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Des explosions secouent Addis-Abeba, ouvrant l’hypothèse d’une guerre éthiopienne parvenue jusqu’au cœur de la capitale

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Pour la première fois depuis la reprise des combats dans le nord de l’Éthiopie, les échos de la guerre semblent avoir dépassé les lignes de front du Tigré, de l’Afar et de l’Amhara pour atteindre, selon des récits concordants provenant de plusieurs sources, le ciel même de la capitale, Addis-Abeba. Des explosions ont été entendues dans la nuit de mercredi à jeudi dans la ville, un incident dont les détails demeurent flous, mais suffisant pour relancer avec une acuité nouvelle une question jusque-là moins pressante : les forces de l’opposition armée sont-elles désormais capables de frapper directement le centre du pouvoir éthiopien ?

Ce qui a réellement été entendu dans la capitale

Trois sources diplomatiques ont confirmé à Reuters avoir entendu des explosions pendant la nuit à Addis-Abeba, tandis que l’Agence France-Presse a cité une source diplomatique et un habitant affirmant qu’une explosion s’était produite précisément à proximité du quartier général du commandement des Forces de défense nationale éthiopiennes. Un habitant a décrit avoir entendu des « bruits inquiétants » pendant plusieurs minutes avant l’explosion, tandis qu’une source diplomatique étrangère a indiqué avoir entendu une détonation vers minuit, provenant de la direction du quartier général militaire, sans pouvoir en préciser l’origine exacte ni la nature.

Le récit de l’opposition face au silence du gouvernement

Une source proche de l’alliance des groupes armés combattant les forces gouvernementales dans le nord du pays a déclaré à Reuters que c’est cette alliance qui avait mené l’attaque, à l’aide de plusieurs drones ayant visé des cibles à l’intérieur de la capitale, dont le quartier général du commandement militaire lui-même. Reuters a toutefois précisé n’avoir pu vérifier cette affirmation de manière indépendante, des témoins ayant par ailleurs indiqué n’avoir constaté aucun dégât apparent aux abords de la base militaire.

L’absence de toute réaction officielle a accentué le flou entourant cet incident : aucune déclaration gouvernementale n’est venue préciser les causes des explosions ni la nature d’éventuelles cibles touchées, et les porte-parole du cabinet du Premier ministre Abiy Ahmed, du gouvernement fédéral et de l’armée éthiopienne n’ont pas répondu aux demandes de commentaire au moment de la publication de cet article. Ce silence laisse la porte ouverte à plusieurs hypothèses : une véritable attaque de drones, une explosion accidentelle d’origine interne, voire une tentative d’interception d’appareils suspects dans le ciel de la capitale.

Pourquoi cette allégation pourrait marquer un tournant

Si le récit d’une frappe de drones venait à être confirmé, il s’agirait de la première fois que des forces opposées au gouvernement éthiopien utiliseraient des drones armés pour frapper Addis-Abeba, située à plusieurs centaines de kilomètres des lignes de front effectives dans le nord. L’enjeu ne résiderait pas uniquement dans l’ampleur des dégâts éventuels, mais dans une portée plus profonde : la capacité à pénétrer l’un des sites les plus sensibles du pays, et à entamer la supériorité aérienne et technologique dont les forces fédérales ont bénéficié tout au long de la guerre.

Des analystes estiment que la simple possession, par l’opposition, d’une telle capacité — si elle se confirmait — revêtirait une portée politique dépassant largement l’impact militaire direct, dans la mesure où elle fragiliserait le récit gouvernemental selon lequel la guerre demeurerait une crise lointaine, cantonnée aux régions du nord, et placerait les institutions sécuritaires et militaires sous une pression directe et sans précédent.

On ignorait jusqu’ici que l’alliance de l’opposition disposait d’un arsenal de drones armés, mais des indices apparus ces derniers jours suggèrent qu’elle aurait acquis certains composants de cette technologie. Des forces proches du gouvernement ont affirmé avoir découvert des châssis de drones et des batteries en possession de combattants liés au Front de libération du peuple du Tigré, sans que cette allégation n’ait, elle non plus, fait l’objet d’une vérification indépendante.

Une interdiction aérienne décrétée quelques heures avant les explosions

Le calendrier de l’une des mesures de sécurité ajoute une couche supplémentaire d’incertitude à cet incident : quelques heures seulement avant les explosions, le Service national de renseignement et de sécurité éthiopien avait annoncé l’interdiction, pour une durée indéterminée, de tout vol de drones au-dessus d’Addis-Abeba et de ses environs, invoquant des « considérations sécuritaires » sans autre précision.

Cette concomitance soulève une question légitime : les services de sécurité disposaient-ils d’informations préalables sur une menace imminente, ou avaient-ils détecté une activité inhabituelle de drones à proximité de la capitale avant même l’incident ? Cette interdiction demeure néanmoins un indice circonstanciel, insuffisant à lui seul pour établir que les explosions résultent effectivement d’une attaque aérienne, en l’absence notamment d’images documentées de dégâts ou de débris de drones, ou de toute confirmation officielle du gouvernement.

Un contexte plus large : une guerre qui s’étend plutôt qu’elle ne reflue

Cet incident survient alors que l’Éthiopie traverse son escalade militaire la plus grave depuis la signature de l’accord de Pretoria, en novembre 2022, qui avait mis fin à deux années de guerre entre le gouvernement fédéral et le Front de libération du peuple du Tigré. Les affrontements ont repris le 23 septembre, à la suite de la formation d’une nouvelle alliance regroupant sept groupes armés d’opposition, menée par le Front de libération du peuple du Tigré, aux côtés d’autres factions dont le mouvement Fano et l’Armée de libération oromo.

Les deux camps s’accusent mutuellement quant à la nature de cette escalade : le gouvernement reproche au Front et à ses alliés d’avoir lancé des attaques dans les régions d’Afar et d’Amhara et d’avoir pris le contrôle d’aéroports à l’intérieur du Tigré, tandis que le Front qualifie son action de « guerre défensive » en réponse à des bombardements d’artillerie et à des frappes aériennes gouvernementales. Ces affrontements ont déjà entraîné la fermeture d’aéroports, la suspension de vols et le déplacement de dizaines de milliers de personnes, tandis que les forces proalgouvernementales ont annoncé des avancées dans le sud du Tigré et la reconquête de localités dans la région de l’Afar. La plupart des affirmations de terrain avancées par les deux camps demeurent extrêmement difficiles à vérifier de manière indépendante.

Au-delà de l’ampleur des dégâts

Même s’il s’avérait par la suite que la frappe — à supposer qu’elle ait bien eu lieu — ait été d’une portée limitée ou n’ait causé que des dégâts négligeables, le simple fait que des drones hostiles aient pu atteindre le ciel d’Addis-Abeba porterait en lui-même un message politique et sécuritaire lourd de sens. La capitale n’abrite pas seulement le siège du gouvernement fédéral et le haut commandement militaire : elle accueille également le siège de l’Union africaine ainsi qu’un grand nombre d’ambassades étrangères et d’organisations internationales.

Si la nature exacte de ces explosions reste à ce jour non élucidée, l’incident révèle à lui seul que l’accord de Pretoria traverse une véritable épreuve existentielle, et que la guerre dont Addis-Abeba pensait avoir définitivement tourné la page en 2022 pourrait cette fois ressurgir avec des fronts plus étendus, des alliances d’opposition plus complexes, et, peut-être pour la première fois, des armes capables d’atteindre le cœur même de la capitale.

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