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OPINION

AZAWAD — KIDAL REPRISE SANS BATAILLE

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Derrière le silence des armes se trouvent, les nouvelles lignes de la guerre.

Mardi 6 octobre, les forces maliennes et leurs partenaires russes de l’Africa Corps sont entrés dans Kidal sans livrer de bataille directe. Le Front de libération de l’Azawad s’était retiré, qualifiant son départ de « repli stratégique ». Derrière cette reprise presque silencieuse de la capitale politique des Touaregs de l’Adrar des Ifoghas se dessine une nouvelle séquence du conflit, ralentissement du front entre le FLA et Bamako, poursuite de la guerre menée par le JNIM, rapprochement entre Bamako et Alger, déplacement des équilibres régionaux et possible ouverture de nouveaux canaux diplomatiques jusqu’à Benghazi.

Par Mohamed AG Ahmedou, journaliste, acteur de la société civile de Tombouctou et Taoudenni, rédacteur en chef du Méhari Post

Le désert où les guerres changent parfois de visage:

Dans l’immensité minérale de l’Adrar des Ifoghas, les guerres ne se terminent pas toujours par le fracas d’une bataille. Il arrive qu’elles changent de forme dans le silence : une colonne avance, une autre se retire, une ville change de mains, les drones continuent de parcourir le ciel et, loin des regards, des diplomaties parallèles peuvent commencer à redessiner les contours d’un conflit dont personne ne connaît encore l’issue. Mardi 6 octobre, les forces armées maliennes, appuyées par l’Africa Corps russe, sont entrées dans Kidal après le retrait du Front de libération de l’Azawad. La reprise de la ville s’est effectuée sans combat direct, le FLA présentant son départ comme un « repli stratégique et maîtrisé », destiné à préserver ses hommes et ses capacités militaires. Cette absence de bataille est sans doute l’un des éléments les plus importants de cette nouvelle séquence. Kidal n’est pas une ville comme les autres : elle est un symbole politique, territorial et historique de la contestation touarègue et demeure depuis plusieurs décennies l’un des principaux points de cristallisation du conflit entre Bamako et les mouvements armés du Nord.

Une tragédie humaine qui dépasse les cartes militaires:

C’est précisément cette dimension humaine que rappelle Tabanzambozite Alansary, analyste et spécialiste de l’Azawad, du Mali et des réalités géopolitiques algériennes et mauritaniennes, lorsqu’il écrit : « Il est des conflits dont le fracas des armes finit par attirer l’attention du monde. Et il en est d’autres qui, malgré leur gravité, se déroulent dans un silence presque assourdissant. La situation qui prévaut aujourd’hui dans l’Azawad appartient malheureusement à cette seconde catégorie. » Cette phrase pourrait servir de point de départ à la nouvelle séquence qui s’ouvre à Kidal. Depuis plusieurs années, la crise oppose les autorités de Bamako aux mouvements armés et aux communautés du Nord, mais la réduire à une confrontation militaire serait une erreur d’analyse. Derrière les affrontements se trouvent des populations déplacées, des villages vidés de leurs habitants, des familles séparées et une confiance profondément fragilisée entre une partie des populations et les institutions. Pour Alansary, « le véritable enjeu est également politique, territorial, identitaire et humain ». Cette réalité explique pourquoi la reprise d’une ville ne suffit pas à effacer les causes profondes d’un conflit.

Kidal : une ville reprise sans bataille, mais pas sans mystère

Pendant plusieurs mois, Kidal avait été contrôlée par le FLA, qui s’en était emparé dans le cadre d’une offensive menée avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaida. Le 6 octobre, ses combattants ont quitté la ville avant l’arrivée des forces maliennes. Cette évacuation s’est déroulée sans affrontement urbain majeur. Le FLA présente son départ comme un choix militaire destiné à préserver ses hommes et ses capacités. Pourtant, cette sortie pacifique laisse derrière elle une question essentielle : pourquoi le mouvement a-t-il choisi de quitter une ville qui constituait l’un des principaux symboles de sa lutte, précisément au moment où l’armée malienne semblait vouloir en reprendre le contrôle ? La réponse officielle évoque la pression aérienne et la nécessité de ne pas exposer inutilement les combattants. Cette explication mérite d’être entendue, mais elle n’épuise pas toutes les interrogations.

Le paradoxe des drones et du « repli stratégique »

La justification avancée par le FLA repose notamment sur les frappes de drones qui auraient rendu le maintien de ses forces à Kidal trop coûteux. L’argument n’est pas dénué de fondement : les derniers mois ont effectivement été marqués par une intensification des opérations aériennes maliennes et russes dans le Nord. Des drones Akinci et des drones de type Shahed ont été employés dans différentes opérations autour de Kidal, Tessalit, Tinzawatène et Talahandak. Mais une contradiction apparaît. Si la menace aérienne était le facteur déterminant, pourquoi Talahandak et Tinzawatène, deux localités où se concentrent une partie importante des populations civiles, des responsables politiques et des combattants azawadiens, continuent-elles d’être exposées à des frappes répétées ? Des analyses indépendantes ont notamment documenté l’emploi de drones de type Shahed dans le secteur de Talahandak. Cette contradiction ne permet pas d’affirmer qu’un accord politique existe derrière le retrait du FLA ; elle oblige cependant à considérer que la seule explication militaire pourrait ne pas suffire.

Après Tabrichate, le front du FLA semble ralentir

Dans les milieux azawadiens, beaucoup d’observateurs situent un tournant après la bataille de Tabrichate du 18 juillet et la libération de centaines de militaires maliens capturés par le FLA. Depuis cet épisode, le front entre le mouvement indépendantiste et les forces maliennes semble avoir considérablement ralenti. Le FLA aurait cessé de pousser son offensive contre plusieurs positions de l’armée malienne et de ses soutiens russes, tandis que le JNIM continue de mener des opérations offensives contre les forces gouvernementales. L’attaque de Dioura, le 10 septembre, illustre cette différence : l’assaut attribué au JNIM contre la base militaire malienne a fait de très nombreuses victimes parmi les soldats et démontré que la guerre contre les groupes djihadistes demeure particulièrement intense. Le conflit se retrouve ainsi divisé en plusieurs théâtres : d’un côté, le FLA et Bamako semblent entrer dans une phase de repositionnement militaire et politique ; de l’autre, le JNIM poursuit une guerre d’usure contre l’État malien. La reprise de Kidal doit être analysée à partir de cette dissociation.

Bamako-Alger : le retour de la diplomatie dans le désert:

Derrière cette apparente victoire militaire de Bamako, une question géopolitique s’impose : que s’est-il réellement passé entre le FLA, Bamako et les acteurs régionaux ? Le rapprochement diplomatique qui semble se dessiner entre les autorités maliennes dirigées par Assimi Goïta et l’Algérie du président Abdelmadjid Tebboune constitue l’une des variables les plus sensibles de cette nouvelle équation. Pendant des années, Alger a occupé une place particulière dans la crise malienne en raison de sa proximité géographique, de son influence historique et de sa capacité à dialoguer avec plusieurs protagonistes. La détérioration des relations entre Alger et Bamako avait profondément compliqué cette fonction de médiation. Si un réchauffement diplomatique est désormais perceptible, il ne peut qu’être observé avec attention par les responsables et les populations de l’Azawad. Certaines lectures voient dans la reprise sans bataille de Kidal les effets possibles d’une nouvelle configuration diplomatique régionale. Rien ne permet toutefois d’affirmer publiquement qu’un accord algéro-malien aurait directement déterminé le retrait du FLA. La prudence demeure donc indispensable.

Tebboune, Goïta et l’équation impossible de l’Azawad:

La parole récente d’Abdelmadjid Tebboune à propos du Mali est particulièrement scrutée. Lorsque le président algérien affirme son attachement à l’intégrité territoriale du Mali et tient des propos favorables à l’égard du chef de la transition malienne, les mouvements indépendantistes de l’Azawad se retrouvent face à une équation particulièrement difficile. Leur principal voisin du Nord peut vouloir contribuer à la stabilité régionale et défendre l’intégrité territoriale malienne tout en étant confronté aux souffrances d’une population azawadienne qui cherche à faire reconnaître ses propres aspirations politiques. C’est l’un des paradoxes les plus profonds de la crise, Bamako défend sa souveraineté, Alger défend l’intégrité territoriale du Mali, tandis que le FLA revendique une transformation radicale du rapport politique entre le Nord et le pouvoir central. Dans cette confrontation de visions, les populations civiles se retrouvent souvent au milieu d’un affrontement politique qui les dépasse.

Les civils de l’Azawad, premières victimes d’une guerre sans issue:

Pour Tabanzambozite Alansary, cette réalité humaine ne peut être reléguée derrière les cartes militaires. « Une chose paraît cependant certaine, aucune solution durable ne pourra être construite contre les populations concernées, sans leur participation et sans répondre aux causes profondes du conflit », écrit-il. Il rappelle également : « Ce qui interpelle également, c’est le faible écho international accordé aux souffrances des populations civiles. » Depuis septembre 2023, les populations civiles du Nord malien ont connu une succession de déplacements, de violences et de destructions qui ont profondément transformé les équilibres sociaux. Des milliers de familles ont franchi les frontières pour chercher refuge, notamment en Mauritanie, où le Hodh Chargui est devenu l’un des principaux espaces d’accueil des réfugiés maliens. Derrière les statistiques se trouvent des femmes, des enfants et des familles qui vivent depuis des années dans l’attente d’une sécurité durable et d’un hypothétique retour. Alansary demande ainsi à la communauté internationale de regarder la crise non seulement à travers « le prisme de la lutte antiterroriste ou des intérêts géopolitiques », mais également à travers « la protection des civils, du respect des droits fondamentaux et de la recherche d’un règlement politique ».

M’berra, l’autre capitale silencieuse de la crise:

La question mauritanienne ajoute une autre dimension à cette tragédie. Les données disponibles du HCR montrent l’ampleur du déplacement malien vers le Hodh Chargui, qui accueille plusieurs centaines de milliers de réfugiés et demandeurs d’asile maliens, dont une partie importante dans et autour de M’berra. Dans le débat politique azawadien, des accusations circulent également concernant les conditions dans lesquelles les réfugiés peuvent exprimer publiquement leur mécontentement ou leurs revendications. Certaines personnes accusent des responsables locaux ou des intermédiaires d’entretenir des relations privilégiées avec les autorités maliennes. Ces accusations doivent être documentées avant d’être présentées comme des faits établis. Elles traduisent néanmoins une frustration réelle chez certains réfugiés, qui estiment que leur voix demeure insuffisamment entendue. Dans cette géographie de l’exil, la question n’est donc plus seulement celle de la survie matérielle : elle devient aussi celle de la représentation politique et de la possibilité pour les populations déplacées de faire entendre leur souffrance.

L’audio d’Alghabass Ag Intallah et le langage des signaux:

Un autre élément mérite attention : la circulation d’un enregistrement audio attribué à Alghabass Ag Intallah. Selon des informations circulant dans les réseaux azawadiens, le responsable du FLA aurait appelé les populations à ne pas s’en prendre, sur les réseaux sociaux, aux pays qui accueillent les réfugiés azawadiens, notamment l’Algérie et la Mauritanie. Si l’enregistrement est authentique et si son interprétation est correcte, ce message peut être compris comme une volonté de préserver les relations avec les deux voisins septentrionaux. Certains y voient déjà le signe d’une inflexion politique du FLA et la possibilité d’une future dynamique de négociation avec Bamako. Il serait cependant hasardeux d’aller aussi loin sans éléments supplémentaires. Un appel à ne pas attaquer verbalement l’Algérie et la Mauritanie ne constitue pas, en soi, l’annonce d’un dialogue avec le gouvernement malien. Mais dans une guerre où les mots sont pesés et où chaque déclaration est scrutée, ce type de message mérite d’être observé.

Benghazi, l’autre horizon de la diplomatie azawadienne:

Une autre piste, encore plus incertaine, conduit vers Benghazi. Des sources non vérifiées évoquent depuis plusieurs semaines des contacts entre des responsables du FLA et les autorités de l’Est libyen. Elles parlent notamment de la présence à Benghazi, au début du mois d’octobre, de Bilal Ag Chérif, président du FLA, de son porte-parole Mohamed Maouloud Ould Ramadane et d’autres cadres politiques ou militaires. Ces informations ne peuvent être présentées comme établies sans confirmation indépendante. Leur circulation ouvre néanmoins une question géopolitique intéressante. La Libye de l’Est du maréchal Khalifa Haftar et de son fils, le général Saddam Haftar, entretient des relations avec des partenaires aux intérêts parfois divergents, notamment la Russie et les États-Unis. Cette position particulière de Benghazi en fait un espace potentiel de recomposition régionale. Si des contacts entre le FLA et les autorités de l’Est libyen étaient confirmés, il faudrait alors s’interroger sur leur nature, leurs objectifs et leur compatibilité avec les intérêts d’Alger.

L’Algérie de 1962 comme miroir historique:

Cette interrogation ramène à l’histoire. Dans son texte, Alansary convoque l’expérience algérienne pour rappeler que les revendications politiques ne disparaissent pas simplement parce qu’elles se heurtent à un rapport de force défavorable. « L’histoire de l’Algérie constitue, à cet égard, un exemple particulièrement parlant », écrit-il, avant de rappeler qu’après une longue guerre, « l’Algérie a finalement accédé à son indépendance en 1962 ». Il précise toutefois que cet exemple ne doit pas être compris comme une glorification de la guerre ou un encouragement à la violence, mais comme un enseignement historique : « les aspirations profondes d’un peuple ne disparaissent pas simplement parce qu’elles sont confrontées à un rapport de force défavorable ou parce qu’elles exigent du temps. » La comparaison entre l’Algérie coloniale et le Mali contemporain doit évidemment être maniée avec prudence, tant les contextes historiques, juridiques et politiques sont différents. Mais l’idée centrale demeure : lorsqu’une revendication politique profonde ne trouve aucun espace de discussion, elle peut survivre aux générations et se transformer en mémoire collective.

Le véritable danger, la rupture définitive:

C’est précisément cette mémoire qui constitue aujourd’hui le principal danger. « Le risque le plus préoccupant n’est peut-être même plus celui d’une nouvelle offensive ou d’un nouvel affrontement. Le véritable danger est celui d’une rupture définitive », écrit Alansary. Puis il avertit : « Chaque victime supplémentaire, chaque déplacement de population, chaque destruction d’infrastructure et chaque humiliation ressentie éloigne davantage la possibilité d’un dialogue. » Dans cette perspective, la reprise de Kidal pourrait constituer un moment décisif, non parce qu’elle réglerait le conflit, mais parce qu’elle pourrait déterminer la nature de la prochaine phase. Une paix durable ne peut être imposée uniquement par la force. Elle suppose un minimum de confiance, la reconnaissance des réalités locales et la conviction, de part et d’autre, que l’avenir peut encore être construit autrement que par les armes. Lorsque cette conviction disparaît, comme l’écrit Alansary, « la guerre cesse d’être seulement une confrontation militaire : elle devient une mémoire collective ».

Qui contrôle Kidal contrôle-t-il réellement l’Azawad ?

La question centrale devient alors celle-ci : qui contrôle réellement l’Azawad lorsque Kidal est contrôlée par l’armée malienne ? La prise d’une ville ne signifie pas nécessairement la maîtrise d’un espace immense, montagneux, désertique et traversé de frontières. La puissance aérienne peut bouleverser les rapports de force, les colonnes militaires peuvent occuper les centres urbains et les drapeaux peuvent changer, mais tenir durablement un territoire aussi vaste relève d’une autre logique. La reprise de Kidal constitue pour Bamako un gain militaire et symbolique majeur, mais le retrait du FLA sans bataille directe signifie aussi que le mouvement n’a pas été détruit dans la ville. Ses capacités, son implantation sociale, ses réseaux et ses hommes doivent encore être évalués. Dans le même temps, le JNIM poursuit son propre agenda militaire, comme l’a montré l’attaque de Dioura. La guerre se déplace donc plus qu’elle ne disparaît.

De Kidal à Tinzawatène, la guerre change d’échelle:

Il faut dès lors regarder au-delà de Kidal. Il faut regarder Talahandak et Tinzawatène, où la population civile demeure exposée aux conséquences de la guerre ; il faut regarder M’bera et les zones d’accueil mauritaniennes, où des familles vivent depuis des années dans l’exil ; il faut regarder Alger, où se joue une partie de l’équation diplomatique ; il faut regarder Bamako, qui entend maintenir son contrôle territorial ; il faut regarder Benghazi, si les contacts évoqués venaient à être confirmés ; et il faut regarder enfin le rôle des partenaires extérieurs, russes et turcs notamment, dont les équipements militaires ont modifié les capacités opérationnelles de l’armée malienne. La crise de l’Azawad ne peut plus être comprise uniquement comme une guerre entre Bamako et les Touaregs. Elle est devenue une matrice régionale où se rencontrent souveraineté nationale, revendications politiques, lutte contre les groupes djihadistes, intérêts des puissances étrangères, déplacements de populations et rivalités diplomatiques.

La justice plutôt que la vengeance:

C’est pourquoi la conclusion de Tabanzambozite Alansary résonne particulièrement dans cette nouvelle séquence : « Face au sang versé, la douleur et la colère sont compréhensibles. Mais la justice ne doit jamais être confondue avec la vengeance. » Et plus loin : « Le véritable courage politique consiste parfois à reconnaître qu’une réponse militaire ne peut pas régler une question profondément politique. » Cette affirmation ne s’adresse pas seulement à Bamako. Elle concerne également les mouvements armés, les communautés, les États voisins et les puissances étrangères qui interviennent directement ou indirectement dans le conflit. La justice, la responsabilité et la protection des civils devraient constituer les conditions minimales de toute sortie de crise. « Le dialogue n’est pas une faiblesse. La recherche d’une solution négociée n’est pas une capitulation. Et reconnaître les souffrances d’une population n’est pas prendre parti contre une autre », rappelle encore Alansary.

Après Kidal, la question politique revient toujours:

Le 6 octobre 2026, Kidal a donc changé de mains sans bataille. Mais il serait prématuré d’en conclure que la guerre est terminée. Une ville peut être reprise sans que les causes politiques du conflit disparaissent. Une armée peut contrôler un centre urbain sans contrôler toutes les routes, toutes les montagnes, toutes les communautés et toutes les mémoires. Un mouvement peut se retirer sans être détruit. Et une diplomatie peut avancer sans apparaître immédiatement à la lumière. Dans le désert azawadien, les distances sont trompeuses : ce qui semble être une défaite peut n’être qu’un repositionnement, ce qui ressemble à une victoire peut ouvrir une nouvelle épreuve, et ce qui paraît être un silence peut cacher des négociations dont personne ne connaît encore les contours.

Le désert n’a pas encore parlé:

L’Azawad mérite donc d’être regardé avec sérieux, sans caricature ni passion excessive. Derrière les cartes militaires, les communiqués, les drones et les déclarations des capitales, il y a des femmes, des enfants, des familles et des communautés qui aspirent d’abord à vivre en sécurité et dans la dignité. « Aucune solution durable ne pourra être construite contre les populations concernées, sans leur participation et sans répondre aux causes profondes du conflit », écrit Alansary. La communauté internationale, les pays voisins et les responsables maliens et azawadiens ont donc devant eux une question qui dépasse largement le sort immédiat de Kidal, comment empêcher que les blessures accumulées depuis des années deviennent irréparables ? Car, comme le rappelle encore l’analyste, « il appartient donc aux responsables politiques, aux pays voisins et à la communauté internationale de ne pas attendre que les blessures deviennent irréparables pour rechercher une issue ».
Kidal est tombée sans bataille. Le silence qui a accompagné son changement de contrôle pourrait donner l’impression d’une fin. Il pourrait n’être, au contraire, que le commencement d’une nouvelle phase. Dans les montagnes de l’Adrar des Ifoghas, sur les pistes qui conduisent vers Tinzawatène et Talahandak, dans les camps de réfugiés de Mauritanie, dans les bureaux d’Alger et peut-être dans ceux de Benghazi, une même question demeure suspendue au-dessus du désert, après les armes, qui parlera au nom de l’avenir de l’Azawad ?

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