Au moins six mineurs ont été tués et des dizaines d’autres restent piégés après l’effondrement d’une mine d’or dans le district d’Abu Jubaiha, au Sud-Kordofan, ont indiqué samedi des sources médicales et humanitaires.
Le Sudan Doctors Network, une organisation médicale opérant dans les zones touchées par le conflit, a confirmé la mort de six mineurs sur place. Douze survivants blessés ont été extraits des décombres et transportés vers des centres de santé voisins, tandis que les équipes de secours poursuivent leurs recherches pour atteindre un nombre indéterminé de mineurs toujours ensevelis sous terre.
L’effondrement s’est produit dans un puits de mine artisanale à Abu Jubaiha, une région marquée par une expansion rapide de l’extraction informelle de l’or malgré l’insécurité persistante et la faiblesse du contrôle de l’État.
Des accidents mortels à répétition
L’incident s’inscrit dans une série d’effondrements meurtriers survenus ces dernières années au Soudan, mettant en évidence les graves défaillances en matière de sécurité dans un secteur aurifère largement non réglementé.
L’exploitation minière artisanale et à petite échelle représente environ 80 % de la production d’or du pays. Ces activités reposent généralement sur des puits creusés à la main, des outils rudimentaires et des galeries instables dépourvues de soutènement ou de ventilation. Les normes de sécurité sont largement absentes, exposant les mineurs aux risques d’effondrement, d’asphyxie et d’empoisonnement chimique.
Des groupes de santé ont également alerté sur l’utilisation généralisée du mercure et du cyanure dans l’extraction de l’or, mettant en garde contre des dommages environnementaux et sanitaires à long terme.
L’or, pilier de l’économie soudanaise
Depuis la sécession du Soudan du Sud en 2011, qui a privé Khartoum de la majorité de ses revenus pétroliers, l’or est devenu la principale source de devises étrangères du Soudan.
Selon les chiffres officiels, le pays a produit environ 70 tonnes d’or en 2025, un niveau record salué par le ministère des Mines. Les critiques estiment toutefois que cette dépendance aux revenus aurifères a dissuadé les autorités de faire appliquer les règles de sécurité ou de fermer les sites miniers dangereux.
Plus de deux millions de Soudanais seraient employés dans le secteur minier, souvent dans des conditions informelles et dangereuses.
La guerre affaiblit la régulation
Le conflit en cours entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF) a encore affaibli la capacité de l’État à réguler les activités minières, en particulier dans des régions instables comme le Sud-Kordofan.
Des analystes et organisations humanitaires affirment que les deux camps s’appuient sur les revenus de l’or pour financer leurs opérations militaires, transformant les zones minières en actifs stratégiques où la production prime souvent sur la sécurité des travailleurs.
Appels à la responsabilité
Dans un communiqué, le Sudan Doctors Network a appelé les autorités à aller au-delà des condoléances et à instaurer des normes de sécurité contraignantes, des inspections régulières et des mesures de préparation aux urgences, qualifiant les décès répétés de « négligence institutionnelle ».
Le ministère des Mines n’a pas encore publié de déclaration détaillée sur l’effondrement d’Abu Jubaiha. Les opérations de secours se poursuivent et le bilan humain devrait s’alourdir à mesure que les recherches progressent.







