La Türkiye a intensifié ses efforts diplomatiques et sécuritaires face à l’aggravation des troubles en Iran, en adoptant une stratégie à double voie visant à prévenir un conflit régional plus large tout en encourageant discrètement Téhéran à s’attaquer aux causes économiques de sa crise interne par le biais d’une coopération internationale.
Selon des déclarations officielles et des briefings diplomatiques début janvier, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a multiplié les contacts de haut niveau avec des responsables iraniens et américains, alors qu’Ankara cherche à désamorcer les tensions entre Téhéran et Washington tout en protégeant ses propres intérêts sécuritaires.
Diplomatie de navette
Des sources diplomatiques turques ont indiqué que Hakan Fidan s’est engagé dans une intense « diplomatie de navette » ces derniers jours. Entre le 13 et le 14 janvier, il s’est entretenu à deux reprises par téléphone avec le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, axant les discussions sur la prévention d’une nouvelle escalade et l’encouragement d’un dialogue politique et économique avec la communauté internationale.
Parallèlement, Fidan a rencontré à Ankara l’envoyé américain Tom Barrack, afin d’exprimer les inquiétudes d’Ankara concernant le risque d’une escalade militaire américaine sous l’administration du président Donald Trump. Les autorités turques ont averti qu’une intervention militaire étrangère en Iran pourrait déclencher une guerre régionale, déstabiliser les pays voisins et provoquer de nouvelles crises migratoires et sécuritaires.
La notion de « zone grise »
Dans une déclaration officielle cette semaine, Hakan Fidan a qualifié les troubles en Iran de situation relevant d’une « zone grise », rejetant à la fois la lecture d’une révolution idéologique et la thèse iranienne d’une subversion exclusivement étrangère.
L’analyse officielle de la Türkiye estime que les manifestations trouvent principalement leur origine dans des difficultés économiques liées à une longue période d’isolement international. Les responsables turcs considèrent que qualifier la crise de révolution risquerait de légitimer une intervention extérieure, à laquelle Ankara s’oppose fermement.
Coordination sécuritaire discrète avec Téhéran
Malgré son opposition à toute intervention étrangère, Ankara demeure préoccupée par les risques sécuritaires liés à l’instabilité iranienne.
Des sources sécuritaires indiquent que les services de renseignement turcs ont récemment alerté le Corps des gardiens de la révolution islamique sur des tentatives de groupes armés d’exploiter les troubles pour s’infiltrer depuis le nord de l’Irak.
Calcul stratégique
Les analystes estiment que la position turque reflète un délicat exercice d’équilibre entre prévention de la guerre, encouragement des réformes économiques iraniennes et protection des intérêts nationaux turcs.







