Les tensions entre les autorités militaires du Niger et la France se sont fortement intensifiées à la suite d’une attaque contre l’aéroport de Niamey et de la nationalisation d’une société clé d’extraction d’uranium, dans un contexte de rupture diplomatique et de rivalités économiques croissantes.
Attaque de la base aérienne 101 et accusations contre Paris
L’attaque du 29 janvier contre la base aérienne 101, située à l’aéroport international de Niamey, a marqué un nouveau tournant dans la crise entre Niamey et Paris.
Dans une allocution télévisée, le chef de l’État nigérien, le général Abdourahamane Tiani, a accusé la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et des forces spéciales françaises d’avoir « financé et poussé » des mercenaires pour déstabiliser le pays. Il a affirmé qu’un montant de 300 millions de francs CFA aurait été versé à des groupes armés, citant le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS).
Selon le ministère nigérien de la Défense, les forces armées ont neutralisé 20 assaillants et en ont capturé 11. Quatre soldats nigériens ont été blessés. Les autorités ont signalé des dégâts matériels affectant trois avions civils et au moins cinq aéronefs militaires, dont un hélicoptère.
L’attaque a toutefois été revendiquée le 30 janvier par l’État islamique au Sahel via son organe de propagande Amaq, compliquant la version officielle des faits.
Un proche conseiller du chef de l’État a appelé la population à « se préparer à une guerre avec la France », accentuant la confrontation diplomatique.
Uranium : nationalisation et arbitrage
Sur le plan économique, la crise s’est aggravée avec la nationalisation en février de la Société des mines de l’Aïr (Somaïr), exploitée jusqu’alors en partenariat avec le groupe français Orano.
Les autorités nigériennes ont annoncé la prise de contrôle totale de la société, invoquant la souveraineté nationale sur les ressources stratégiques. Environ 1 000 tonnes d’uranium, évaluées à près de 250 millions d’euros, sont actuellement stockées à l’aéroport de Niamey.
Le général Tiani a déclaré que le Niger pourrait restituer à la France sa « quote-part historique », mais que toute production future relèverait exclusivement de l’État nigérien.
De son côté, Orano a engagé des procédures d’arbitrage international, dénonçant une « spoliation » de ses actifs. Les autorités nigériennes ont indiqué vouloir redéfinir leurs partenariats miniers, en se rapprochant notamment de nouveaux acteurs tels que la Russie et la Turquie.
Environnement régional fragile
Au-delà du différend avec Paris, Niamey accuse le Bénin et la Côte d’Ivoire d’abriter des « bases arrières » destinées à soutenir des opérations de déstabilisation, des accusations rejetées par les deux pays.
La situation sécuritaire reste fragile, en particulier dans la région de Tillabéri. L’attaque du 18 janvier à Bosiye, qui a fait 31 victimes civiles, illustre la persistance de la menace jihadiste malgré le renforcement de la coopération militaire avec le groupe russe Africa Corps.
Les ambassades occidentales et les agences humanitaires des Nations unies maintiennent un niveau d’alerte élevé à Niamey et dans ses environs, soulignant l’imprévisibilité croissante des activités des groupes armés.
La combinaison d’accusations sécuritaires graves, d’un différend stratégique autour de l’uranium et d’un environnement régional instable place le Niger au centre d’une confrontation diplomatique majeure, alors que des procédures juridiques internationales pourraient s’annoncer longues et complexes.







