Une présence accrue des forces de police et de sécurité à Juba s’inscrit dans ce que les autorités décrivent comme une « campagne nationale de préparation » en vue des premières élections générales de l’histoire du Soudan du Sud, prévues en décembre 2026.
Selon des responsables du Service national de police du Soudan du Sud, le déploiement accru de personnel armé, de véhicules blindés et de patrouilles coordonnées ne répond pas à une menace immédiate, mais constitue un effort structuré visant à tester et renforcer le dispositif de sécurité électorale du pays.
Le porte-parole de la police, le général de division Daniel Justin, a indiqué que les opérations en cours sont des « exercices de sécurité » axés sur trois priorités : le contrôle des foules, le déploiement rapide et la coordination interinstitutionnelle.
Des exercices de simulation sont actuellement menés dans la capitale afin de former les forces à la gestion des grands rassemblements et des troubles potentiels à l’aide de moyens non létaux, tout en évaluant les délais de réponse entre les différentes zones pour assurer une mobilisation efficace des unités d’intervention rapide pendant la période électorale.
Un volet essentiel de ces exercices concerne la coordination entre la police nationale et les Forces unifiées nécessaires, un dispositif conjoint issu de l’accord de paix de 2018, visant à tester les structures de commandement et la cohésion opérationnelle des unités intégrées.
Malgré l’accélération des préparatifs sécuritaires, les processus électoraux clés en sont encore à leurs débuts. La Commission électorale nationale a indiqué que l’inscription des électeurs devrait débuter entre juillet et septembre 2026, avec des préparatifs en cours en partenariat avec les Nations unies pour déployer le matériel, notamment dans les zones reculées et affectées par les inondations.
Les cadres juridiques et institutionnels restent également en cours d’élaboration, avec des débats au sein de l’Assemblée législative nationale de transition sur l’adoption d’une constitution permanente et la finalisation des lois électorales. Des acteurs internationaux, dont les pays de la Troïka, ont appelé à finaliser ces cadres d’ici juin 2026 afin de garantir la crédibilité du scrutin.
L’enjeu est d’autant plus important que le mandat du gouvernement de transition expire en février 2027, faisant des élections de décembre 2026 la dernière opportunité de respecter les engagements de la feuille de route actuelle.
La Mission des Nations unies au Soudan du Sud soutient les préparatifs, notamment en matière de formation des forces de sécurité. Environ 15 000 policiers suivent des formations portant sur les droits de l’homme et la sécurisation des élections, des programmes qui devraient s’achever en octobre 2026.
Toutefois, des responsables onusiens ont exprimé des inquiétudes quant à la préparation opérationnelle. Le chef de la mission, Nicholas Haysom, a souligné que la crédibilité des élections dépendra du déploiement complet des forces unifiées et du paiement régulier de leurs soldes, alors que des contraintes budgétaires maintiennent des milliers d’agents dans les centres de formation sans capacité de déploiement immédiat.
Ce renforcement sécuritaire reflète également une instabilité nationale plus large, les autorités cherchant à protéger la capitale contre la montée des violences intercommunautaires dans des régions telles que la zone administrative du Grand Pibor et l’État de Warrap.
Le ministère de l’Intérieur a appelé la population à ne pas s’inquiéter de cette présence sécuritaire accrue, la qualifiant de mesure de préparation routinière, tout en recommandant aux citoyens de porter en permanence des documents d’identité, les points de contrôle et les patrouilles devant s’intensifier dans les mois à venir.
À l’approche des élections historiques, la situation à Juba illustre à la fois des progrès et des vulnérabilités persistantes, le succès du processus électoral dépendant largement du consensus politique, de l’efficacité logistique et du maintien du soutien international.







