelle a été évitée, la fréquence des violations, l’augmentation des victimes civiles, les différends territoriaux non résolus et l’impasse sur le désarmement indiquent que le cessez-le-feu subit une pression croissante.
Les observateurs internationaux avertissent que sans une relance des efforts diplomatiques et des mécanismes d’application plus clairs, la « pause » actuelle risque de s’effondrer et de déboucher sur une confrontation plus large.







