Les opérations du groupe armé Lakurawa ont connu une escalade dramatique au cours des premières semaines de 2026, passant d’un mouvement localisé dans le nord-ouest du Nigeria à une série d’attaques coordonnées et stratégiques touchant plusieurs États, selon des sources sécuritaires et des autorités locales.
Massacres dans l’État de Kwara
En février, des hommes armés identifiés comme membres de Lakurawa ont attaqué de manière coordonnée les villages de Woro et Noko, dans l’État de Kwara, à l’ouest du pays.
Au moins 162 personnes, dont des femmes et des enfants, ont été tuées, selon des responsables locaux. Des témoins ont déclaré que des habitants avaient été rassemblés, ligotés puis exécutés, tandis que des commerces étaient incendiés.
Des autorités locales ont indiqué que l’attaque aurait été menée en représailles au refus des villageois d’autoriser des prêches du groupe dans les mosquées.
Attaques dans l’État de Kebbi
Fin janvier et début février, Lakurawa a mené une série d’attaques contre des villages frontaliers dans l’État de Kebbi.
Des dizaines d’élèves ont été enlevés dans des écoles rurales, selon des responsables locaux, dans un mode opératoire rappelant celui utilisé par le groupe jihadiste Boko Haram. Des milliers de têtes de bétail auraient également été pillées afin de financer les opérations du groupe, provoquant le déplacement de nombreux agriculteurs.
Attaques à Sokoto et Kaduna
En janvier, le groupe a mené des attaques nocturnes contre des postes de police dans les zones de Tangaza et Gudu, dans l’État de Sokoto, afin de s’emparer d’armes et de munitions, selon des responsables sécuritaires.
Des sources sécuritaires ont également fait état d’une coordination avec des groupes criminels locaux pour cibler des églises dans l’État de Kaduna, où près de 200 personnes auraient été enlevées. Des engins explosifs improvisés (IED) auraient été utilisés pour entraver l’arrivée des renforts de l’armée nigériane.
Des responsables sécuritaires ont indiqué que le groupe avait utilisé pour la première fois de petits drones de reconnaissance avant certaines attaques, illustrant une montée en capacité technologique.
Évolution et liens avec l’État islamique
Apparu fin 2024 dans des zones rurales de l’État de Sokoto, Lakurawa était initialement perçu comme un groupe d’autodéfense appelé par des communautés locales pour lutter contre les bandits armés.
Mais selon l’armée nigériane, le groupe s’est progressivement transformé en organisation extrémiste liée à l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP). Les autorités affirment qu’il impose désormais des prélèvements assimilés à la « zakat » et applique des règles strictes dans les zones sous son influence.
Des rapports sécuritaires indiquent que des combattants venus du Niger et du Mali auraient renforcé ses rangs, contribuant à son expansion transfrontalière.
Riposte sécuritaire
L’armée de l’air nigériane a mené des frappes dans les forêts de Sokoto et de Kebbi en janvier et février, visant des camps présumés du groupe.
Des responsables américains ont indiqué que des frappes menées en décembre 2025 dans l’État de Sokoto visaient des chefs présumés de Lakurawa afin d’empêcher l’expansion du groupe vers des infrastructures stratégiques.
La transformation du groupe, passé d’un mouvement local d’autodéfense à une organisation armée dotée d’objectifs idéologiques et régionaux, constitue l’une des évolutions sécuritaires les plus préoccupantes dans le nord-ouest du Nigeria.







